Égalités / Société

Les Parisiennes sont peu enclines à sortir avec un homme venant de Seine-Saint-Denis

Temps de lecture : 2 min

Une étude analyse l'importance des critères d'origine et de quartier de résidence dans le choix des partenaires des Parisiens et Parisiennes.

Les clichés persistent dans les relations sociales parisiennes. | Callum Galloway via Unsplash CC License by
Les clichés persistent dans les relations sociales parisiennes. | Callum Galloway via Unsplash CC License by

Les applications de rencontre catalysent des témoignages de racisme et de discrimination émanant d'utilisateurs et utilisatrices, et des études mettent en lumière la désirabilité (ou l'indésirabilité) de certaines minorités ethniques. Une étude Ifop pour Cam4 Le Mag, réalisée via un questionnaire en ligne, du 4 au 20 mai 2018, a recueilli les réponses de 2.007 personnes résidant à Paris sur les facteurs d'endogamie géographique qui interviennent dans la formation d'un couple.

De nombreux Parisiens et Parisiennes prônent une certaine ouverture à la mixité sociale, géographique ou ethnique, mais la réalité est différente. Certes, ils et elles sont peu à déclarer prendre en compte le lieu de résidence dans le choix de leur conjoint (8%), accorder beaucoup d'importance à la religion (26%) ou à l'origine ethnique (23%). Les personnes sondées disent plutôt tenir compte de «l'éducation et des manières» (59%), des «hobbys» (38%) et de la situation parentale (31%).

Mais quand on demande aux personnes interrogées actuellement en couple le lieu de résidence de leur partenaire au moment de la première rencontre, une grande majorité (69%) indique que ce dernier résidait dans Paris intra-muros. Cette endogamie est plus présente dans les arrondissements aisés de l’ouest (75% dans le XVe, 74% dans les VIIe, VIIIe, XVIe et XVIIe) que dans les arrondissements plus populaires de l’Est (56% dans le XIIe, 66% dans les XVIIIe, XIXe, XXe).

Un déficit de désirabilité des minorités ethniques

Les Parisiennes interrogées sur l'image qu'elles ont des personnes d'origines diverses refusent majoritairement de se mettre en couple avec des hommes originaires d’Afrique sub-saharienne (62%) ou du Maghreb/Moyen-Orient (57%). Ces derniers ont «pour point commun d'être souvent présentés comme porteurs d'une culture conservatrice peu respectueuse des principes d'égalité entre les sexes», écrit l'Ifop. Ce rejet affecte également les hommes venant d'Asie du Sud-Est (54%), rejoignant de précédentes études ayant démontré que les hommes asiatiques sont considérés comme moins désirables sur les sites de dating ou lors de speed-dating «à cause du manque de virilité dont pâtît leur image dans les diverses formes de productions culturelles occidentales (TV, BD, cinéma...)», précise l'institut de sondages.

Ce déficit de désirabilité des minorités ethniques varie en fonction de plusieurs critères. L'ostracisme envers les hommes originaires d'Afrique noire est plus important chez les femmes âgées (78%), aisées (66%), politiquement à droite (83% chez les sympathisantes LR, 85% chez les sympathisantes RN) ou issues de quartiers bourgeois (72% dans le VIIe, 67% dans le XVIe).

En ce qui concerne les hommes, ils apparaissent moins réticents à l'idée de former un couple inter-ethnique. Ils expriment une réserve à s'unir avec une Asiatique à hauteur de 34%, nettement moins que chez les femmes (54%).

La Seine-Saint-Denis, département repoussoir

En matière de rencontre amoureuse, les habitants du département de Seine-Saint-Denis pâtissent d'une forme d'ostracisme similaire à celle pour trouver un emploi ou un logement, selon l'Ifop. Une Parisienne sur trois (31%) affirme qu’elle ne pourrait pas être en couple avec un Séquano-Dionysien, soit presque trois fois plus qu'avec un résidant du département des Hauts-de-Seine (12%).

Le département concentre tous les clichés attachés aux banlieues françaises et constitue un frein à l'engagement sentimental. Un habitant sur deux du XVIe arrondissement (48%) admet rejeter toute perspective de couple avec quelqu'un venant de Seine-Saint-Denis.

Au sein même de la capitale, l’union avec une personne résidant dans un arrondissement populaire (XVIIIe, XIXe, XXe) suscite un peu plus de réticences (14%) que de se mettre en couple avec quelqu'un habitant les beaux quartiers parisiens (7%). Mais globalement habiter Paris intra-muros semble être un atout assez fort pour atténuer les considérations d'arrondissements.

À noter que dans le cadre d'une relation purement sexuelle et non sérieuse, le rejet est moins fort envers les habitants de Seine-Saint-Denis (27%).

Clément Lasserre

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