Sciences / Économie

Les astéroïdes sont-ils les mines d'or du futur?

Temps de lecture : 6 min

En 2017, le Luxembourg devenait le premier pays européen à autoriser l’exploitation minière des astéroïdes. Encore en phase de développement, cette activité pourrait s’avérer très lucrative.

Vue d'artiste réalisée en 2015 de la mission Dart de la Nasa à proximité de l'astéroïde binaire Didymos, prévue pour 2021 | European Space Agency / AFP
Vue d'artiste réalisée en 2015 de la mission Dart de la Nasa à proximité de l'astéroïde binaire Didymos, prévue pour 2021 | European Space Agency / AFP

«La Terre est le berceau de l’humanité, mais on ne peut vivre éternellement dans son berceau…» Ces mots du père de l’astronautique soviétique Constantin Tsiolkovski sont devenus l’adage prophétique des nouveaux pionniers de la conquête spatiale, Elon Musk ou Jeff Bezos en tête.

Mais avant de tirer des plans sur la comète et d’imaginer le quotidien de futures cités martiennes ou lunaires, l’espace pourrait servir à approvisionner nos villes terrestres. C’est du moins ce que présage l’exploitation minière des astéroïdes.

À en en croire les entreprises qui se sont lancées dans l’aventure, ces corps célestes regorgeraient de terres rares et de minerais précieux indispensables à l’industrie des hautes technologies.

«Premier trillionaire de l’histoire»

Si de nombreuses inconnues restent encore à élucider, les incertitudes n’empêchent pas le Britannique Mitch Hunter-Scullion d'y croire déjà dur comme fer. À seulement 23 ans, il est à la tête de l'Asteroid Mining Corporation (AMC), l’une des trois grandes entreprises du secteur, aux côtés de Planetary Resources, créée en 2009 et comptant le cofondateur de Google Larry Page comme investisseur, et de Deep Space Industries, implantée au Luxembourg depuis 2016.

Il a beau avoir la tête dans les étoiles, l’ancien étudiant en relations internationales de l'Université de Liverpool Hope se voit déjà en grand capitaine d’industrie. Mitch Hunter-Scullion nous parle avec enthousiasme d’un «global business», rêve d’une cotation boursière qui le rendra riche. D’ailleurs, il en est persuadé, «le premier trillionaire de l’histoire sera un prospecteur d’astéroïdes» –une conviction qu’il partage notamment avec la banque d’investissement Goldman Sachs.

Lorsque l’on sait qu’un kilo de rhodium s’évalue actuellement aux alentours de 65.000 euros, l’or à un peu plus de 30.000 et le platine à 20.000 et qu’un seul astéroïde d’environ vingt-cinq ou trente mètres en contiendrait plusieurs dizaines de tonnes, il y a effectivement de quoi nourrir les ambitions commerciales les plus folles.

Colonisation du système solaire

Mais avant de devenir le Rockefeller ou le Henry Ford de l’exploitation d’astéroïdes, encore faut-il disposer de la technologique adéquate. En la matière, le mot d’ordre de l'Asteroid Mining Company est «prospection / extraction». Pour commencer, l’entreprise devrait lancer son premier satellite d’observation à l’horizon 2020, afin d’identifier les astéroïdes les plus riches en minerais. Mitch Hunter-Scullion espère y trouver «surtout du platine, du cuivre, du zinc et pourquoi pas de l’or».

Pour ce qui est de la méthode d’exploitation, il existe trois techniques: transporter l’astéroïde en orbite lunaire, prélever les minerais pour les traiter ailleurs ou les extraire puis les raffiner sur place. The Asteroid Mining Company penche pour cette dernière option: «C’est ce qui nous semble le plus économique et le moins risqué. Nous envisageons d’ailleurs qu’une bonne partie de ces ressources ne nécessitera aucun retour sur Terre et servira à alimenter des vaisseaux ou des stations spatiales, et pourquoi pas une colonie martienne.»

«Les ressources des astéroïdes se révéleront non plus utiles, mais véritablement nécessaires pour la survie des êtres humains.»

Mitch Hunter-Scullion, fondateur et PDG de Asteroid Mining Corporation

L’idée semble chère au cœur de Mitch Hunter-Scullion qui, après une ribambelle de chiffres astronomiques et de gros sous, finit par évoquer le sort de l’humanité: «L’exploitation minière des astéroïdes marquera une étape décisive dans la colonisation de notre système solaire et l’un des tournants majeurs de notre histoire. À terme, nous nous installerons bien au-delà de la Lune, j’en suis persuadé. Alors les ressources des astéroïdes se révéleront non plus utiles, mais véritablement nécessaires pour la survie des êtres humains.»

Nouvelle révolution industrielle

Avant d’être profitable à d'hypothétiques colonies, l’extraction de minerais en provenance des astéroïdes pourrait d’abord profiter aux populations terrestres. À l’heure actuelle, l’exploitation des métaux rares utilise des produits chimiques très polluants. En Chine, le lac de la ville de Baotou, plus grande mine de terres rares au monde, est devenu radioactif à force d’accueillir les déchets des usines qui les traitent. Pour Mitch Hunter-Scullion, «exploiter les roches spatiales permettrait d’éviter une surexploitation des ressources terrestres ainsi que l’exploitation éventuelle de l’Antarctique».

