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Barbie, pourquoi tant de haine?

Bruno Askenazi, mis à jour le 14.02.2010 à 17 h 10

Tous les parents (ou presque) la détestent. Pourtant, elle a aussi de bons côtés.

Barbie se fiche de la crise. Pendant les fêtes de fin d'année, les ventes de la célèbre poupée ont bondi de 12% en volume dans le monde. Du pain béni pour son propriétaire, le groupe américain Mattel, dont les bénéfices se sont envolés de 86% au quatrième trimestre 2009. Pas mal pour un simple jouet en plastique qui a déjà plus de 50 ans.

Si la poupée culte affiche une si belle longévité, elle ne le doit pas aux parents. La plus grande partie la déteste. Et si les adultes finissent par en acheter, c'est pour répondre aux demandes insistantes de leurs petites filles (en général de 3 à 7 ans). Ce qu'on reproche à Barbie -? D'abord de symboliser une consommation débridée. Caricature de «l'American way of life», la grande blonde boit du Coca, mange MacDo et ne pense qu'à faire du shopping avec ses copines. C'est une «fashion victim» comme n'importe quel grand magasin en rêverait. On dirait que son plaisir est d'accumuler les choses: de nouvelles robes scintillantes, des bijoux, un scooter, une voiture de sport, un bateau ... Il lui faut toujours plus d'accessoires et le luxe la fascine. De là à penser que Barbie transformerait les fillettes en droguées de la fringue et des centres commerciaux, il n'y a qu'un pas ...

Les adultes la perçoivent aussi comme la quintessence de la «femme objet», soumise aux diktats masculins. Talons hauts, robe bling bling, taille mannequin ... Barbie est obsédée par sa «beauté». Elle réduit la femme à une silhouette filiforme, complètement déconnectée des réalités morphologiques. Comme les magazines féminins, on l'accuse de favoriser l'anorexie des petites filles qui veulent lui ressembler. Certains trouvent même cette pin-up de 28 cm un peu «sulfureuse». Avec ses tenues flashy, elle veut séduire les mecs et s'amuser non stop car elle a plein d'amis avec qui faire la fête. Vraiment trop frivole, Barbie.

Raconter des histoires

Cette mauvaise image, bien inscrite dans l'imaginaire des parents, échappe pourtant complètement aux enfants. Pour eux, Barbie est avant tout un jouet qui sert de support pour se raconter des histoires ou raconter des histoires aux autres. Pour Marie-Françoise Hanquez-Maincent, universitaire, spécialiste de la civilisation américaine (auteur de «Barbie poupée Totem» -Edition Autrement), elle a un rôle de lien social: «les petites filles jouent très souvent à la Barbie en groupe et imaginent entre elles des scénarios ludiques. Elles ne s'identifient pas à la poupée mais partagent un univers commun où elles font l'apprentissage des codes sociaux en apprenant par exemple à se prêter des choses».

Barbie n'est pas un bébé et on ne peut pas jouer à la maman avec. C'est peut-être ce qui dérange le plus les mères de famille: leur fille n'est pas dans l'apprentissage rassurant de la maternité. Modèle de jeune adulte, Barbie joue un autre rôle auprès des enfants. La sociologue Anne Perrin, citée sur lesquotidiennes.com, est claire: «les fillettes ont eu en main une pin-up sexuée à habiller et à déshabiller. La Barbie a favorisé une projection vers l'avenir qui n'a plus rien à voir avec le geste maternant. Le jeu est orienté vers la capacité de séduire, de se relooker». Selon Marie-Françoise Hanquez- Maincent, «n'en déplaise à certains idéologues, elle peut aider la petite fille à affirmer sa féminité. Le jouet sert de support aux propres fantasmes de l'enfant. De ce point vue, il répond à un vrai besoin de se construire et de grandir».

C'est entendu, pas de mariage et pas d'enfant en vue pour la belle blonde. Eternelle célibataire, elle n'a aucune envie de se fixer avec Ken, son équivalent masculin. Avec elle, féminité ne rime pas avec maternité et ça plaît beaucoup à certaines organisations féministes. On pourrait même en faire un modèle de «femme libérée»: indépendante, elle peut exercer tous les métiers, même les plus masculins. Mattel a déjà sorti des Barbie pilotes d'avion, officiers de marine et astronautes. Un modèle «présidente des Etats-Unis» a même été commercialisé en 2000. Bien avant que Hillary Clinton ou Sarah Palin se déclarent candidates à la Maison Blanche.

Bruno Askenazi

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Image de une: Barbie fait de la plongée, DR.

Bruno Askenazi
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