Sports

Le «French flair», identité nationale du rugby

Temps de lecture : 2 min

Il ne s'est jamais mieux exprimé que dans les époques où la France ne doutait de rien.

Début février 2010. Tournoi du Vieux Continent reparti comme en 1940. Joutes déjà antiques aussi présentées, depuis quelques jours, comme celles du Centenaire. A dire la vérité, samedi 6 février, les premières fanfares furent bien poussives. Ni Irlande-Italie (29-11) ni Angleterre-Galles (30-17), ce jour là, ne méritèrent leur nom de batailles millésimées 2010. Stratégies stéréotypées, applications fidèles des nouvelles lois de la guerre à hautes valeurs publicitaires (et télévisuelles) ajoutées, rien de réjouissant. Mornes gazons.

Rien de grave, certes. Mieux, un apéritif un peu plus salé que d'autres; une entame en creux pour faire saliver l'amateur véritable. Cet amateur qu'enivre encore le souvenir du «French flair» comme peut encore transporter d'aise une mémoire de La Callas à la Scala. Avec, en ligne de mire, un Ecosse-France et cette orchestration interrogative formulée l'avant-veille par L'Equipe à sa Une: allions-nous assister enfin au retour tant espéré du génie à la française?

Comme pour les deux matchs du samedi l'affaire, pour le troisième, peut être assez simplement résumée. Une Ecosse malade d'une première ligne indigente; une Ecosse heureusement doublée d'une énergie arrière bien belle à voir. Et une France comme souvent empêtrée dans un talent collectif ne parvenant pas à voir le jour. Au total, 6-15 à la mi-temps; certes. Quelques fugaces émotions; sans doute mais aussitôt ruinées par d'incompréhensibles déchets. Et deux essais marqués en force plus qu'en finesse par un petit monstre; un joueur devenu paria le temps d'une tournée australe avant, donc, de devenir «talent d'or» sur le sable de Murrayfield (Bastareaud).

Deuxième mi-temps, idem. Mieux: ce paradoxe grossissant d'un XV tricolore impuissant à galoper quand sa tête de mêlée perfore à outrance. Guère de tranchées; frustrations légitimes. Et pour en finir un bien pauvre 9-18. On s'en doute, de «French flair» point; du moins si l'on veut bien ne pas confondre «French flair» et hasard, «French flair» et fatalité. Des cuillères à gâter le dessert, des improvisations de collégiens, des impolitesses publiques.

Ah, le «French flair»! S'intéresser au concept c'est -Equipe aidant- évoquer Pat Marshall, journaliste travaillant pour le Daily Express qui (France-Galles 1963, Colombes) aurait eu cette trouvaille linguistique. Pour ce qui est de la définition les choses sont plus complexes, pour ne pas dire impossibles. On invoque ici l'esthétique de la bataille gestuelle, la précision doublée d'une fatalité divine maitrisée par une communauté humaine en short maillot et crampons. D'autres parleront, jusqu'à l'aube, d'improbables solutions ne pouvant être trouvées (pourquoi ?) que par des équipes françaises. Et certains, bien sûr, voudront théoriser, à des fins pédagogiques postulant que le génie (individuel ou pas) peut être mis en équation. Mieux quelques cadres de la Fédération Française de Rugby partirent ces dernières années aux antipodes avec comme mission de vendre cette improbable entité.

Le «French flair»? Ils sont peu nombreux à avoir écrit sur ce thème. Les propos les plus justes, autant que faire se peut, sont sans aucun doute ceux de Pierre Villepreux: «C'est le jeu juste (...)». Le Beau Jeu, en somme, cette élégance jadis forgée sur tant et tant de champs de bataille avant que de nouvelles règles soient codifiées pour de nouveaux champs, sportifs.

C'est une forme de transcendance collective qui dépasse le groupe et trouble durablement le stade. Un rapide retour vers notre passé identitaire impose aussi un autre constat: le «French flair» (qui atteint son acmé avec les frères Boniface) ne s'est jamais mieux exprimé que dans les époques où la France ne doutait de rien; et surtout pas d'elle-même.

Jean-Yves Nau

Image de Une: Le Français Poitrenaud face à l'Angleterre à Londres en 2007, REUTERS/Luke MacGregor

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