Santé

Les antibiotiques ne sont pas un traitement miracle

Temps de lecture : 5 min

Il est difficile de prédire combien de temps après le début d’un traitement antibiotique l’amélioration se fait sentir. Mais si au bout de deux jours, vous allez plus mal, retournez consulter…

Les infections causées par la bactérie Pseudomonas aeruginosa sont longues à traiter, même avec les bons antibiotiques (vue d'artiste 3D inspirée de micrographies électroniques). | James Archer / U.S. Centers for Disease Control and Prevention - Medical Illustrator
Les infections causées par la bactérie Pseudomonas aeruginosa sont longues à traiter, même avec les bons antibiotiques (vue d'artiste 3D inspirée de micrographies électroniques). | James Archer / U.S. Centers for Disease Control and Prevention - Medical Illustrator

Vous avez donc (probablement) une infection. Vous vous sentiez mal, vous avez consulté votre médecin, et il vous a prescrit des antibiotiques. Vous allez commencer à les prendre, et vous vous demandez quand vous allez commencer à vous sentir mieux.

La réponse n’est pas simple. En effet, chaque infection est différente, et de nombreux paramètres peuvent varier et influer sur l’efficacité des antibiotiques: espèces bactériennes impliquées, type d’infection, réponse immunitaire, moment auquel commence la prise d’antibiotiques…

Choisir le bon antibiotique (si vous en avez besoin)

Les antibiotiques ne sont utiles que pour traiter les infections causées par des bactéries. Ils ne servent à rien dans le cas où le microbe est un virus ou un champignon. Si tout va bien, le médecin qui vous les a prescrits devrait avoir correctement évalué votre maladie, et considéré que le type d’infection bactérienne dont vous souffrez pourra être contenu par une antibiothérapie. Ce qui n’est pas le cas de toutes les infections bactériennes: il est par exemple peu probable que les antibiotiques soient d’un quelconque bénéfice dans le cas d’une otite moyenne aiguë sans complication chez les patientes et patients âgés de plus de 2 ans, ou dans le cas d’une rhinosinusite bactérienne aiguë.

Par ailleurs, tous les antibiotiques ne sont pas efficaces contre toutes les infections. Il existe des antibiotiques à large spectre (comme les macrolides et les quinolones, qui agissent contre un large éventail de types de bactéries). Les antibiotiques à spectre étroit ne sont quant à eux efficaces que contre certaines bactéries. Les pénicillines plus anciennes (comme la benzyl pénicilline), sont par exemple utilisées pour traiter les infections causées par la bactérie à Gram positif Streptococcus pneumoniae, mais ont beaucoup moins d’effet sur les autres bactéries.

Même si un antibiotique a déjà été efficace contre une bactérie spécifique, il peut ne plus l’être, car ladite bactérie peut être devenue résistante. Ainsi, alors que la gonorrhée était autrefois traitée efficacement avec un seul type d’antibiotique, les autorités sanitaires recommandent désormais d’associer deux antibiotiques différents. Cette résistance bactérienne aux antibiotiques est un problème de plus en plus important.

Le médecin prescrit généralement son traitement en s’appuyant sur une «supposition éclairée».

Comment le médecin choisit-il le «bon» antibiotique? Idéalement, le choix d’un traitement se fait en combinant informations sur la ou le patient, nature de l’infection, espèce de bactérie responsable, et efficacité de l’antibiotique choisi contre ladite espèce de bactérie.

Mais la réalité est plus compliquée que ce monde idéal. Des tests de laboratoire sont requis pour identifier les bactéries en cause dans une infection ainsi que pour évaluer l’efficacité d’un antibiotique donné contre ces bactéries. Ce processus prend actuellement entre deux et quatre jours. C’est long, surtout lorsque vous êtes malade et consultez votre médecin avec l’espoir d’obtenir rapidement un traitement pour vous soulager. Des tests plus courts sont en cours d’élaboration, mais jusqu’à présent, aucun n’est capable de confirmer avec certitude l’origine d’une infection bactérienne et de déterminer l’antibiotique à utiliser en une seule visite chez le médecin.

