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- Par Eric Le Boucher
- Eric Le Boucher est un des fondateurs de Slate.fr. Journaliste, chef de service, chroniqueur économique au journal Le Monde, il est depuis 2008 directeur de la rédaction d'Enjeux-Les Echos. Il est l'auteur d'«Economiquement incorrect».
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Eric Le Boucher
Eric Le Boucher est un des fondateurs de Slate.fr. Journaliste, chef de service, chroniqueur économique au journal Le Monde, il est depuis 2008 directeur de la rédaction d'Enjeux-Les Echos. Il est l'auteur d'«Economiquement incorrect».
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Tragédie grecque, débandade européenne
Si les marchés financiers attaquent si facilement l'économie grecque, c'est de la faute à notre Europe sans tête.
Croyez-vous encore en l'Europe? C'est, au fond, la question que posent les marchés financiers aux gouvernements en créant des turbulences financières dans la zone euro, en Grèce, en Espagne, au Portugal. Ils ont raison, c'est la bonne question. La crise a démontré que l'union monétaire européenne était bancale (une monnaie commune mais toujours pas de politique économique commune).
A l'automne 2008, après la faillite de Lehman Brothers, Angela Merkel a fait la démonstration de l'égoïsme et du chacun pour soi en refusant le plan commun de soutien aux banques que proposait Nicolas Sarkozy, alors président de l'Union. Depuis, rien ne s'est passé, les politiques de sortie de crise relèvent de chaque gouvernement, Bruxelles se contente de dire (mollement, avec des sanctions décrédibilisées) qu'il faudra revenir à l'équilibre maastrichien.
La jungle
L'entrée dans la crise nécessitait une coordination, la sortie de crise aussi. Mais non, les simagrées de retrouvaille franco-allemande qu'on a vues la semaine passée ne cachent pas la réalité des divergences entre Berlin et Paris et le refus obstiné d'aller plus loin dans le fédéralisme économique.
Pour les marchés financiers, cette désunion, cet éparpillement du troupeau européen offre la possibilité d'attaquer les plus faibles. Comme dans la jungle. Il y a beaucoup d'argent à gagner s'ils réussissent à faire craquer la Grèce, puis le Portugal, puis l'Espagne. Un peu comme ils avaient engrangé des milliards en poussant l'Italie et la Grande-Bretagne hors du Système monétaire européen lors de la crise du «serpent» en 1993.
Pourquoi ne pas essayer à nouveau? Ils n'ont rien à perdre en vérité: ils montent les taux que paie Athènes pour se refinancer et ils se couvrent en cas de défaillance de l'Etat grec. Qui règle la note? Les citoyens grecs.
Les 15 pays membres de l'euro sont aujourd'hui dans un jeu perdant-perdant. S'il existait un mécanisme clair de coopération économique qui fixe une stratégie commune de sortie de crise, d'austérité coordonnée, qui dicte clairement comment chaque pays doit revenir à l'équilibre, avec des vérifications et de réelles sanctions, et qui, en cas de difficultés, fasse jouer un mécanisme de soutien prédéterminé, alors les marchés n'auraient pas d'intérêt à attaquer la Grèce. Ils sauraient que la zone est un bloc sur lequel ils se casseraient les dents.
Mais faute de coordination et de parole claire des responsables, le flou permet l'attaque et les gains.
Pour faire plier la Grèce, Paris et Berlin passent par les marchés
Paris et Berlin sont coincés: ils ne veulent pas dire qu'à la fin des fins, bien entendu, ils viendront au secours de la Grèce, membre de l'euro. Laisser tomber Athènes serait en effet engager un processus d'exclusion qui ferait tomber les autres pays les uns après les autres, jusqu'à laisser l'Allemagne toute seule. Mais ils ne veulent pas le dire parce que ce serait donner la permission au gouvernement Papandreou de minorer ses efforts d'austérité. Autrement dit, on arrive à  une politique de gribouille: pour faire plier la Grèce, la forcer à faire des efforts (après des années de triche sur laquelle on a fermé les yeux), on passe par les marchés qui au travers des taux, se «sucrent» au passage. Double peine pour les Grecs.
Et cela ne suffira pas. Comme les marchés financiers semblent estimer que le gouvernement grec n'aura pas la force politique d'imposer la rigueur spartiate nécessaire, ils vont hésiter à financer les 50 milliards d'euros dont le pays a besoin à partir d'avril. Ce sera l'épreuve de vérité: la somme est considérable et il se peut qu'Athènes ne puisse pas la lever et ne plus payer en conséquence ses dettes dans trois mois. Que se passera-t-il? Faudra-t-il alors finir par faire appel aux fonds du FMI et de ses agents qui prendront les rênes des finances du pays?
