Égalités / Sciences

Le monde manque gravement de physiciennes, mais ça n'a rien d'une fatalité

Temps de lecture : 3 min

Si la physique peine à attirer les lycéennes et les étudiantes, ce n'est pas une question de sujets étudiés, mais bel et bien d'environnement.

Contrairement à la physique, la chimie a le vent en poupe chez les étudiantes | Expert Infantry via Flickr CC License by

On ne pourrait guère trouver statistique plus édifiante: dans près de la moitié des lycées anglais mixtes, il y avait 0% de filles dans les classes de sciences physiques niveau Terminale. Malgré les différentes campagnes mises en place pour rendre la discipline plus attractive auprès des élèves féminines, le déséquilibre est resté vertigineux, comme si rien ne pouvait convaincre les adolescentes et les jeunes femmes de se tourner vers la physique.

Il faut dire que le monde des sciences physiques est, comme beaucoup d'autres hélas, réputé pour le sexisme qui y règne. Récemment, le physicien Alessandro Strumia expliquait lors d'une conférence donnée au CERN (Centre Européen de Recherche Nucléaire) que les femmes étaient moins aptes que les hommes à faire de la recherche en sciences physiques. Une aberration parmi d'autres, le scientifique étant même allé jusqu'à bâtir tout un exposé autour du fait que sa discipline était en train de devenir sexiste... à l'encontre des hommes. Des propos qui lui ont valu une suspension bien méritée, annoncée le 1er octobre dernier.

Le lendemain, la Canadienne Donna Strickland devenait la troisième femme de l'histoire à remporter le prix Nobel de physique, récompense partagée avec le Français Gérard Mourou. Un joli pied de nez qui n'empêche pas les hommes d'exercer une domination implacable dans ce milieu. Pas parce qu'ils sont plus doués, mais parce qu'ils sont bien en place, et visiblement peu déterminés à permettre aux femmes d'y exprimer leur talent.

Les chiffres sont là pour le prouver : au niveau bac, les lycéennes britanniques ont les mêmes résultats que leurs camarades masculins. Elles seraient même très légèrement supérieures aux garçons. Le problème, c'est qu'au classement des matières les plus prisées, la physique est deuxième chez les lycéens... et dix-huitième chez les lycéennes. Les filles sont plus nombreuses que les garçons en biologie et en chimie, mais trois fois moins présentes que les garçons en sciences physiques.

La rupture à 16 ans

En observant les scolarités des jeunes filles, les spécialistes ont réalisé qu'elles semblaient avoir de bons rapports avec la physique jusqu'à l'âge de 16 ans, palier au niveau duquel on observe une large et soudaine désaffection pour la discipline. Des opérations ont alors été menées dans certains établissements sur une durée de deux ans, visant à renforcer la confiance des adolescentes et à sensibiliser les profs de physique à la problématique du sexisme de leur discipline.

Les résultats obtenus sont édifiants: sur les six écoles placées au coeurs de ce dispositif, le nombre de filles choisissant la physique pour leur dernière année de lycée est passé en deux ans de 16 à 52. «On se focalisait sur la physique, sauf que c'était un problème d'environnement», résume Julia Higgins, présidente de l'Institut britannique de physique. Des initiatives qu'il conviendrait de reproduire dans la quasi-totalité des pays du monde. Le site de la revue New Scientist évoque néanmoins une curieuse exception: en Iran, 60% des personnes qui étudient la physique sont des jeunes femmes.

Oui, l'environnement est vraiment la clé. Et c'est en corrigeant les comportements sexistes du quotidien que de tels milieux deviendront plus accessibles et plus respirables pour les femmes. Les résultats des différentes études relayées par New Scientist sont vertigineux. Par exemple, lorsqu'elles posent une question par mail, les femmes obtiennent moins de réponses que les hommes. Elles doivent avoir publié trois fois plus d'articles dans des revues reconnues pour pouvoir accéder à des postes académiques équivalents. Et elles sont bien entendu plus sujettes aux agressions et harcèlements en tous genres que les hommes.

Un chiffre parmi d'autres donne le vertige: aux USA, plus de 50% des femmes travaillant dans les secteurs scientifiques de l'enseignement supérieur (ce qui inclut aussi la médecine) ont déjà été victimes de harcèlement sexuel.

Les physiciennes interrogées dans l'article du New Scientist évoquent en outre la difficulté de s'épanouir en tant que femme dans ce milieu losqu'on éprouve une sensation bien réelle d'isolement. Beaucoup évoquent la bénédiction qu'a constitué leur rencontre avec une référente féminine ayant réussi à gravir les échelons dans ce milieu. «Sentir que vous êtes moins seule et que vous pouvez parler avec d'autres femmes des challenges qui se présentent quotidiennement à vous, cela fait tellement la différence», raconte Samaya Nissanke, de l'Université d'Amsterdam.

Slate.fr

Newsletters

Un sénateur australien déclare être une femme pour pouvoir critiquer l'avortement

Un sénateur australien déclare être une femme pour pouvoir critiquer l'avortement

Un politicien conservateur annonce qu'il veut changer d'identité de genre afin de critiquer l'IVG en paix.

Les amours contrariées du cinéma latino-américain et des transidentités

Les amours contrariées du cinéma latino-américain et des transidentités

En Amérique latine, le cinéma a récemment vu se multiplier les thématiques et les interprètes trans*. Mais cette avancée cache trop souvent une vision stéréotypée et misérabiliste.

Les gays doivent-ils encore être abstinents un an avant de donner leur sang?

Les gays doivent-ils encore être abstinents un an avant de donner leur sang?

Les résultats d’une étude officielle imposent à Agnès Buzyn d’actualiser un dossier compliqué que Marisol Touraine était parvenue, in fine, à gérer.

Newsletters