Politique / Santé

Premières interrogations sur la santé d’Emmanuel Macron

Temps de lecture : 4 min

Le président de la République reconnaît avoir besoin de «souffler». En avril 2017, il promettait de rendre publique toute information susceptible d'avoir une conséquence sur sa capacité à gouverner.

Emmanuel Macron lors d'un sommet convoqué pour tenter de trouver une solution politique durable à la guerre en Syrie, à Istanbul, le 27 octobre 2018. | Ozan Kose / AFP
Emmanuel Macron lors d'un sommet convoqué pour tenter de trouver une solution politique durable à la guerre en Syrie, à Istanbul, le 27 octobre 2018. | Ozan Kose / AFP

Jupiter fait savoir qu’il est quelque peu fatigué et les mortels de s’interroger. Subtile opération de communication ou vérité vraie? Le monde politique est tombé des nues, le 30 octobre, en apprenant via France Info que le Conseil de défense et le Conseil des ministres programmés pour le mercredi 31 octobre étaient avancés de vingt-quatre heures. Et ce pour «convenances personnelles» et présidentielles. Une première et une annonce de nature à altérer l’image donnée depuis son élection d’un président jeune, bourreau de travail et épuisant ses proches collaborateurs du fait de son hyperactivité diurne et nocturne.

Plusieurs membres de l’entourage présidentiel confiaient, ces derniers jours, la présence de symptômes évocateurs d’une relative fatigue du chef de l'État, et lui-même aurait avoué être «claqué». Et des proches d’évoquer auprès du Point des causes autant physiques que psychologiques dans un contexte de travail boulimique, d’exposition médiatique, de refus de délégation et de chute de sa cote de popularité dans les sondages.

Pour autant, l’Élysée a aussitôt voulu calmer les inquiétudes en expliquant que les trois jours de repos que s’octroyait le président de la République étaient moins la conséquence d’un «coup de fatigue» que d’une «gestion de l’effort dans un agenda chargé», relate Ouest-France. De fait, à partir du 4 novembre, Emmanuel Macron entame un nouveau marathon officiel incluant, dans le cadre du centenaire de l'armistice de 1918, la visite de onze départements en six jours.

Parole de candidat

Comment évoquer le sujet sans prendre le risque de grossir à l’envi ce qui ne sera sans doute qu’une simple «péripétie» du quinquennat? On se souvient du «malaise vagal», sans suite, dont avait été victime Nicolas Sarkozy en juillet 2009. Mais, en même temps, comment ne pas rapprocher ces informations des observations récentes du Quotidien du Médecin quand ont commencé à circuler les premières indiscrétions sur la fatigue présidentielle?

«Aucun bulletin de santé publié en presque dix-huit mois. À la différence de son prédécesseur, le jeune président Macron ne semble pas décider à communiquer régulièrement sur ce sujet. Le pôle presse de l’Élysée le confirme au Quotidien. Cette façon de faire étonne la plupart des observateurs du monde politique, qui pour autant ne sont pas à l'unisson sur l'attitude que doit adopter un chef de l'État. Secret médical versus transparence? Chez les élus de la République en marche, la perplexité domine plutôt, tandis qu’à droite et à gauche, les avis sont partagés.»

En avril 2017, le même Quotidien du Médecin avait recueilli les propos, sur le sujet, du futur vainqueur de l'élection présidentielle.

À la question de savoir si la santé du président de la République relevait ou non de la vie privée, Emanuel Macron répondait: «Bien sûr que la santé relève de la vie privée. Mais il est normal que les Français soient malgré tout informés, dans des proportions raisonnables, de la santé du président, qui doit être en capacité de remplir sa charge. Je pense donc qu’il faut être irréprochable dans son comportement, loyal vis-à-vis des Français, transparent sur tout ce qui peut avoir de l’importance, sans tomber bien sûr dans une forme de voyeurisme».

Interrogé sur les enseignements qu'il tirait des «événements de santé» qui avaient marqué les mandats présidentiels de Georges Pompidou, François Mitterrand et Jacques Chirac, il déclarait:

«La situation n’est pas identique pour ces trois chefs d’État, j’ajoute qu’elle relève pour une grande part de l’intime. Rien ne permet de dire rétrospectivement si cela a pu avoir des conséquences pour le pays, mais à l’évidence cela trouble les Français, et je le comprends. J’observe que si nous progressons en matière de transparence, il reste encore du chemin à parcourir.»

Élu à la présidence de la République, prendrait-il des engagements pour garantir la transparence de l’information au sujet de sa santé?

«Je m’appliquerai le droit que je reconnais à chaque Français de bénéficier du secret médical. Toutefois, je rendrai publique sans exception et sans hésitation toute information susceptible d’avoir des conséquences quand à ma capacité de diriger le pays. C’est une évidence pour moi.»

Plus généralement, estimait-il que la Constitution était suffisamment précise quant aux règles sur l’empêchement pour raisons de santé d'un président?

«La Constitution prévoit qu’un président de la République empêché pour raison médicale voie la plupart de ses fonctions transférées au président du Sénat, sans préciser qui peut décider que le président est empêché ni sur quelle base. Le débat n’est pas nouveau. D’un côté, les partisans d’un contrôle médical régulier avec obligation de transmettre au président du Conseil constitutionnel en cas de détection d’un problème grave susceptible de l’empêcher d’exercer son mandat dans de bonnes conditions. De l’autre, ceux qui considèrent que les institutions savent s’adapter et qu’il ne peut revenir à un médecin de décider qui peut ou ne peut pas présider la France. Faut-il aller jusqu’à réformer notre Constitution pour cela? Je ne le pense pas.»

Unanimes

Et avant lui? En mai 2007, interrogé par Le Monde à la veille du second tour de l'élection présidentielle, Nicolas Sarkozy avait répondu: «La question controversée de l'état de santé du président [...] a pu se poser par le passé –je pense en particulier aux présidents Pompidou et Mitterrand, mais, à ma connaissance, elle ne me semble pas aujourd'hui d'une actualité brûlante. [...] Ce qui doit préoccuper les Français au travers de cette question, c'est de savoir si l'état de santé du président l'empêche ou non d'assumer ses responsabilités. Le chef de l'État n'est pas [...] un citoyen comme les autres. Il est normal que les Français soient [...] assurés de sa capacité à exercer les devoirs du mandat qu'ils lui ont confié».

Pour sa part, Ségolène Royal déclarait: «L'exercice du mandat présidentiel nécessite un état de santé compatible avec le plein exercice d'une fonction de haute responsabilité. Aussi, je publierai régulièrement des bulletins de santé rendant compte de mon état de santé. Je considère de juste pratique démocratique de répondre dans la totale transparence aux questions posées sur ce sujet».

Où l’on observe, «nouveau monde» ou pas, une remarquable constance des premiers intéressés sur le sujet.

Jean-Yves Nau Journaliste

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