Life

La vallée des poupées gonflables

Veronica Belmont, mis à jour le 14.02.2010 à 12 h 54

Le «robot sexuel révolutionnaire» n'est ni révolutionnaire, ni un vrai robot.

Normalement, quand j'écris un article sur un nouveau produit technologique, j'aime bien avoir d'abord «joué» un peu avec l'appareil. Heureusement - ou  non - ce n'est pas le cas avec le Roxxxy TrueCompanion, le dernier cri des sex toys high-tech, sorti lors du dernier Salon annuel du Divertissement pour Adultes de Las Vegas. Pendant que j'étais juste à côté, au Salon de l'Electronique Grand Public, en train de mater les dernières télévisions 3-D et les nouveaux modèles de tablettes électroniques, Roxxxy créait des remous tant auprès des professionnels de l'industrie du sexe que des bloggeurs écrivant sur les robots.

 

Le créateur, Douglas Hines, décrit son «robot sexuel» comme étant le plus réaliste du marché, avec la possibilité, dans chaque modèle, de programmer différentes personnalités (Mature Martha, Frigid Farrah, Wild Wendy), qui peuvent être partagées avec d'autres utilisateurs en ligne. Il possède aussi des logiciels qui répondent à la commande tactile et qui offrent un feedback audio en fonction de l'activité. Bien que la technologie à l'intérieur du robot m'intrigue, je suis encore plus curieuse de comprendre comment l'intelligence artificielle appliquée à la chambre à coucher peut changer la manière dont les véritables humains envisagent le sexe.

Prix prohibitif

Avec des prix commençant à 7.000 dollars et allant jusqu'à 9.000 dollars, selon les options que vous prenez pour votre poupée, le prix de Roxxxy n'est pas suffisamment bas pour permettre d'en faire un produit grand public - le projet d'ajouter une panoplie électronique sophistiquée à votre actuelle routine sexuelle restera sans doute irréalisable avant quelques années. Mais avec les avancées technologiques et la baisse des prix des composants, nous allons commencer à voir de plus en plus de machines comme Roxxxy. Avec la mise sur le marché de sex toys tellement avancés sur le plan technologique, le rôle d'une vraie femme dans la chambre à coucher pourrait-il devenir obsolète?

Violet Blue, auteur et chroniqueur sur le sexe pour le San Francisco Chronicle, pense que les femmes ne doivent pas se sentir menacées:

Les gens auront toujours besoin de faire taire leur incrédulité pour vivre pleinement leur fantasme lors d'une relation avec une machine; vous ne pouvez pas duper tous vos sens, et les rapports avec une autre personne sont une expérience qui repose sur les sens. Quelques personnes, et seulement quelques unes, seront plus heureuses avec une amante imaginaire qu'avec une partenaire réelle, seulement parce que leur orientation fait qu'elles ne sont pas faites pour des rapports humains intimes. Ces gens-là seront contents d'avoir un robot sexuel... [mais] ce ne sont pas eux que vous alliez rencontrer dans un bar pour célibataires ou dans d'autres endroits où l'on fait de telles rencontres.

Il y a quelque chose d'essentiel chez les robots d'aspect humain comme Roxxxy qui donne la chair de poule: quand ils commencent à être trop vrais, le phénomène dit de la vallée perturbante survient. En tant qu'êtres humains, nous sommes perturbés par les formes artificielles qui nous ressemblent trop - prenons à titre d'exemple les formes visuelles en 3-D qui donnent un peu la chair de poule dans des films comme Le Pôle Express. Il y a deux façons de résoudre ce phénomène de vallée perturbante: faire des poupées qui ressemblent plus à des jouets (en les sortant ainsi de la zone de «presque humain mais pas vraiment») ou perfectionner leur apparence à un tel point que les poupées ressemblent plus à la femme robot incarnée par Elizabeth Hurley dans Austin Powers. Il faudra quelques années avant que ce soit possible, puis il y aura toujours la crainte que ces femmes robots deviennent conscientes et fomentent une «révolte sexuelle» aux effets inattendus. C'est un petit souci, bien sûr, mais il vaut mieux y être préparé!

