Politique / Société

Les «gilets jaunes», un mouvement excessif, mais salutaire

Temps de lecture : 3 min

[BLOG, You will never hate alone] La méthode est inédite, parfois cocasse, souvent foutraque, plus que discutable mais c'est peut-être le moment ou jamais de s'attaquer aux inégalités qui minent le pays depuis trop longtemps.

Flickr/Thomas Bresson-Mouvement des «gilets jaunes», Menoncourt, 25 Nov 2018
Flickr/Thomas Bresson-Mouvement des «gilets jaunes», Menoncourt, 25 Nov 2018

N'étaient-ce les insupportables et intolérables violences du week-end passé, ce mouvement des «gilets jaunes» aurait quelque chose de férocement comique. Avec cette nouvelle passion française pour les ronds-points dont on vient soudain de comprendre l'utilité quand jusque là on les franchissait d'un air sceptique, à peine convaincus de leur nécessité. Avec ces revendications tous azimuts qui parfois se contredisent les unes les autres dans un indescriptible foutoir où chacun voit midi à sa porte et reproche à son camarade de lutte de ne pas respecter le calendrier des priorités lequel ressemble à un catalogue de la Redoute dont on aurait égaré les pages.

Avec cette guerre des chefs où tour à tour, on se consacre Roi des Francs avant d'être remis à sa place par son voisin aussitôt prompt à se déclarer Maître de la Gaule Invincible, le temps pour un autre comparse de monter au front pour prétendre au titre de Monsieur Gilet Jaune, attribution hautement contestée dans la seconde par toute une palanquée de participants qui tous clament leur légitimité à représenter le mouvement. Tais-toi quand tu revendiques.

Abstentionnisme

Si bien que trois semaines après le début des réjouissances, on ne sait toujours pas qui veut quoi, ni comment, ni pourquoi, si ce n'est la démission de Macron ainsi que la dissolution de l'Assemblée Nationale, réclamation exigée à grands cris par des manifestants dont beaucoup reconnaissent volontiers être des abstentionnistes forcenés, ce qui en toute logique, devrait les disqualifier d'exiger la remise en cause d'une élection à laquelle ils n'ont pas voulu participer. Ce serait comme de demander à un restaurateur de changer sa carte sans jamais avoir mis les pieds dans son établissement.

Car oui, n'en déplaise à certains, quand on refuse de se prêter au jeu démocratique, lorsque à la solennité d'un bureau de vote, on préfère la tranquillité de son canapé, il ne sied guère de venir par la suite se plaindre de la mise en œuvre d'un programme présidentiel dont, par son inaction, on aura contribué à l'avènement.

Qui ne vote a seulement le droit de la fermer.

Surtout quand on se souvient de la pléthore de personalités aussi différentes que possible convoquées au premier tour de la dernière élection présidentielle, des plus exotiques au plus sérieux. La démocratie n'est pas un jeu de télé-réalité où on renvoie à la maison un candidat le jour où son attitude vous déplaît. La démocratie n'est pas une fête foraine ouverte à tous les vents dont la principale distraction consisterait à dégommer la tête d'un Président quand il en viendrait à appliquer des mesures prévues dans son programme au titre qu'elles ne serviraient point vos intérêts. Ce n'est pas non plus un club de foot où on remercie l'entraîneur à grands coups de pied au cul au bout de deux matchs perdus. La démocratie est un jeu de patience qui exige du perdant un minimum de retenue, un brin de décence, un soupçon d'honnêteté intellectuelle qui tend à respecter le gouvernement en place aussi longtemps que ce dernier n'enfreint point les lois fondatrices de la République, sinon on débouche sur ce à quoi on assiste présentement : une immense chienlit aux contours si flous que, exploit retentissant, chacun arrive à s'y reconnaître.

Et si on débattait?

Que pour toute une classe d'individus la vie soit devenue ces dernières décennies infiniment plus compliquée est une évidence. Que la classe politique dans son ensemble ait tourné le dos aux petites gens pour flatter le portefeuille des plus aisés en est une autre. Que la gauche gouvernementale ait trahi les classes populaires par l'application d'une politique en rien conforme à ses idéaux, à son histoire, à sa mémoire, en est une supplémentaire. Que le président actuel, par ses petites piques imbéciles et adolescentes, ne soit pas étranger à tout ce débordement de colère, cela va aussi de soi. Que le Rassemblement National cherche à conquérir le pouvoir par le truchement d'un mouvement populiste dont il ne cesse d'attiser le feu, ce n'est même plus une évidence, c'est une réalité si criante que chaque rond point assiégé est comme la caisse de résonance d'un parti dont la compatibilité avec l'exercice du jeu démocratique demeure encore à ce jour bien équivoque tant on sait d'avance sur quels ressorts ces gens-là se reposent pour ramener le pays dans le droit chemin.

La France mérite tellement mieux que ces affrontements stériles qui au final contribuent à son appauvrissement. Que chacun reprenne ses esprits. Que chacun fasse son examen de conscience et discute calmement des problèmes évoqués. Que chacun respecte la démocratie et son mode de fonctionnement. Que chacun mette du sien pour trouver un semblant d'apaisement. Que chacun s'entende pour ne point laisser prospérer une précarité qui pousse les gens au désespoir. Que chacun respecte l'autre, aussi forte soit leur aversion respective.

Sans quoi, ce n'est pas aux années trente que notre époque finira par ressembler mais bel et bien aux années vingt, quand après l'euphorie née de l’avènement de la République de Weimar, lui succéda une décennie de violences, de bagarres de rues, de manifestations violentes, prélude à l'établissement du régime nazi.

Oui, on en est (presque) là.

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Laurent Sagalovitsch romancier

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