Monde

#grabthembytheballot: ces femmes Démocrates ont-elles raison de poser nues pour appeler à voter?

Temps de lecture : 3 min

Elles détournent l'odieux «Grab them by the pussy» de Donald Trump pour appeler aux urnes à l'occasion des midterms américains.

Capture d'écran du post Facebook expliquant le mouvement «grab them by the ballot»
Capture d'écran du post Facebook expliquant le mouvement «grab them by the ballot»

Certaines personnes n’hésitent pas parfois à employer tous les moyens pour inciter les électeurs et électrices à aller voter. C’est le cas aux États-Unis de femmes Démocrates, qui ont posé nues devant l’objectif de la photographe Dawn Robertson, avec comme slogan et hashtag mobilisateur #grabthembytheballot. Autrement dit: «Attrapez-les par le scrutin», en référence à l’odieuse sortie sexiste de Donald Trump «Grab them by the pussy» («Quand vous êtes une star, elles vous laissent faire. Vous pouvez tout faire... les attraper par la chatte. Vous pouvez tout faire», avait-il déclaré en 2005).

Sur les photos, dix femmes du Vermont, Démocrates, posent avec une affichette «scrutin 2018» ou un objet personnel. Dans le lot, des femmes de corpulence et de couleur de peau diverses, certaines avec un handicap, une femme trans* et une femme enceinte. «Nous voulons encourager les électeurs et électrices à aller voter pour ces élections de novembre», annonce un post Facebook, qui affirme: «Nous voulons nous réapproprier l’hypersexualisation de nos corps en célébrant notre sexualité».

Seulement, voilà, cette initiative n’a pas suscité que des louanges. «#GrabThemByTheBallot est une abomination», écrit un twitto. Le YouTubeur Mark Dice, adepte des théories du complots et suivi par plus d’1,3 million de personnes, s’est moqué dans un tweet cinglant: «Les Démocrates pensent que cela va perturber les Républicains aux élections de mi-mandat. La seule chose qu’ils ont perturbée, c’est mon dîner». «Horrible», commente un consultant.

«Le risque d'une perte de crédibilité»

Poser nu pour attirer l’attention est une stratégie risquée, surtout lorsqu’il s’agit de femmes. Au reproche de vouloir utiliser un moyen facile –les pulsions sexuelles– pour attirer l’attention, s’ajoute celui de renforcer un préjugé sexiste millénaire: que les femmes seraient incapables de s’élever au-dessus de leurs pulsions sexuelles et indignes d’exercer des fonctions intellectuelles. C’est pour cela que lorsqu’une femme accède au pouvoir, il y a toujours quelqu’un pour se demander si «elle n’a pas couché pour en arriver là».

En politique, ce soupçon est encore présent. «Qu’elle soit sur les tatamis ou au lit, elle est tête de liste», avait lancé Pierre Charon, en septembre 2011, dans une allusion implicite à son adversaire aux sénatoriales, Chantal Jouanno. On se souvient du délégué national à l’instruction publique de Debout la France, Jean-Paul Brighelli, qui au lieu de critiquer la ministre de l’Éducation nationale directement sur sa politique, s’en prenait à son rouge à lèvres, ses pendentifs et son débardeur en dentelle , dont il disait qu’ils jouaient le rôle «d’écran de fumée», croyant apercevoir à la place du débardeur un soutien-gorge.

Il arrive d’ailleurs que la question soit légitime. On peut se demander si certaines femmes politiques n’usent pas vraiment de leur corps comme stratégie de communication. À l'instar de Marine Le Pen posant sur une affiche de campagne déhanchée, laissant voir jupe et genou. Ou d’Angela Merkel qui avait déployé, une fois n’est pas coutume, un ample décolleté sur une affiche de campagne.

«Une femme politique qui jouerait cette carte prendrait le risque d'une perte de crédibilité», fait remarquer la blogueuse et essayiste Olympe, qui dit cependant avoir évolué sur cette question: «J'étais très sceptique, voire critique lorsque sont apparues les Femen. Dans un monde où l'attention envers les femmes se portent sur leur corps plutôt que leurs propos, je trouvais maladroit d'en faire un argument électoral car il me semblait que le terrain à conquérir en priorité était celui du pouvoir, qui se gagne par la parole. Je pense toujours bien sûr que le pouvoir est [à] conquérir, mais depuis 2010 ou 2012 beaucoup de choses ont changé. Ce que l'on pourrait appeler la “contre révolution masculine” a pris de l'ampleur. (...) Il importe de ne pas redevenir la moitié invisible de l'humanité et de revendiquer notre place et notre différence. Cela passe par la liberté du corps. Par ailleurs, je vois dans ces photos un rappel à ce qu'est l'être humain: fait de chair et de sang, fragile, mortel, à comparer avec ceux qui dirigent le monde et semblent des clones invulnérables.»

On comprend le raisonnement. Quand le corps des femmes est tant sujet à critiques, moqueries, et avilissement, le brandir comme une fierté est une manière de retourner le stigmate. Reste à savoir si les électrices et les électeurs, qui n’ont pas forcément cette culture féministe, comprendront le message.

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