La bonne question posée par les marchés
A la double peine des Grecs, on ajoutera l'infamie pour tous de mettre un pays de la zone euro sous la tutelle internationale. L'échec symbolique de l'impuissance européenne s'ajoutera à l'échec économique de risquer la débandade et de ne l'empêcher qu'au prix fort.
La question posée par les marchés financiers est la bonne: si vous vouliez vraiment l'Europe, messieurs/mesdames les Européen(ne)s, cela ne serait pas arrivé, vous disposeriez de mécanismes fédéraux, coordonnés et vous auriez réglé le problème de la dette grecque entre vous.
Bien entendu, on l'a dit ci-dessus, les grands pays membres de la zone euro finiront par venir au secours d'Athènes. Ils ne peuvent pas se permettre de ne pas le faire. Mais quelle leçon tirera-t-on de cette crise de la zone? Ira-t-on enfin vers plus de fédéralisme? Imposera-t-on des procédures coercitives qui obligent les pays membres à respecter leurs engagements du Pacte de stabilité? Pensez-vous! Il ne se passera rien. Les Grecs auront triché depuis dix ans sur leurs comptes, ils vont maintenant «payer».
Pour partie c'est logique, ils vivaient aux frais des Européens. Mais la punition est excessive. Il eu fallu agir bien plus tôt et imposer des mesures de rigueur il y a dix ans.
Orthodoxie
Mais il ne passera rien. Imaginez-vous que Nicolas Sarkozy obéisse aux injonctions de Bruxelles? Non, impossible. Alors? Alors, puisqu'il n'existe pas d'autorité européenne véritable, c'est aux marchés financiers qu'on demande de «faire le travail» de forcer les gouvernements à rentrer dans l'orthodoxie, à payer leur dette. C'est là un renoncement coupable et en vérité minable: faute de s'entendre et d'abandonner un peu de souveraineté à l'Union, nos politiques préfèrent se soumettre aux directives des marchés.
Mais n'allez pas leur dire, ils croient que les Etats ont regagné de la force. La crise grecque montre comme c'est une dérision!
Eric Le Boucher
Image de une: Nouveau musée de l'Acropole, Athènes, en juin 2009. REUTERS
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Comments
Minable
C'est minable et vous avez raison. Une question: pourquoi n'y-a-t-il plus de grandes figures européennes, ou de grands hommes, sur le Vieux Continent ? Ne parlons plus de la France qui fait peine et se dilue dans des polémiques stériles pour ne plus parler de l'essentiel, c'est-à -dire notre basculement vers un pays du quart monde. Qui pour secouer ce cocotier duquel il ne tombe plus rien ?
arnaud76
La Grèce en passager clandestin
Tous ces commentaires sur « l’Europe devrait aider la Grèce » me paraissent négliger deux points fondamentaux :
La Grèce est un pays riche avec un tourisme florissant, des successeurs à Onassis dans l’affrètement maritime et une agriculture méditerranéenne, en particulier d’agrumes, resplendissante.
Mais c’est aussi un pays où l’évasion fiscale est un sport national auprès duquel les espagnols font effectivement figure de joueurs de 3ème division. L’administration où règne le népotisme est corrompue, aucun des chiffres de l’administration des statistiques grecque n’est crédible et l’économie est en grande partie souterraine et maffieuse.
Alors comme presque toujours en économie la vraie question est : qui va payer ?
Vous avez tort d’être aussi agressif envers les agences de notation qui ne sont que le thermomètre. Contrairement à ce que disent les économistes diplômés qui croient mentir pour la bonne cause, les exemples de faillites d’état sont nombreuses et il n’est pas besoin de remonter à 1935 ou aux assignats pour en trouver : Dubaï, l’Argentine, la Russie sont des exemples récents et comme il ne faut pas tirer sur une ambulance, je ne cite même pas certains pays africains dont la dette est en restructuration permanente.
Les Européens, Sarkozy et surtout Merkel en tête ont bien raison de ne pas se précipiter pour aider les Grecs parce que cela voudrait dire que c’est le contribuable allemand qui paierait alors qu’il a déjà fait des efforts colossaux. Je vous rappelle que les cheminots allemands partiront en retraite à 67 ans alors que depuis que Sarkozy s’en est occupé, les cheminots français partent toujours en retraite à 50 ans avec un montant encore amélioré.
La seule solution est donc une intervention du FMI qui pourra peut-être un peu serrer la gueule des grecs qui sont aisés et qui, contrairement aux Irlandais qui paraissent décidés à faire le ménage chez eux, veulent continuer à se comporter en « free riders ».
