Santé / Sciences

Il y a peut-être une solution pour stopper la résistance aux antibiotiques

Temps de lecture : 2 min

Les regards se tournent vers une protéine accélérant jusqu'à mille fois la mutation bactérienne.

 Houra Merrikh dans son laboratoire  | UW Medicine License by

Les infections causées par des bactéries résistantes aux antibiotiques pourraient devenir la première cause de mortalité d'ici 2050. D'où l'intérêt de trouver de nouvelles tactiques pour protéger les populations et faire en sorte que les progrès sanitaires colossaux initiés par la découverte de la pénicilline ne soient pas une douce (mais brève) parenthèse de notre histoire.

L'équipe de Houra Merrikh, professeure associée de microbiologie au sein de la Faculté de médecine de l'université de Washington, pourrait avoir une solution. Dans une étude en passe d'être publiée dans la revue Molecular Cell, Merrikh et ses collègues s'intéressent à une stratégie permettant de ralentir le taux de mutations des bactéries –en d'autres termes, de bloquer leur évolution. Une technique qui, par ailleurs, contourne un problème majeur de la lutte contre la résistance aux antibiotiques, à savoir sa trop grande focalisation sur la conception de meilleurs antibiotiques. «L'histoire prouve que la résistance survient quelle soit la nature ou la puissance des nouveaux médicaments», commente la chercheuse.

Tous les espoirs sur Mfd

En l'espèce, l'étude se concentre sur une protéine –l'ADN translocase Mfd– considérée comme un facteur d'évoluabilité majeur des bactéries. De fait, contrairement aux organismes multicellulaires, les bactéries ont la capacité de muter extrêmement souvent et rapidement, ce qui leur permet de survivre à des changements soudains de leur environnement –par exemple, lorsqu'il est bombardé d'antibiotiques. Un phénomène au cœur de la course aux armements entre maladies infectieuses et médicaments, que les premières pourraient malheureusement être en train de gagner.

En étudiant notamment la résistance de bactéries à la triméthoprime, les scientifiques ont ainsi découvert que des gènes augmentant cette résistance n'apparaissaient pas en l'absence de Mfd. À l'inverse, les bactéries qui en étaient dotées mutaient mille fois plus vite que leur souche ancestrale. De même, la différence entre les souches de Bacille de Koch (la bactérie responsable de la tuberculose) avec ou sans Mfd était «frappante» en matière de résistance à l'antibiotique rifampicine, font remarquer les chercheurs.

En plus de lutter contre l'antibiorésistance, ces potentiels «inhibiteurs d'évolution» pourraient aussi ralentir les mutations des cellules cancéreuses ou encore venir en aide au système immunitaire en diminuant la diversité des souches pathogéniques contre lesquelles il doit lutter lorsqu'il combat une maladie.

Reste encore à savoir comment Mfd s'y prend pour accélérer les mutations des bactéries et le tour sera joué...

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