Société

À l'heure d'adopter un nouveau chat

Temps de lecture : 3 min

[BLOG, You will never hate alone] La vie commande d'aller de l'avant. Après la mort de mon chat tant aimé, j'ai décidé d'en adopter un nouveau. Chaud devant!

Oui, celui-là, avec son allure polissonne et ses yeux éberlués, ne serait-il pas parfait? | Jo via Flickr License by
Oui, celui-là, avec son allure polissonne et ses yeux éberlués, ne serait-il pas parfait? | Jo via Flickr License by

On ne se remet jamais de la mort de ses proches, de ces êtres –animaux ou personnes– qui ont tant compté pour vous que leur absence continue à être ressentie, bien longtemps après leur disparition, comme une blessure, comme un scandale, comme un vide béant destiné à le rester aussi longtemps que votre vie se poursuivra dans l'enchevêtrement des années. L'être aimé parti, il continue à vivre en vous, dans cet entrelacs de souvenirs qui sont autant de rappels des temps joyeux où il allait dans l'existence à vos côtés et cette consolation est comme une infusion des sentiments qui permet au cœur de continuer à battre, malgré la peine et la douleur, autant de démangeaisons de l'âme inscrites au plus profond de votre être.

Pourtant, il faut continuer à vivre.

Alors un matin, nullement guéri mais bien décidé à renouer avec le mouvement de la vie, on s'en va adopter un nouveau chat qui, s'il ne remplacera jamais celui parti, sera à son tour ce partenaire de vie, cet associé, ce compagnon chargé par les dieux d'illuminer votre quotidien. On a un peu peur. On se tient là hésitant, on se demande s'il n'est pas trop tôt, s'il ne faudrait pas mieux attendre mais attendre quoi? Le chat tant aimé, tant célébré, ne reviendra pas, le temps ne retournera pas en arrière et la vie, cette chose ignoble mais indépassable, commande d'aller de l'avant et d'enjamber les tombes.

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Ce sera lui

On visite quelques refuges, on consulte les petites annonces, on souhaite tous les adopter et avant même de se décider, on sent déjà frémir en soi les palpitations de la vie, du désir, de l’éternel recommencement, de cette envie impossible à refréner d'inviter un nouveau chat à partager sa vie. Évidemment, tous les chatons ont de quoi vous rendre fous. Absolument tous. Ils ont cet air drôlement ahuri d'être tombés de la corbeille, ils vous regardent avec leurs grands yeux démesurément ouverts qui semblent vous dire: «Moi, moi, c'est moi qu'il te faut, ne cherche pas plus loin, je suis ton futur et ton avenir, ta rédemption et ta promesse de légèreté, fais-moi confiance, je ne te trahirai jamais».

On veut celui-là mais en même temps, celui-ci qui court dans tous les sens, ne prend jamais la peine de s'arrêter, cavale aux quatre coins de la pièce, grimpe aux rideaux sans même daigner vous accorder le moindre regard, oui celui-là, avec son allure polissonne et ses yeux éberlués, ne serait-il pas parfait? Et l'autre là qui depuis votre arrivée, n'a pas bougé d'une moustache et vous regarde à la dérobée, pudique et réfléchi, placide et inquiet, plein d'une tendresse seulement désireuse de s'exprimer, ne mérite-t-il pas qu'on lui accorde une chance? Mais déjà un autre déboule, un peu craintif mais bien décidé à surmonter sa peur. Il vous renifle, s'approche pour mieux reculer, revient, repart, tourne autour de vous, s'en va au loin, réapparaît, faussement indifférent, faussement détaché, un brin stratège.

On finit par se décider pour le petit fou qui n'en a toujours pas fini de sa cavalcade et continue à jouer comme un possédé, véritable démon dont on finit par se demander si jamais il se calmera un jour. On le prend dans ses bras. On le regarde. Lui vous jette un regard étonné. Ce qu'il est drôle! Il tient à peine en place. On lui demande s'il veut bien venir vivre chez nous. «M'en fous répond-il, du moment que t'as des jouets, des bonbons, des couloirs où courir, des canapés où rebondir, des armoires à escalader, des bibliothèques à inspecter, des placards à visiter, des recoins où se cacher. Je ne demande rien d'autre. Et un bon coussin où pioncer.»

L'affaire est conclue. Ce sera lui.

Dans le taxi en route vers la maison, on se demande si on a bien fait. On a peur de ne pas l'aimer comme l'autre. D'être déçu. De ne pas être à la hauteur. C'est un choix pour la vie, on se répète et à ces mots, on est pris d'une peur panique. J'aurais dû attendre encore un peu. Je ne suis pas prêt. Je ne serai jamais prêt. Tu dois faire confiance à la vie, tu entends? Oui, oui, oui. Mais tout de même, n'est-ce pas un peu...

La ferme.

Voilà, nous y sommes. Le chat part visiter la maison. Il en a pour trois siècles. Chaque meuble, chaque objet, chaque livre est l'objet de son attention. Il n'en a jamais fini. Au bout de cinq minutes, on l'a déjà perdu de vue. Il est partout et nulle part en même temps. Il est en tournée d'inspection comme ces grands propriétaires terriens qui une fois l'an, descendent de la capitale pour examiner l'état de leurs domaines. Rien n'échappe à son jugement, à son attention. Trois jours après il réapparaît. «C'est bon, cela me convient, je reste.»

On se serre la patte.

Une nouvelle aventure peut commencer.

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Laurent Sagalovitsch romancier

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