France

L'Allemagne paiera

Temps de lecture : 2 min

Elle seule peut payer les déficits. A condition que l'Europe et la France lui donnent des garanties.

Angela Merkel, le 9 mars 2009. HANNIBAL HANSCHKE / Reuters
Angela Merkel, le 9 mars 2009. HANNIBAL HANSCHKE / Reuters

La guerre est déclarée contre la crise. Et pourtant, malgré les déficits qui se creusent, l'Europe reste l'arme aux pieds. La commission avait — à l'instar du FMI — préconisé un plan de relance d'une ampleur comprise entre 2 et 3% de la richesse de chacun des membres de l'Union. Mais en fait, l'effort, dans la plupart des cas, et notamment en France, ne dépasse 1% du PIB.

Il est vrai que les pays dépensiers d'hier, dont le nôtre, avaient épuisé — paquet fiscal et clientélisme budgétaire obligent — leurs marges de manœuvres bien avant que la bise de la crise ne vienne les coller au mur.

Il en résulte la situation paradoxale suivante: les nations européennes qui n'ont plus les moyens de relancer leur économie en raison de leurs déficits passés les dégradent encore davantage pour le futur en raison de l'ampleur de la récession. Les recettes fiscales rentrent moins et les charges de toutes natures sortent davantage. D'où le déséquilibre endémique des finances publiques des mauvais élèves d'hier, des impuissants d'aujourd'hui et des surendettés de demain.

Certes, l'Union européenne pourrait prendre le relais et décider de lever un grand emprunt pour financer les dépenses que ses membres n'ont plus la capacité d'engager. De même, la Banque centrale pourrait exceptionnellement décider de couvrir en partie, par de la création monétaire, les dettes publiques des pays européens. Mais la Commission européenne comme la BCE n'entendent pas déroger aux traités fondateurs.

Alors, on fait la guerre mais à mains nues, ce qui n'est pas, convenons-en, la meilleure façon de gagner la bataille, et le cocasse n'est jamais loin du drame. Et chaque jour vient apporter son lot de surprises. Hier, on apprenait que Londres — oui là où le libéralisme avait jusque-là, si je puis dire, «droit de city» — s'apprêtait à nationaliser la Lloyds et aujourd'hui, c'est la Maison Blanche qui, par son conseiller économique, appelle à une réunion extraordinaire du G20 pour un soutien exceptionnel de la demande. Mais voilà, sommée par les Américains de défiler pour montrer sa force, l'Europe se défile.

Aussi, c'est l'Allemagne qui détient désormais la réponse. Dans l'affrontement contre la crise, son économie souffre autant sinon plus que les autres, ses excédents commerciaux fondent, son industrie automobile craque, son chômage remonte, ses déficits publics enflent. Et elle sort de plusieurs années d'une austérité qui n'autorise pas franchement le retour au laxisme.

Mais précisément, elle a ce que ses voisins n'ont pas: des marges budgétaires, un endettement maîtrisé, des coûts salariaux contenus, un relatif consensus social et surtout la taille critique.

L'Allemagne a non seulement une économie prospère mais la plus puissante. C'est elle qui peut disposer de la force d'entraînement et de la mobilité indispensable dans la gestion des conflits.

Faut-il encore la convaincre de faire acte de solidarité. On pourrait déjà rappeler à nos amis allemands que depuis le traité de Nice amendé par celui de Lisbonne, ils disposent de l'influence la plus forte aussi bien au Conseil européen qu'au Parlement.

Cette place éminente donne des droits, mais impose aussi des devoirs. On pourrait aussi leur faire valoir que leurs succès commerciaux n'ont d'avenir que dans une économie européenne en croissance et que la récession, si elle se poursuivait, affaiblirait non seulement leur base industrielle, mais aussi la stabilité de l'euro, si fondamentale, et à laquelle dont ils sont viscéralement attachés.

Enfin, il faut donner à l'Allemagne des garanties. C'est à la France de rétablir l'harmonie du couple formé avec elle et c'est à l'ensemble des Européens de mener une politique économique cohérente et coordonnée.

Car il serait trop facile de demander à l'Allemagne de payer les déficits des autres. Elle n'acceptera de la faire qu'à condition de se sauver elle-même, et nous avec!

François Hollande

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