Culture

Pleurnichons dans la neige

Dana Stevens, mis à jour le 08.02.2010 à 17 h 10

Brothers est un film sans message qui ne laisse pas filtrer l'émotion. La faute notamment à Natalie Portman

Brothers (Lionsgate), le remake réalisé par Jim Sheridan d'un film danois de 2004 racontant l'histoire de deux frères séparés par la guerre, contient quelque chose de remarquable: son casting, avec Tobey Maguire et Jake Gyllenhaal jouant les deux frères. Ce n'est que depuis la sortie de Spider-Man 2 que je ne les confonds plus, leur ressemblance allant bien au-delà de leur physique. Les deux acteurs ont une élocution douce et une résistance à l'emphase qui leur est bien utile dans ce qui pourrait facilement devenir (et est parfois) un lourd mélodrame de guerre. La distribution des rôles est rusée car elle joue à la fois avec et contre les «stéréotypes»: Gyllenhaal, le plus rebelle et sexy des deux, joue le «mauvais frère» à la fois soûlard mais brave type, tandis que Maguire, probablement le plus délicat et le plus candide des deux, interprète un Marine qui est toujours resté dans le droit chemin jusqu'à ce qu'il se trouve confronté à l'aspect sombre de son caractère au moment où il est fait prisonnier en Afghanistan.


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Certes schématique, cette symétrie de conte correspond à une répartition classique des rôles.  Malheureusement, Brothers repose aussi sur l'idée que Natalie Portman est suffisamment intéressante pour que le spectateur la regarde souffrir pendant deux heures. Je dois confesser ce qui est probablement un biais personnel: je ne supporte pas Natalie Portman. Je ne l'ai pas trouvée crédible dans un seul rôle. Elle ne suscite aucune réaction émotionnelle chez moi au-delà de «tiens, c'est Nathalie Portman.»  Elle n'en fait pas trop ou trop peu; elle est juste là, avec ce qui semble être l'expression de circonstance sur son visage doux, joli et enfantin. S'il y a quelque chose qui se passe derrière ce visage, je ne sais pas ce que c'est, et je ne tiens pas à le savoir, ce qui veut dire que les longues scènes de Brothers qui impliquent un intérêt pour l'intériorité de son personnage me semblent dramatiquement inertes. Si vous possédez le gène qui donne la capacité de se sentir impliqué par Portman, il est possible que vous les trouviez brillantes.

Sam (Maguire), le gentil frère Marine, est envoyé en Afghanistan.  Le père alcoolique (Sam Shepard), fait clairement comprendre au dîner d'adieu de Sam qu'il le préfère à Tommy (Gyllenhaal), un paumé perpétuel qui vient de sortir de prison après une pathétique tentative de braquage de banque. Quand Sam s'en va à la guerre, sa femme, Grace (Portman), devient responsable de Tommy, lui venant en aide quand il n'arrive pas à payer ses dettes.  Mais Tommy montre aussi son meilleur visage à l'occasion, s'occupant des deux jeunes filles de Grace et Sam (Taylor Geare et Bailee Madison).  Au fur et mesure de l'histoire, la relation autrefois tendue entre Grace et Tommy devient une amitié, puis une attraction mutuelle, bien que cela n'aille jamais plus loin qu'un baiser sous l'emprise de la marijuana.

Quand l'hélicoptère de Sam est abattu par des tirs ennemis au-dessus d'un fleuve, sa mort est annoncée à sa famille, pendant que les spectateurs voient qu'il est en réalité fait prisonnier en compagnie d'un autre Marine et torturé par les Talibans (ou peut-être al-Qaïda —enfin des méchants barbus portant des turbans, quoi).  Là, Sam fait quelque chose de terrible —si terrible, en fait, si en désaccord avec son personnage, que ça sent l'invention du scénariste. Quand il est finalement sauvé par des soldats américains et renvoyé chez lui, il souffre de SSPT (syndrome de stress post-traumatique) qui le réduit à l'état de zombie émotionnel. Trop déconnecté de la réalité pour jouer avec ses enfants ou rire des blagues familiales, Sam traîne la nuit dans le jardin derrière la maison avec un pistolet armé, obsédé par la liaison (inexistante) de son frère avec sa femme.

Bien que Tobey Maguire soit ici meilleur que jamais —ses muscles du cou tendus sont à eux seuls suffisants pour nous démontrer ce que c'est que de vivre dans un état constant de peur— le triangle amoureux au cœur de Brothers, étrangement, n'est pas prenant. Nous savons bien que la pure et désintéressée Grace ne sera jamais infidèle à son mari —elle s'appelle Grâce, par pitié! elle est jouée par Natalie Portman! —donc ses scènes avec Gyllenhaal manquent de tension et de chaleur (ou peut-être c'est encore mon problème avec Portman qui me bloque). Seules les scènes avec les petites filles de Sam et Grace parviennent à véhiculer un peu d'émotion. Sheridan a toujours eu un don pour diriger les enfants et son traitement de ces jeunes actrices évite toute sentimentalité. La scène où l'aînée gâche exprès la fête d'anniversaire de la cadette sonne plus vraie que tout ce qui se passe entre les trois adultes qui interprètent les personnages principaux.

Brothers, film sérieux et bien intentionné, fait partie de cette catégorie de films qui utilise les guerres en Irak et en Afghanistan comme tremplins pour des drames domestiques. (Stop-Loss, Détention sécrète, et Dans la vallée d'Elah sont d'autres exemples du genre.)  Brothers n'a pas de message plus actuel sur la guerre que d'expliquer qu'aller la faire peut être une très mauvaise expérience.  Cette histoire de rivalité fraternelle et de tentation aurait aussi bien pu être située pendant la Grande Guerre, et l'état de Sam aurait été qualifié de «shell shock» (psychose traumatique du soldat). Après avoir regardé ce film, j'ai souffert de ce qu'on peut appeler un «syndrome de stress traumatique post-portman,» un état qui vous rend nerveux et irritable et dont le seul remède est une comédie romantique bien jouée.

Par Dana Stevens

Traduit par Holly Pouquet

Image de une: Brothers, DR.

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