Sports

Coupe de l'America, la voile version eXtrême

Slate.fr, mis à jour le 08.02.2010 à 10 h 10

Oublions ce qui divise, agace. Et gardons le plus beau, les plus beaux, ces deux incroyables multicoques, gardons les plus belles images, coques fines, gréements démesurés, puissance et légèreté, géométries osées, ellipses et triangles, gardons les sillages légers, les flotteurs aériens - regardons enfin Alinghi 5, le cata suisse, affronter en duel USA-17, le trimaran américain, voyons enfin la voile et les marins reprendre le dessus. De l'air!

Un peu de lyrisme dans un monde de brutes, écrit en substance Voiles et Voiliers, à la veille du début de la coupe de l'America, la plus prestigieuse des régates, un temps la course la plus suivie au monde. Depuis près de 150 ans, cette compétition a toujours été hors norme, appelant pour créer sa légende course des milliardaires dingues de voiles, des équipes d'avocats, des espions, des moyens techniques démesurés, des querelles de marins sans fin. Pour cette 33e édition, toutes ces traditionnelles recettes ont bien été convoquées mais encore plus hors normes que lors des éditions précédentes.

La bataille juridique a accouché d'un duel en multicoques à la place d'une compétition classique, avec plusieurs concurrents et sur des monocoques, en raison de l'incapacité d'Alinghi, tenant du trophée depuis 2003, et de son challengeur Oracle, à se mettre d'accord, rappelle l'AFP. La justice américaine a même dû s'en mêler. Coût de l'opération: 30 millions d'euros, estime Bruno Troublé, l'organisateur de la Coupe Louis-Vuitton qualificative pour le match final de la Coupe de l'America, orphelin de l'épreuve prélude à la Coupe. Le public, comme les sponsors, a fui les côtes espagnoles, mais peu importe, l'essentiel n'est pas là.

Que dit l'envoyé spécial de l'AFP:

La débauche de moyens des deux équipes pour cette 33e édition, tronquée pour cause de désaccord, est à l'exact opposé de l'engouement du public: énorme. Des budgets estimés à 100 millions d'euros, des bateaux bourrés de technologie (un catamaran pour Alinghi, un trimaran pour Oracle) et certains des meilleurs marins au monde.

Bruno Troublé multiplie le devis par trois:

Vous connaissez la différence entre les adultes et les enfants ! C'est le prix des jouets... Je trouve toutes ces dépenses absolument obscènes. Vous vous rendez compte qu'en plus, si ça se trouve, ces deux bateaux ne serviront plus à rien après. Ils auront fait deux régates, et chacun des deux syndicats aura dépensé 300 millions d'euros!

Qui sont ces enfants? Deux milliardaires qui ne peuvent pas se sentir! Le challenger, l'Américain Larry Ellison, est patron d'Oracle — du nom de son entreprise de technologie — dont la voile rigide fait deux fois la taille d'une aile de Boeing 747; le tenant du titre (defender), le Suisse Ernesto Bertarelli, presqu'aussi riche que le premier, sera même le barreur d'Alinghi, avec le Français Loïck Peyron, un catamaran large comme deux terrains de tennis mis côte à côte.

«C'est lamentable, sur le plan sportif ça n'a aucun intérêt, conclut Bruno Troublé, aussi remonté qu'il doit être vexé, même si technologiquement c'est intéressant, et en plus, le vainqueur sur l'eau pourrait être déclassé ensuite par la justice».

Ce duel hors norme, «un match pour le titre mondial des poids lourds où les deux boxeurs ne s'aiment pas beaucoup» dixit Ellison, se jouera au meilleur des trois manches, lundi, mercredi et vendredi si nécessaire.

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