Robot?

Malgré l'apparence réaliste et la personnalité artificielle de Roxxxy, Blue pense qu'on devrait hésiter avant de lui donner l'étiquette de «robot»: Roxxxy est dépourvu de robotique «à part des capteurs qui ne transmettent que des réponses audio.» Bien qu'elle ait une apparence humaine et qu'elle soit dotée d'un logiciel qui imite la voix humaine, Roxxxy ne peut pas exécuter des fonctions qui ne sont pas initiées par vous - ce qui la distingue d'un véritable robot.

Et beaucoup d'autres appareils humanoïdes ont anticipé l'arrivée de Roxxxy. Les poupées robotiques de sociétés telles que Dutch First Androids sont arrivées jusqu'à la chambre à coucher bien avant elle - avec de plus une motricité supérieure. Par ailleurs, toutes ces remplaçantes de partenaires humaines seront bientôt obsolètes: la technologie existe pour faire des androïdes encore plus avancés, tel que le Projet Aiko. Ce n'est pas à proprement parler un robot sexuel, mais Aiko peut réagir à la douleur et reconnaître les visages et les voix. Les développeurs espèrent aussi le faire marcher indépendamment d'ici quelques années - et ce n'est qu'une question de temps avant que quelqu'un emploie la technologie derrière Aiko pour créer une amante artificielle. TrueCompanion, en revanche, insiste que c'est la personnalité de Roxxxy qui fait toute la différence: «[Roxxxy] peut tenir une conversation, exprimer son amour pour vous et être l'amie qui vous adore». Elle ne peut pas, en revanche, aller vous chercher un verre d'eau après une session amoureuse particulièrement intense.

Rocky

Pour celles d'entre vous qui attendent la version mâle de Roxxxy, TrueCompanion dit que la prochaine poupée, Rocky, est en cours de réalisation. Cela semble être une démarche logique pour la société, étant donné que le marché des sex toys s'est orienté vers les besoins des femmes depuis plusieurs années - il suffit d'une visite au sex shop du coin pour voir quelles merveilles technologiques ces appareils sont devenus. En effet, les femmes ont une longue histoire d'unions charnelles avec des objets inanimés: «Ce qui est fascinant, c'est le niveau d'ouverture et le manque de questionnement avec lequel les femmes ont accepté le sexe avec les machines» dit Blue. Selon The Technology of Orgasm de Rachel Maines, «les femmes atteignent l'orgasme avec des machines depuis au moins 1860, et le premier appareil pour l'autostimulation à domicile fut introduit sur le marché en 1918... Toutes seules, les femmes n'ont pas d'inhibition quand il s'agit de sexe avec des machines. Nous le faisons depuis beaucoup plus longtemps que les hommes.»

Alors pourquoi TrueCompanion n'a-t-il pas sorti une version mâle en premier?  Il y a cette idée répandue que les hommes sont plus voyeurs que les femmes au lit, ce qui serait une raison pour laquelle une poupée aux mensurations réalistes serait plus attirante pour les hommes, au moins dans cette première version.

Malgré tout le bruit autour de Roxxxy TrueCompanion, il ne s'agit en fin de compte que d'une poupée gonflable de deuxième génération. Roxxxy me rappelle un autre gadget autour duquel on avait fait beaucoup trop de battage médiatique à l'époque: le Segway. Les deux ont des apparences flashy, sont bardées d'une électronique avancée, et sont peu à même de changer la société humaine. Mais, après tout, pourquoi pas? Si vous avez 7.000 dollars à flamber, Roxxxy peut faire un intéressant sujet de conversation lors de votre prochaine soirée mondaine.

Par Veronica Belmont

Traduit par Holly Pouquet

Photo: site officiel de True Companion

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