AZOSPIN
Le peuple oublié
Cet article est le constat sans appel de la faillite de l'Europe en tant qu'état.
S'il existe bien des Etats Unis d'Amérique, l'Union Européenne est une foutaise. Ce n'est qu'un marché auquel ses peuples sont soumis, pour le meilleur quelquefois et souvent pour le pire.
Sa "politique" semble essentiellement soumise au marché financier.
Je note que le peuple grec est complètement absent de cet article. Or, d'après ce que je comprends le marché financier va se payer sur la bête et soumettre les Grecs "à la double peine".
Vont-ils accepter d'être tondus sans se révolter ?
Il y a déjà eu le précédent de la révolte des étudiants !
Les "marchés financiers" sont très forts quand ils sont face à des moutons bêlants et peut-être moins quand les moutons deviennent enragés ?
Marianne Arnaud
Le traité de Maastricht
Le traité de Maastricht prévoyait la convergence économique de manière assez judicieuses d'ailleurs. Si les critères sont bafoués, c'est à cause du laxisme des "grands" pays au premier rang desquels ... la France. Il suffirait d'imposer l'application stricte de ces critères pour que l'Euro soit défendu. Quant au fédéralisme, personne n'en veut. Contentons-nous d'avancer à petits pas, l'Europe ne doit pas être un défouloir, c'est uniquement une zone de libre échange.
La Grèce va dégraisser ?
C'est la "Nomenclatura" Grecque qui a vécu aux crochets de l'Europe, elle ne sera pas chatiée. En revanche les obscurs les sans grades, le petit peuple va payer la gabegie de ces "élites" dispendieuses et fêtardes, qui ont pratiqué la corruption à grande échelle.
Tête de bois ou tronche pas très capitalistique ?
Au début de ce papier, un homme seul (devinez qui ?;> ) pouvait sauver l'Europe,
à la fin, il l'enterre presque. Résumons : il faut faire front contre le méchant tsunami
spéculatif prêt à croquer un à un les affaiblis éloignés du troupeau. Il faudrait le faire
et cela le sera, et avec "happy end" : les croqueurs n'auront encore eu que du gras,
l'euro surnagera (espérons-le !) et tout le monde sera sauvé tant bien que mal...
Il est sûrement très gratifiant de prédire l'avenir en ayant l'air de distribuer de beaux
et mauvais rôles qui le sont déjà - une spécialité en économie - ; il n'y a donc pas
d'ossature politique à cette Europe qui a été voulue et construite comme telle ! ?
Le marché financier international ne serait donc que toujours très peu régulé ? !
Serait-il osé d'ajouter que les éventuels défenseurs européens des plus faibles
parmi eux sont loin d'être dans une santé ou une situation à l'abri des critiques ?
A l'exception, peut-être, d'une Allemagne qui a toujours su (pour le pire parfois)
ce que discipline voulait dire, en commençant par se l'appliquer à elle-même ?
L'hôpital de Bruxelles peut donc bien se moquer de la charité d'Athènes, personne
ne s'y trompe. La puissance du marché est aujourd'hui supérieure à celle des Etats,
à celle de coalitions d'Etats et le terrain sur lequel il est encore possible de la contrer
n'est pas le sien mais celui d'un nouveau Droit international.
En l'attendant, il est, bien sûr, regrettable que nous soyons tant de pays européens
à avoir entamé notre crédit de manière si peu en rapport avec nos réels potentiels
et notre responsabilité à long terme.
Capitralement.
Polémikoeur.
et les electeurs !!!
ce sont les oubliés de cette historiette, ils votent pour des démagogues anti européens qui veulent les subventions et les emplois de cette même Europe : Galileo, airbus ,agriculture etc...
et de temps en temps, ils oublient que dépenser 110 et gagner 100, ça se finit mal sans inflation
Mr Le Boucher fait dans le simple et le simpliste, facile de deresponsabiliser les premiers à vouloir beurre, argent du beurre et crémière, bref chacun de nous qui refuse les efforts, les frustrations et se dit que tant qu'il n'y a pas le feu , pourquoi être sérieux
un peu demago sur ce coup
Au fait, l'Europe, c'est quoi?
Une aubaine pour les fonctionnaires, un salaire d'appoint conséquent pour des députés qui se plaignent de devoir travailler (cf Mme Dati) et un "machin" qui ressemble de moins en moins à quelque chose!
la fuite en avant à 27 pays est une façon de masquer le vide de ses ambitions et le gaspillage de ses ressources!
quand au profil des dirigeants, on a le choix entre gesticulateurs, maquilleurs, prédateurs ou obsédés, Madame Merkel doit se sentir un peu seule avec son éthique et sa gestion prudente et discrète!
dest
mentalité
Ce qui est formidable avec la crise de la Grèce et des PIGS en général, c'est qu'elle va obliger les politiques à réaliser qu'ils ne peuvent pas dépenser sans limite -même en cas de grosse nécessité.
