Société

Pour vivre heureux, vivons de peu

Temps de lecture : 3 min

[BLOG, You will never hate alone] Il faut résister à la société de consommation, résister de toutes ses forces, résister à ses sirènes, à ses mirages, à ses tromperies. Sinon, on est foutu. Individuellement et collectivement.

Je possède donc je suis. | Michael Daddino via Flickr License by
Je possède donc je suis. | Michael Daddino via Flickr License by

Acheter. Toujours acheter. Encore acheter. Acheter tout et n'importe quoi. Acheter pour mieux entasser. Acheter et s'endetter. Acheter la dernière nouveauté, le dernier bidule à la mode, la dernière couillonnade inventée par des industriels en mal d'argent. Acheter comme d'autres respirent. Acheter pour se sentir exister. Acheter pour frimer, pour paraître, pour épater. Acheter pour mieux polluer. Acheter en dépit du bon sens. Afin de tromper l'ennui. Dans cette fuite en avant qui ressemble à un suicide programmé.

J'ignore ce qui motive les gens à consommer tant et plus. Probablement un réflexe savamment entretenu par d'intenses campagnes de communication qui parviennent à les convaincre de s'enticher de biens dont ils n'ont nul besoin. Il est là le vrai malheur des êtres humains, j'en ai toujours été persuadé. Cette impossibilité de se contenter de peu et de toujours, toujours désirer ce qu'on ne possède point. Une sorte de folie consumériste, loin, très loin des vrais enjeux de civilisation, de la métaphysique des individus, de la vraie vie et de ses sortilèges, qui condamne au malheur des millions de gens pris au piège de leurs désirs contradictoires.

Je possède donc je suis.


Je ne prétends pas que le bonheur se trouve dans l'ascèse, dans le dénuement le plus absolu, que vivre entre les murs de sa chambre suffit à son seul bonheur. Non. Mais je demeure convaincu que parvenir à vivre de peu, à se contenter de l'essentiel, dans un effort de se dépouiller au maximum du superflu, participe à cette sérénité de l'esprit, gage d'un certain bonheur terrestre. Ce n'est pas tourner le dos à la modernité, c'est juste en prendre le meilleur pour mieux délaisser l'inutile. Il faut résister à la société de consommation, résister de toutes ses forces, résister à ses sirènes, à ses mirages, à ses tromperies afin d'aller sur le chemin de la vie sans autre souci que celui de la mort, de l'amour, de la poésie, de la musique, de l'amitié, toutes ces choses qui rendent la vie supportable. Et qui ne s'achètent pas.

C'est là un travail quotidien qui demande une vigilance de tous les instants tant les tentations sont nombreuses, omniprésentes, redondantes. «Achetez!» clament les devantures des magasins. «Achetez!» exigent les réclames à la télévision ou dans les journaux. «Achetez!» vocifèrent les sorciers de l'ivresse capitaliste, tous ces marchands d'illusions jamais rassasiés dont l'unique motivation est celle de vous précipiter dans les affres de la dette, du crédit, de l'emprunt, de tout ce qui contribue à votre chute sans fin.

Garder la tête froide. Séparer le bon grain de l'ivraie. N'être dupe de rien. Dire non et encore non. Rester sur son quant-à-soi. Apprendre à vivre bien et à vivre de peu. Restreindre au maximum le champ de ses désirs et se concentrer sur l'essentiel. Refuser la nouveauté pour la nouveauté, le dernier modèle en rien différent de l'ancien, si ce n'est son prix. L'article dont tout le monde parle et qui aura disparu du paysage quand on se sera rendu compte de sa parfaite inutilité, de sa triomphante imbécillité.

Le bonheur est dans l'intemporel.

Les paysages d’à côté, d'en bas de la rue, de la forêt toute proche sont tout aussi éloquents que ceux des contrées éloignées. Les plus belles destinations demeurent celles de l'esprit quand il parvient à reculer un peu plus loin le champ du possible et de la connaissance. Lorsqu'il s'enrichit de la fréquentation d'un livre, d'un morceau de musique, de l'échange avec un chat qui daigne vous accorder un peu de son temps. Vous voilà sauvé. Roi de votre pauvre royaume. Pauvre de votre richesse intérieure. Ne rien posséder de peur de finir dans le caniveau de ses illusions perdues, quand on s'aperçoit que de sa vie, on n'a rien fait, si ce n'est courir derrière les chimères de l’éphémère.

Ce n'est pas un programme politique, juste les réflexions d'un quinquagénaire atrabilaire qui se désole du spectacle des femmes et des hommes lorsqu'ils oublient que le confort de l'existence ne se trouve pas dans l'accumulation de richesses mais dans la jouissance issue du monde immatériel.

Sur ce, je vous laisse, on vient de sonner: c'est le livreur avec ma dernière commande Amazon. Une brosse à dents électrique dernière génération, en 3D, interconnectée avec le cosmos, et qui nettoie en profondeur tout en diffusant une musique différente selon la largeur de la cavité des molaires.

Indispensable.

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Laurent Sagalovitsch romancier

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