Société

«Une voisine est la cause de ma descente aux enfers»

Temps de lecture : 4 min

[C'est compliqué] Cette semaine, Lucile conseille Flavie, qui vit un enfer quotidien à cause d'une voisine agressive et violente multipliant les incivilités et les actes répréhensibles.

«Elle détériore tout ce qui m'appartient –voiture incluse– et elle en arrive aux mains!» | Alvin Engler via Unsplash License by

«C’est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c’est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes. Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

Vous pouvez aussi laisser votre message sur notre boîte vocale en appelant au 07 61 76 74 01 ou par Whatsapp au même numéro. Lucile vous répondra prochainement dans «C'est compliqué, le podcast», dont vous pouvez retrouver les épisodes ici.

Et pour retrouver les chroniques précédentes, c’est par là.

Chère Lucile,

Après mon divorce, je commence par louer un studio de 18 m2. Après quelques mois de promiscuité avec mes enfants, je cherche une maison à acheter, avec un jardin. Je signe fin décembre 2015. Et là, tout s'enchaîne, s'accélère et je tombe dans un engrenage.

Une voisine est la cause de cette descente aux enfers. Elle ne supporte rien: ni mes améliorations dans le jardin, ni mes jardinières devant la maison, ni ma présence... Très rapidement, elle détruit tout ce qu'elle peut; ensuite, elle détériore tout ce qui m'appartient –voiture incluse– et elle en arrive aux mains!

À ce jour, elle m'a frappée quatre fois, et j'ai sept certificats médicaux. Elle se croit toujours au Moyen Âge et jette ses excréments sur ma terrasse, elle m'insulte ouvertement et crûment... Il existe une servitude de passage pour quatre maisons, et tout se passe bien entre gens civilisés –sauf avec elle. Elle s'acharne également sur mes voisins: tous ont déménagé, car il n'y a de cesse à ses agissements. Je résume, mais je crois que je pourrais écrire un livre.

Évidemment, j'ai porté plainte; évidemment j'ai alerté la mairie; évidemment, j'ai des certificats médicaux et des témoignages. La police nationale, la police municipale et un représentant de la mairie sont déjà intervenus pour un rappel à la loi. Elle les a insultés et criait plus fort qu'eux! Autant vous dire que je me suis sentie protégée... Tous sont unanimes sur le fait qu'un jour, cela finira mal. Mais ils restent impuissants, incapables d’agir.

De ce fait, j'ai écrit directement au procureur de la République, qui m'a répondu qu'une enquête était en cours. Deux ans plus tard, j'en réfère au préfet, qui soulève la gravité des faits au procureur. Et là, comme par enchantement, mon dossier est réétudié, complété et transféré au parquet. Elle a été auditionnée et moi aussi. Résultat: accalmie de deux semaines –le commissaire lui a «mis la pression». Mais visiblement, elle n'a pas compris, puisqu'elle poursuit ses actes de violence, de malveillance, d'insanités, d'insultes, etc.

Aujourd'hui, je sais qu'elle va être poursuivie en justice et qu'il va y avoir une sanction, mais laquelle? Je précise qu'elle a 83 ans et qu'elle est multirécidiviste –ce qui ne l'empêche pas d'être physiquement forte et de frapper fort.

Je suis dans l'attente d'une date; je trouve le temps long et je me sens isolée.

Flavie.

Chère Flavie,

On sous-estime l’influence des voisines et des voisins quand on s’installe quelque part. On visite l’appartement ou la maison, le quartier aussi. On oublie que la promiscuité fera que l'on partagera aussi le quotidien de gens dont on ne sait rien. Souvent, ils font partie des murs, comme des présences fantomatiques. Ce sont des bruits, surtout: on entend le voisin aller uriner en pleine nuit et tirer la chasse d’eau, la voisine et ses orgasmes bruyants une semaine sur deux.

Parfois, c'est moins anecdotique, plus lourd à porter –comme quand les cris dans l'appartement d'à côté obligent à garder la main sur le téléphone et que l'on se dit en silence: «Pourvu qu’il ne lève pas la main sur sa femme.»

Parfois, c’est au-delà de ces seuls sons, de ces fantômes. On se salue devant les portes d’entrée: les bruits sont devenues entités, et on se regarde avec plus ou moins de gêne.

Je comprends votre angoisse. Vous vous retrouvez comme dans une colocation que vous n'avez pas choisie –une violence subie après une autre violence, celle du divorce. Que faire quand on est enfermée dans un schéma d’agression au quotidien?

Vous expliquez vous-même que vous avez déjà légalement tout tenté, et que la justice suit son cours. Maintenant, je crois qu'il faut parler. Pas avec elle, mais avec d’autres. En écrivant, j’espère que vous soulagez déjà votre peine, que vous la laissez s’envoler.

Vous ne pouvez pas résoudre seule ce problème. Et le vivre en silence ferait grandir en vous une colère résignée et étouffante. Ne suffoquez pas dans cette injustice; parlez.

Parlez aux voisins qui restent: plaisantez-en autour d’un apéritif, faites de cette nuisance une force collective.

Parlez sur internet: je suis sûre qu’il existe une quantité de groupes sur les réseaux sociaux où les victimes partagent leurs expériences.

Parlez-en à un ou une psy: si vous vous sentez flancher, vous pouvez toujours vous faire aider, et des structures locales proposent ces aides gratuitement ou presque.

Maintenant que vous avez tout fait contre cette personne, vous acharner ne serait qu’inutile. Il faut vous concentrer sur vous; vous redonner confiance, vous redonner le courage et la fierté.

Vous n’êtes pas seule –ni face à ce problème, ni face au monde. Pensez à vous. Faites entendre votre voix. Racontez votre histoire et d’autres aussi, qui prouvent que vous êtes tellement plus que cette mésaventure. Vous en ressortirez plus forte, je n’en doute pas.

Lucile Bellan Journaliste

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