Société

Dans une démarche éco-responsable, rien ne va dans cette fête qu’est Noël

Temps de lecture : 4 min

Est-il possible de vivre la magie de Noël sans couper un arbre, torturer des animaux, et produire des morceaux de plastique qui finiront dans une baleine?

J’aime l’avalanche de cadeaux aux emballages brillants au pied du sapin décoré de guirlandes lumineuses. | Thought Catalog via Unsplash License by
J’aime l’avalanche de cadeaux aux emballages brillants au pied du sapin décoré de guirlandes lumineuses. | Thought Catalog via Unsplash License by

Comme vous le savez, depuis le mois de septembre, j'essaie d'être une bonne élève en matière d'écologie. J’ai commencé par adopter des lombrics et un gros bac moche, j’ai découvert qu’on pouvait faire soi-même les yaourts et yaourts à boire, j’ai entamé une chasse au plastique (modeste avouons-le), mais au milieu de mes humbles tentatives de modifier mon mode de vie, je n’avais pas anticipé l’obstacle à venir, le mur en béton vers lequel le temps m’amenait inexorablement.

Noël.

Noël, aka le crash-test de toutes mes bonnes résolutions. Catastrophe is coming. Dans une démarche un peu éco-responsable, y a rien qui va dans cette fête. Pourtant, on se dit que Noël rime avec tradition, et comme on caricature souvent la décroissance comme un retour aux temps passés, ça aurait dû aller de pair. Bah non. Et j'ai un problème parce que j'aime Noël. Vous pouvez me montrer le téléfilm de Noël le plus pourrave du monde, il allumera toujours au fond de mon cœur une petite lumière de joie. J’aime l’avalanche de cadeaux aux emballages brillants au pied du sapin décoré de guirlandes lumineuses, j’aime… j’ose à peine l’écrire mais oui, j’aime le foie gras.

Voilà.

J’aime le foie gras.

Et je n'en mange qu'à Noël.

Chronophage DIY

Chez moi, si je n'y prends pas garde, Noël risque de devenir la fête de la dissonance cognitive. Le pire, c'est que je n'ai pas vu venir le problème en amont. Comme cette année toute ma famille est plus ou moins fauchée, on était tombé d'accord pour faire un Noël décroissant niveau cadeaux. Mais le reste? Est-il possible de vivre la magie de Noël sans couper un arbre, torturer des animaux, et produire des morceaux de plastique qui finiront dans une baleine? D’après internet, oui. Mais à peu près toutes les solutions proposées exigent un temps que je n'ai pas. Je n'ai pas le temps de fabriquer moi-même un calendrier de l'avent.


Capture d'écran Cosmopolitan.fr

Et le sapin? Parce que désormais on fabrique aussi soi-même son sapin. On ne va pas se leurrer, c'est formidable mais je ne suis pas prête pour ça. Je me suis privée de sapin pendant dix ans parce que j’étais fauchée et l'idée de remettre une guirlande sur le ficus me parait aussi festive que de boire du liquide vaisselle.

Mais j'ai essayé de me renseigner sur le sapin le plus acceptable. Pas artificiel parce que le plastique c'est mal. Il faut trouver un sapin naturel, qui ne vient pas de trop loin, dont le cultivateur n’a pas blindé sa terre de produits chimiques pour accélérer sa production… Et c'est pas fini. Ensuite vient la question: un sapin en pot ou pas? Et bien ce n'est pas clair. Selon certains, en pot, ce n'est pas bien. Pour d'autres, c'est mieux. Rhaaa... Ayez pitié de moi. La seule chose simple, ce sont les emballages. On peut utiliser du papier journal ou acheter du papier kraft qui se recycle. (donc adieu les papiers cadeaux brillants, pailletés, métallisés).

Mais le vrai problème mesure dans les un mètre, un mètre vingt. Depuis septembre, les enfants ont vu successivement disparaitre leurs gâteaux et yaourts industriels, leurs gourdes de compotes, mais Noël, c’est sacré. J’ai bien lu tous les blogs qui expliquaient que ce que les enfants attendent surtout, c’est de passer du temps de qualité avec leurs parents. Mais franchement, si je leur dis que leur cadeau de Noël c’est un câlin des parents et une clémentine, la maison va finir comme Fukushima. Et je ne leur en tiendrais pas rigueur. Je ne veux pas paraître bassement matérialiste, mais je me souviens très bien que le jour où j’ai eu la maison de Barbie, j’étais véritablement heureuse. Donc cadeaux il y aura, même s’ils seront en nombre plus réduit.

Alors vous allez me dire «achète-leur donc des jouets en bois du Jura, c’est formidable». D’après mon expérience, ça fait surtout très mal quand l’enfant en colère vous le balance à la tronche. Et de toute façon, ça ne fonctionne qu’avec les tout-petits. Vous pouvez regarder sur les sites de jouets éco-responsables, c’est toujours des jouets premier âge et ce n’est pas par hasard. Arrivé à l’âge où la liste des cadeaux devient précise, c’est foutu.

Je le trouve où le bouclier de Captain America pas fabriqué en Asie avec des matières pourries? Je le trouve pas. J’ai seulement réussi à opérer une petite feinte en l’achetant d’occasion. (Et on fait l’inverse, on donne des jouets à une recyclerie, il y en a de plus en plus, carte ici.) Je m’oriente personnellement vers l’instauration d’un quota de jouets en plastique –ce qui aura bien évidemment comme conséquence de les rendre encore plus désirables à leurs yeux. (Mais sur internet, on trouve aussi des textes de pédopsys qui expliquent combien c’est rassurant pour un enfant de ne pas avoir tout ce qu’il désire.)

Plastique écologique

Et pour moi? Ah... À part les livres, les seules choses qui intéressent mon cerveau détraqué, ce sont des cadeaux que personne n'offre jamais parce que leur degré de sexytude est égal ou inférieur à celui d’un escargot. Je n’ai aucune idée de leur efficacité mais chacun me fascine, ou plutôt chacun fait résonner en moi une part obscure, celle de la folie. Il y a le cadeau paranoïaque, un tampon (en plastique oui, je sais) qui rend illisible vos informations sur les papiers officiels pour pouvoir les jeter en toute tranquillité.


Il y a aussi le Rhino Horn que j'ai hésité à demander en cadeau mais j'ai senti que personne ne se résoudrait à me l'offrir alors je l'ai commandé. (C'est une recommandation de mon médecin.)

Cette photo... J'ai tellement ri. Alors certes, c'est également en plastique mais mais mais... ça m'économisera dix paquets de mouchoirs par semaine.

Et pour finir, l'objet de mes désirs le plus inavouable parce que je crois qu'il y a vraiment une dimension psychiatrique chez moi: un furet. Pas la grosse souris qui mange tout. L'outil de plomberie. Plus précisément, celui-là. Soyez bienveillants envers moi.

Je tiens à souligner pour ma défense que cela permettrait de ne plus utiliser de produit chimique pour déboucher les bondes.

Ce texte est paru dans la newsletter hebdomadaire de Titiou Lecoq.

Titiou Lecoq

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