Politique

La succession de Valls à l'Assemblée est un test pour Macron et Mélenchon

Temps de lecture : 4 min

La législative partielle du 18 novembre dans la première circonscription de l’Essonne se tient dans un contexte difficile pour les favoris LREM et LFI. L'extrême droite est en embuscade.

Jean-Luc Mélenchon lors d'un meeting en amont des élections européennes à Pau, le 8 novembre 2018. | Iroz Gaizka / AFP • Emmanuel Macron assiste à la cérémonie à l'Arc de triomphe (Paris) lors des commémorations de l'armistice de la Première Guerre mondiale, le 11 novembre 2018. | Ludovic Marin / POOL / AFP
Jean-Luc Mélenchon lors d'un meeting en amont des élections européennes à Pau, le 8 novembre 2018. | Iroz Gaizka / AFP • Emmanuel Macron assiste à la cérémonie à l'Arc de triomphe (Paris) lors des commémorations de l'armistice de la Première Guerre mondiale, le 11 novembre 2018. | Ludovic Marin / POOL / AFP

Le refrain est le même à chaque élection partielle: c'est un test national dit l'opposition, c'est un scrutin local répond la majorité. Cette antienne, même si elle n'est clamée haut et fort par aucune des parties dans celle qui nous intéresse aujourd'hui, trotte pourtant dans la tête de tous les acteurs.

C'est le cas, à bien des égards, de la législative partielle organisée les 18 et 25 novembre dans la première circonscription de l'Essonne (Évry, Corbeil-Essonnes, Courcouronnes, Bondoufle, Lisses et Villabé) afin de pourvoir au remplacement de Manuel Valls parti à la conquête de la mairie de Barcelone, en Espagne, dont le sort se jouera en mai 2019 –au moment des élections européennes.

Un scrutin au lendemain de la journée des «gilets jaunes»

Potentiellement, les principaux protagonistes en lice pour cette partielle –Francis Chouat, maire d'Évry où il a succédé à Valls, ex-PS soutenu par La République en marche (LREM), et Farida Amrani, conseillère municipale d'opposition à Évry justement, de La France insoumise (LFI)– représentent, plus ou moins directement, des formations qui traversent une passe politiquement difficile. Une configuration dont la candidate du Rassemblement national, Danielle Oger, pourrait profiter pour tirer, contre toute attente, son épingle du jeu.

D'autant que le premier tour de cette consultation se tient le lendemain d'une journée nationale de contestation contre les taxes sur les carburants organisée par un mouvement diffus, sans tête, les «gilets jaunes». Une contestation mi-populiste mi-poujadiste, à l'image de la «France périphérique» et délaissée par les syndicats, dans laquelle l'extrême droite et la droite se sont engouffrées, faute de pouvoir en prendre les commandes. Ce contexte particulier pèsera-t-il dans les urnes? D'aucuns le pensent.

Car la majorité parlementaire n'est pas au mieux de sa forme. La mise en cause répétitive de la politique gouvernementale par toutes les oppositions et la popularité en berne du chef de l'État mettent LREM en position de fragilité électorale. Et il en va de même pour LFI. Les perquisitions mouvementées au siège du mouvement et chez son chef de file qui est brutalement sorti de ses gonds ont eu un impact négatif immédiat en terme d'image, de popularité et d'intentions de vote mesurées par les instituts de sondage.

Le nombre de protagonistes a diminué de moitié

Il n'est pas sûr que cette double désaffection du moment attire les électeurs et électrices vers les urnes d'un scrutin partiel qui, par nature, polarise beaucoup moins l'attention que les élections générales et suscite, en conséquence, un fort taux d'abstention. Il avait beaucoup intéressé les postulantes et postulants à la députation, mais l'intérêt a diminué de moitié. De vingt-deux protagonistes au premier tour de juin 2017, on est passé à onze, «seulement», en novembre 2018.

Il est vrai que la présence, en 2017, de l'avant-dernier Premier ministre de François Hollande, battu par Benoît Hamon dans la primaire socialiste et passé au soutien à Emmanuel Macron à la présidentielle, avait de quoi susciter un afflux de candidatures attirées par la lumière des projecteurs. Au terme d'une campagne clivante et tendue, Valls l'avait finalement emporté avec 139 voix d'avance au second tour face à Amrani (LFI) avec une abstention déjà supérieure à 60%. Le recours déposé par son adversaire malheureuse devant le Conseil constitutionnel n'avait pas prospéré.

Pour le remake du 18 novembre, la violence verbale a cédé la place à une grande indifférence de façade de la part des partis qui sauront, malgré tout, se rappeler à notre bon souvenir au terme de la joute. Surtout celui qui en sortira vainqueur. La gauche espérait réussir un rassemblement avant le premier tour dans cette circonscription traditionnellement ancrée de son côté. Elle n'y est pas parvenue.

Le maire d'Évry a réussi à «départementaliser» l'élection

En dehors des inévitables représentants trotskistes –Jean Camonin pour Lutte ouvrière (LO) et Michèle Fédérak pour le Nouveau parti anticapitaliste (NPA)–, La France insoumise part en solitaire et le PS, qui ne présente pas de candidat, s'est rangé derrière la candidate écologiste, Eva Sas (Europe Écologie-Les Verts, EELV). Dans le jeu des chaises musicales, les écolos ont abandonné le candidat du PCF, Michel Nouaille, qu'ils soutenaient en 2017 mais celui-ci a récupéré, en échange, l'assistance du mouvement Génération.s de Hamon. Cet éparpillement donne une idée du délitement socialiste.

Cette fragmentation se retrouve même au travers de la candidature de Chouat, l'ex-PS soutenu par LREM. Alors qu'au niveau fédéral, le Parti socialiste soutient Sas, la candidate écologiste, une écrasante part de la majorité municipale de gauche et écologiste d'Évry, dont quatorze adjointes et adjoints sur dix-sept, apporte son soutien à Chouat. Et pour bien montrer qu'il est «et de gauche et de droite», il peut aussi se targuer d'être soutenu par les cinq autres maires de la circonscription dont celui de Corbeil qui s'est mis en congé de son parti, Les Républicains (LR), délaissant Jean-François Bayle, le candidat... LR, qui est son cinquième adjoint à la mairie. Son objectif départemental semble être «TSA»... Tout sauf Amrani.

Le nouveau candidat de la droite (aux élections générales de 2017, LR avaient présenté une candidate qui était arrivée troisième au premier tour) pâtira-t-il de cette absence de soutien d'un poids lourd de la droite départementale? Dans une consultation partielle qui se donne plus l'air d'un scrutin local que d'une joute nationale, ce paramètre n'est pas à négliger. Dans un contexte de radicalisation d'une partie de la droite, il peut indirectement favoriser son adversaire d'extrême droite.

La France insoumise attend sa dix-huitième députée

Pour contrer ce danger, LFI a déployé de gros moyens, avec des déplacements et des meetings de Jean-Luc Mélenchon et de plusieurs autres députées et députés insoumis, dans l'espoir d'obtenir une dix-huitième représentante à l'Assemblée nationale. Toutes les précédentes partielles ne lui ont pas été favorables alors qu'elles se déroulaient dans un contexte moins fragilisé pour la gauche de la gauche. Jusqu'à présent, LREM n'a perdu qu'un siège dans toutes les législatives partielles. Celle-ci sera un test pour Macron et pour son «meilleur opposant».

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