Nos politiciens français, qui expliquaient il y a 5 ans que la France n'est pas très endettée et qui étaient prêts à toutes les promesses pour beaucoup d'entre eux, se rendent compte qu'il y a , oui, des limites à l'endettement des états.
j'ai hâte de voir ce qu'ils vont oser nous promettre en 2012, à part de la sueur et des larmes, bien sûr....
Et pourquoi pas?
Et si cette "tragédie grecque" était moins improvisée qu'il n'y parait au premier abord?
Premierement, cette attaque sur les économies faibles de l'Euro a pour effet de faire baisser ce dernier, ce qui est une bouffée s'oxygéne dont l'Europe industrielle abesoin depuis que le dollar se dévalue (a coup de planche a billet - technologie inconnue en Europe). Ceci aux frais des tricheurs et resquilleurs: quoi de plus juste?
Enfin, sous-traite au marche une tache qu'une administration aurait mal fait, c'est précisément reconnaitre a ce dernier l'efficacité d' exécution qui fait défaut aux fonctionnaires, particulièrement avec ces délinquants patentes de grecs.
Eh oui c'est contraignant de faire partie du même club que les gens sérieux!
Enfin: évidemment le marche se paye pour ses basses œuvres! So what?
Pourquoi pas?
Pourquoi pas sous-traiter au marche les basses oeuvres de remise au pas des pays delinquants? Probablement plus efficace qu'une couteuse administration idoine, avec un cout plus transparent et adresse aux indisciplines. La marche se "sucre"? Evidemment, qu'est-ce que vous croyez? Y a t-il des benevoles dans la salle? Et puis soyons honnete: ces attaques qui font baisser l'euro ne sont pas pour deplaire a tout le monde. Non vraiment, jusque la les choses se passent pas trop mal. Bien sur le defaut doit etre evite, mais cet episode, necessairement desagreable pour les pays concernes, est une lecon que ces derniers devront un jour ou l'autre retenir et qui consiste en ceci: il n'y a pas que des avatages a faire partie d'un club de gens serieux, il y a des devoirs aussi, au nombre desquels celui d'etre serieux!
L'UE ne cherche pas à devenir une fédération
L'Union Européenne n'est pas et n'a jamais voulu être une fédération, c'est-à -dire un seul pays dont les états actuels ne seraient que des régions. A partir de ce constat, il est évident que l'UE forme une association de pays jaloux de leurs prérogatives et dont les liens sont multiples, distendus et à géométrie variable. En ce qui concerne l'euro, les pays de l'eurozone avaient pourtant un réel point commun mais chacun le gère à sa façon dans son petit coin, dans son petit intérêt et avec ses petites magouilles. Résultat: la Grèce ne peut plus faire face et ce n'est pas dû à une attaque d'odieux spéculateurs anti-euro qui ne font qu'accélérer les evenements( en un sens,tant mieux!). Pour rétablir les grands équilibres, il faudra bien de vrais mesures d'austérité et l'aide des marchés financiers comme pour tous les pays endettés qui ont du mal à faire face à leurs échéances.i Dans ces conditions, j'ai bien des difficultés à voir où se trouve "l'infamie pour tous de mettre un pays de la zone euro sous la tutelle internationale", l'UE ou l'euro sont-ils d'une essence supérieure? Y a-t-il plus d'infamie à être sous tutelle du FMI ou à maquiller ses comptes pendant au moins une dizaine d'années? Laissons là cet honneur mal placé et regardons les choses en face:la seule politique monétaire commune en pratique reste la maitrise de l'inflation. L'UE n'est pas et n'a pas vocation à devenir dans un avenir prévisible une fédération et cessons de raisonner par rapport à cet idéal dont personne ne veut!. Elle ne peut donc être jugée dans sa globalité mais seulement dans ses parties.
NB: Votre phrase:"L'échec symbolique de l'impuissance européenne s'ajoutera à l'échec économique de risquer la débandade et de ne l'empêcher qu'au prix fort." trahit, à mon avis, votre pensée; En effet, l'échec de l'impuissance européenne voudrait dire que l'impuissance européenne a échoué et donc que la puissance européenne s'est imposée. Je pense que vous vouliez dire: l'échec symbolique de la puissance européenne ou l'échec symbolique dû à l'impuissance européenne...
Cordiales salutations,
jHenry44