Société / Culture

La place de Pétain est dans le caniveau de l'histoire

Temps de lecture : 2 min

Peu importe son rôle lors de la Première Guerre mondiale, sa conduite durant la seconde le disqualifie à tout jamais.

Auschwitz-Birkenau | Simone Onofri via Flickr CC License by
Auschwitz-Birkenau | Simone Onofri via Flickr CC License by

Il est des crimes qui ne peuvent être pardonnés. Ceux du Maréchal Pétain en font partie. N'en déplaise à notre président, le «héros» de Verdun a poussé si loin l'ignominie que d'aucune manière, il ne peut prétendre figurer dans une commémoration nationale, quelle que soit sa nature. C'est là non seulement une faute morale, une sorte de compromission avec l'une des figures les plus repoussantes de l'histoire de France mais c'est surtout un crachat adressé à tous ceux qui furent victimes de ses lâches agissements.

Peu importe le rôle joué par Pétain lors de la Première Guerre mondiale, sa conduite durant la seconde le disqualifie à tout jamais. Quand on se soumet de la sorte à l'occupant nazi, quand on devance ses demandes, quand, de son propre chef, on adopte des lois scélérates, quand, sans même en référer à l'autorité de tutelle, on dépêche ses gendarmes pour mieux cueillir, au pied levé, des familles entières de juifs, envoyés par la suite à Drancy avant de finir à Auschwitz et pour mieux déporter tziganes, francs-maçons, homosexuels et opposants politiques, quand on a sur sa conscience la mort de dizaines de milliers d'innocents qui ont disparu dans des circonstances qui sont autant d'insultes au genre humain, quand on a les mains sales d'actions en tout point contraires à la morale élémentaire, on ne peut prétendre être honoré ou célébré par les plus hautes autorités de l’État.

Imprescriptibles, clamait avec raison Vladimir Jankélévitch quand il évoquait les crimes nazis. Imprescriptible, avons nous envie de hurler aujourd'hui quand nous songeons à ce que fut le régime de Vichy, à sa lâcheté, à ses innombrables renoncements, à cette abjection absolue représentée par les rafles, les dénonciations, les mises à mort, tout cet opéra de la souffrance dont Pétain fut le principal ordonnateur.

Non, monsieur le président, on ne peut pas à la fois honorer la mémoire du vainqueur de Verdun et dire en même temps tout le dégoût inspiré par ses agissements plus tardifs, tant ces derniers, par leur singulière monstruosité, leur ardente inhumanité, leur immonde barbarie, anéantissent à jamais la grandeur supposée d'un pareil personnage. À eux seuls, les morts du Vel d'Hiv, tous ces enfants arrachés à leur avenir pour finir dans les camps de la mort, engloutissent dans les ténèbres les triomphes des années passées.

L'ombre d'Auschwitz est si grande, si douloureuse, si profondément inscrite dans nos mémoires qu'elle agit à rebours, de manière rétroactive, et précipite dans les bas-fonds tous ceux qui, de près ou de loin, dans son immédiate contemporanéité ou dans ses lointaines origines, ont pu rendre son avènement possible. Le crime fut tellement hors-norme, qu'il n'a ni passé, ni avenir, ni présent. Il est le temps intemporel de l'histoire, celui qui se joue de la chronologie, des dates d'anniversaire, des saillies héroïques des époques révolues pour mieux juger les hommes à l'aune de leur forfait.

Qui a participé à cette entreprise funèbre ne peut connaître le repos, ne peut prétendre à une certaine clémence au regard de ses actions d'avant, aussi glorieuses ou décisives furent-elles. Les morts des camps, ces morts laissés sans tombe, sans sépulture, nous y obligent. Ceux qui ne sont jamais revenus nous disent, par la lucarne de leur larmes silencieuses, non seulement de ne jamais les oublier, mais aussi de châtier, aussi longtemps que leur souvenir perdurera, les responsables de ces pareilles atrocités.

Hier comme aujourd'hui.

Et aujourd'hui comme demain.

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