Santé / Monde

Personne ne sait ce que la population américaine pense vraiment de l’avortement

Temps de lecture : 2 min

Les sondages sur l'IVG ont beaucoup de mal à rendre compte de la complexité du sujet.

Un seul mot peut modifier les résultats | Alex Mejia via Unsplash CC License by
Un seul mot peut modifier les résultats | Alex Mejia via Unsplash CC License by

En France, malgré la légalisation de l’interruption volontaire de grossesse (IVG) en 1975, tous les combats pour le droit à l’avortement sont loin d’être gagnés. Il existe tout de même un consensus selon lequel la majorité des Françaises et des Français sont favorables au droit à l’avortement. Aux États-Unis par contre, le pays est divisé sur la question.

Le droit à l’avortement n’y est pas consacré par la loi comme en France, mais par un arrêt de la Cour suprême, le célèbre «Roe v. Wade». Il prévoit que l’avortement est légal mais que les États peuvent appliquer des restrictions s'ils le souhaitent.

Toutefois, si la division du pays sur le sujet est évidente, il est difficile de la cerner clairement. L’avortement est un sujet complexe et les sondages autour de cette question sont difficiles à mener correctement.

Manque d’information

Pendant très longtemps, l’avortement était un sujet tabou, très mal représenté à la télévision et au cinéma. Même le vocabulaire utilisé aux États-Unis –«pro-vie» et «pro-choix»– n’est pas évident pour celles et ceux qui ne sont pas familiers avec le sujet, puisque pro et anti droit à l’avortement sont étiquetés «pour» quelque chose. Les groupes anti avortement sont d’ailleurs connus pour entretenir une confusion sur le sujet.

Par conséquent, les résultats peuvent s’opposer au sein d’un même sondage. BuzzFeed News a analysé quatorze sondages sur l'IVG et interrogé les équipes de recherches qui les ont conduits. Il en ressort que l’opinion publique américaine est bien moins binaire qu’il n’y parait et donc difficile à saisir.

La méthodologie fait la pluie et le beau temps

Un seul mot différent dans la formulation d’une question et la réponse peut changer du tout au tout. Une étude menée par Ipsos montre qu’aux questions «l’avortement devrait-il être légal?» et «l’avortement devrait-il rester légal?» les résultats peuvent s'opposer.

Les instituts de sondage Gallup et Pew posent chaque année la question «Pensez-vous que l’avortement devrait être légal dans tous les cas, légal dans la plupart des cas ou illégal dans tout les cas?» Et chaque année, les réponses sont plus ou moins similaires. Mais Ipsos s’est rendu compte que lorsque l'on regarde les choses de plus près, les réponses peuvent être étonnantes.

Par exemple, dans l’un des questionnaires, 76% des personnes qui se considèrent proche du Parti républicain sont d’accord avec la phrase «Nous devons protéger les droits des enfants à naître (unborn)» mais quelques questions plus tard, 49% d’entre elles acquiescent aussi à l'assertion: «Je ne crois pas que le gouvernement devrait empêcher une femme de prendre ses propres décisions au sujet de pratiquer ou non un avortement». Plus contradictoire encore, lors d’un sondage pour Vox, les personnes estimant que l’avortement devrait être «illégal dans la plupart des cas» se prononcent à 53% contre l’annulation de Roe v. Wade.

Pour Janine Beekman, l’une des chercheuses d’Ipsos, beaucoup de personnes interrogées ne savent en fait pas vraiment où se situer. Elles sont très confiantes en répondant, mais «lorsqu’elles discutent du sujet en groupe de parole, elles changent d’attitude quand elles sont forcées à réfléchir plus profondément et émettent des nuances». Nuances difficiles à appréhender à coup de QCM.

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