Politique / Société

Face à la colère des «gilets jaunes», l’exécutif plie pour ne pas casser

Temps de lecture : 3 min

Même s'il affiche officiellement sa fermeté, le gouvernement tente de déminer un à un les motifs de colère.

Manifestation des «gilets jaunes» à Rochefort (Charente-Maritime) le 24 novembre 2018. | Xavier Leoty / AFP
Manifestation des «gilets jaunes» à Rochefort (Charente-Maritime) le 24 novembre 2018. | Xavier Leoty / AFP

Martial et inflexible. La seule réaction d'Emmanuel Macron après la manifestation parisienne des «gilets jaunes», samedi 24 novembre, fut pour dénoncer les violences.

Pas un mot, donc, pour les familles parties à l'aube de Lorraine, du Nord, de Bretagne afin de faire entendre leur colère à la capitale. Pas une phrase pour les milliers de covoitureuses et covoitureurs pourvus de gilets phosphorescents, «montés à Paris» pour dire leur souffrance à quelques mètres des institutions.

Pas un mouvement d'ultra-droite

Certes, les violences des Champs-Élysées ne doivent pas être occultées. Mais aux abords de la «plus belle avenue du monde» –un surnom légèrement surfait ce jour-là– c'est avant tout la grande diversité des profils qui fut frappante. D'un côté, des groupes parfaitement rompus aux manifestations qui dégénèrent, pourvus de masques, de lunettes, de sérum anti-lacrymogène. De l'autre, des commerçants, des artisans, des retraités, des employés de PME, largement majoritaires –et déboussolés par la tournure des événements.

Scène vue, rue du Faubourg Saint-Honoré, à quelques dizaines de mètres du barrage policier qui protège l’Élysée: un groupe de jeunes «gilets jaunes» renverse une poubelle et tente de monter une barricade. D'autres «gilets jaunes» les repoussent et... nettoient la chaussée. La veste phosphorescente recouvre en réalité beaucoup de primo-manifestants, surpris par la «casse» autant que par les charges de CRS.

La dénonciation de l'ultra-droite n'explique donc pas grand-chose de la mobilisation. Elle est, pour le gouvernement, une manière de se rassurer à bon compte. Et de dissuader les hésitants. La «reductio ad ultra-droite» masque surtout les centaines de rassemblements qui ont eu lieu en régions, pacifiques dans leur grande majorité. La carte des mobilisations n'épouse d'ailleurs en rien celle du vote pour Marine Le Pen, comme l'a montré le démographe Hervé Le Bras.

Tout cela, bien sûr, l'exécutif en est conscient. Il note la persistance de la mobilisation, son soutien toujours massif dans l'opinion, ses relais toujours à l'affût au sein de la classe politique. Ce dimanche sur France 3, Ségolène Royal a appelé au «retrait des taxes» et à «l'apaisement». Sur LCI, Marine Le Pen a demandé au gouvernement de «répondre» aux attentes des manifestants.

D'autres difficultés à venir

La «Macronie» elle-même fait part de ses doutes. François Bayrou, soutien historique, regrette une «rupture» et réclame «un nouvel acte du quinquennat, civique, social et populaire». Bruno Le Maire, le ministre des Finances, affirme que les «les impôts et les taxes, ça suffit!». Comme s'il régnait un léger affolement au «sommet», pour reprendre l'expression d'Emmanuel Macron.

Car le gouvernement sait que d'autres difficultés sont à venir. Au 1er janvier 2019, une nouvelle hausse des taxes sur le carburant entrera en vigueur (+6,5 centimes sur le litre de gazole, +2,9 sur l'essence). À l'agenda également: les réformes de la fonction publique, des retraites, de l'assurance chômage peuvent drainer de nouvelles cohortes de mécontents. Sans oublier le prélèvement à la source, et son impact psychologique, sur les fiches de paie le 31 janvier prochain...

Dès lors, pour ne pas casser, l'exécutif plie. Certes, il ne peut reculer –pour l'instant– sur la hausse des taxes sur le carburant, sauf à se renier. Mais pour toutes les autres mesures qui touchent à la «bagnole», Emmanuel Macron a les deux pieds sur le frein. Le projet de péages à l'entrée des villes, annoncé en octobre par le ministre de la Transition écologique? Effacé du projet de «loi mobilité», présenté ce lundi 26 novembre en conseil des ministres. L'instauration d'une vignette pour les poids lourds? Envolée jusqu'à nouvel ordre.

«Ce n'est pas quand ça souffle qu'il faut changer de cap», plastronnait pourtant Édouard Philippe sur France 2. Il faut croire que maintenir le cap n'empêche pas quelques coups de gouvernail.

Frédéric Says Journaliste

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