Et les motivations commerciales ne sont jamais très loin derrière ces visées écologiques. Aujourd’hui, la Chine fait de son leadership sur le marché des terres rares une arme diplomatique, en faisant régulièrement pression sur l’exportation de ses métaux vers le Japon, le Mexique, les États-Unis ou l’Europe.

Un contexte géopolitique qui n’échappe pas au jeune dirigeant de l'Asteroid Mining Company, dont l’autre grand objectif, d’envergure nationale cette fois-ci, vise à redorer le blason du Royaume-Uni.

Dans le paysage européen post-Brexit, il espère voir son pays natal prendre la tête de l’exploitation minière européenne: «Nous sommes un pays minier avec un long et beau pedigree. À la fin du XVIIIe siècle, nous étions les précurseurs et les leaders de la révolution industrielle. Je suis certain que nous prendrons la tête de la grande révolution à venir. Tous les moyens techniques et d’expertises sont réunis pour y parvenir.»

Mine d'informations

Seulement, à en croire l’astrophysicien français Francis Rocard, il n'est vraiment pas garanti que les astéroïdes soient réellement exploitables. Responsable des programmes d’exploration du système solaire au Centre national d'études spatiales (CNES), il a notamment supervisé la mission Rosetta, première sonde mise en orbite autour d’une comète.

Il nous rappelle en préambule ce que sont les astéroïdes: «de petits corps célestes qui orbitent autour du Soleil. On en recense environ 800.000, dont la très grande majorité tourne entre Mars et Jupiter, ce qui constitue la “ceinture principale”, une deuxième ceinture se situant au-delà de Neptune.»

Avant de potentiellement devenir une mine d’or pour les entreprises, les astéroïdes sont d’abord «une mine d’informations pour les scientifiques», car «ces résidus de planètes qui ne se sont jamais formées permettent d’étudier l’origine et l’évolution du système solaire».

Avant d’y récupérer des minerais, plusieurs obstacles de taille restent à surmonter: «Les astéroïdes sont d’une extraordinaire diversité. Malheureusement, nos possibilités de les connaître à distance sont limitées.» Souvent rocheux, parfois hydratés ou métalliques, leur composition est très variable, leurs profils très divers.

«Principe du gain au loto»

Concernant les astéroïdes métalliques, les plus intéressants du point de vue de la prospection, Francis Rocard rappelle que l’«on n’en a encore jamais visité». On en saura sûrement davantage en 2026, avec l’arrivée à destination de la mission Psyche de la Nasa, dont le départ vers l’astéroïde métallique éponyme est prévu dans quatre ans.

En attendant, «il reste beaucoup d’inconnues. C’est un peu le principe du gain au loto: la probabilité de trouver un astéroïde métallique exploitable demeure très faible, même si leur nombre est très grand». Cette catégorie ne représenterait que 8% de l'ensemble des astéroïdes environ. Quant à les exploiter…

«La perle rare serait un astéroïde métallique atypique [...]. Mais il faut reconnaître que pour l’instant, personne n’a pu démontrer son existence.»

Francis Rocard, astrophysicien

«Nous avons des météorites sur Terre; on a étudié leur composition, mais sans jamais trouver de métaux rares en abondance, note l'astrophysicien. Dans les 5% de météorites métalliques de nos collections, on trouve environ 90% de fer et 10% de nickel, ainsi que des traces d'iridium, de chrome, de cobalt et de gallium. La perle rare serait un astéroïde métallique atypique contenant ces éléments traces en grande quantité, les seuls à avoir potentiellement un intérêt commercial. Mais il faut reconnaître que pour l’instant, personne n’a pu démontrer son existence.»

Francis Rocard se montre «beaucoup plus confiant» quant à l’hypothèse d’une extraction d’eau, laquelle pourrait servir à alimenter une station spatiale ou à créer de l’hydrogène et de l’oxygène liquide, utilisés dans certains moteurs: «La NASA pourrait trouver un intérêt à développer ce genre de technologie.»

D’après Planetary Resources, deux billions de tonnes d’eau seraient ainsi disponibles dans des astéroïdes dits «géocroiseurs», qui passent régulièrement près de la Terre.

Vide juridique

Mais qu’il s’agisse d’eau ou de minerais, la question de la faisabilité juridique n’est toujours pas tranchée. Si le traité de l'espace de 1967 interdit toute appropriation des corps célestes par une puissance étatique, comme le note Francis Rocard, «un vide juridique persiste».

La frontière entre appropriation et exploitation est très fine: «Cela relève encore de la spéculation, mais on peut imaginer qu’il y aura un débat sur la question. Il pourra y avoir des réticences de la part de certains scientifiques, mais cette réticence, ou opposition, ne sera assurément pas un obstacle majeur. Il ne faut pas oublier que les États-Unis ont déjà créé un cadre juridique qui, selon certains, viole le traité de l’espace de 1967», rappelle l’astrophysicien, en référence au Space Act voté en 2015 par l’administration Obama, qui donne le droit aux entreprises privées d’exploiter commercialement les astéroïdes.

Adrienne Rey Journaliste

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