Dans les faits, le médecin prescrit généralement son traitement en s’appuyant sur une «supposition éclairée». Après avoir évalué que votre maladie est probablement une infection bactérienne nécessitant des antibiotiques, il va prescrire l’antibiothérapie a priori la plus adaptée, sans recourir aux analyses de laboratoire. Fondée sur les signes et les symptômes du patient, les connaissances cliniques du médecin ainsi que sur sa connaissance des résistances aux antimicrobiens là où il exerce, cette supposition est très documentée. Mais elle demeure une supposition.

Quand vais-je commencer à me sentir mieux?

Le but de l’antibiothérapie est d’éliminer les bactéries pathogènes. Les antibiotiques peuvent soit tuer les bactéries (on les dit alors «bactéricides»), soit les empêcher de se multiplier, sans nécessairement les tuer (dans ce cas ils sont dits «bactériostatiques»). Mais quels qu’ils soient, les antibiotiques commencent à agir dès le moment où vous commencez à les prendre, arrêtant ou ralentissant la multiplication des bactéries.

Mais concrètement, si vous avez une infection bactérienne, qu’on vous a prescrit les «bons» antibiotiques et que vous avez débuté votre traitement, quand vous sentirez-vous mieux?

Certaines bactéries peuvent être moins affectées que d’autres par les antibiotiques, et mettre plus de temps à y réagir. Les bactéries telles que Pseudomonas aeruginosa causent des infections notoirement difficiles à traiter. Même si l’antibiotique le plus approprié est utilisé, les infections dont elles sont à l’origine peuvent être lentes à évoluer. Chacune des bactéries qui causent la maladie contribue au malaise du patient. Moins il en restera, mieux il se sentira.

Mais ce mal-être n’est pas seulement dû aux bactéries. Le corps réagit en effet à l’invasion en déclenchant une réponse immunitaire. Or celle-ci peut s’attaquer non seulement aux bactéries responsables de l’infection, mais aussi aux tissus endommagés par l’infection, ou aux deux. Ce qui est généralement à l’origine du malaise ressenti par les patients.

Si les antibiotiques s’attaquent effectivement à la cause sous-jacente de l’infection, d’autres réactions se produisent donc aussi dans l’organisme. Une fois que les antibiotiques ont commencé à agir, le système immunitaire doit notamment faire le ménage en éliminant les débris de bactéries mortes et les morceaux de tissus endommagés. Pendant qu’il s’affaire, le corps répare les dégâts occasionnés soit par les bactéries, soit par la réponse immunitaire.

Conséquences: même si les antibiotiques font effet et que l’infection décline, vous pouvez continuer à vous sentir mal pendant un certain temps.

Vous vous sentez moins bien?

Plutôt que de vous demander quand vous commencerez à vous sentir mieux, le plus important est peut-être de vous demander ce qu’il faut faire si vous commencez à vous sentir moins bien.

Selon la gravité de votre infection, si votre état se dégrade un ou deux jours après le début de votre traitement antibiotique, vous devriez retourner consulter un médecin (de préférence, celui que vous aviez vu la première fois). Ou même avant, si de nouveaux symptômes inquiétants apparaissent.

Suite à cette seconde visite, les informations dont disposera le médecin, combinées aux analyses de laboratoire qu’il aura peut-être demandées et dont il aura reçu les résultats entre-temps, lui permettront de déterminer si le premier diagnostic était exact, si vous prenez le bon antibiotique, si vous avez besoin d’un autre ou si vous n’en avez pas besoin du tout.

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

The Conversation

Newsletters

Comme de l'eau sur les plumes d'un canard

Comme de l'eau sur les plumes d'un canard

Dans une interview récente, la chroniqueuse et poétesse Kiyémis recommandait la lecture de la poétesse américaine contemporaine Nayyirah Waheed, et notamment les vers suivants: ...

Après une greffe de moelle osseuse, son sperme ne contient que l'ADN du donneur

Après une greffe de moelle osseuse, son sperme ne contient que l'ADN du donneur

Le test ADN de cet Américain atteint de leucémie indique qu'il est plus jeune, Allemand, et qu'il vit à plus de 8.000 kilomètres.

Il n'y aurait pas de lien entre naissance par césarienne et obésité

Il n'y aurait pas de lien entre naissance par césarienne et obésité

Des scientifiques suédois contredisent des études qui établissaient une causalité entre l'une et l'autre.

Newsletters