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Loppsi, racisme... «Tous les Français n'ont pas compris Internet»

Parlons Net, mis à jour le 08.02.2010 à 12 h 00

«Parlons Net» recevait vendredi Isabelle Falque-Pierrotin, auteure d'un rapport sur la lutte contre le racisme sur Internet.

«Parlons Net» recevait vendredi 29 janvier Isabelle Falque-Pierrotin, auteure d'un rapport sur la lutte contre le racisme sur Internet. 
La conseillère d'Etat et présidente du Forum des droits sur Internet, sans langue de bois, explique la difficulté à mesurer et lutter contre le racisme en ligne, évoque Hadopi, une loi mal débattue et mal engagée, et revient sur la Loopsi et l'Acta. Elle est interrogée par François Krug de Rue89Johan Hufnagel de Slate.frJérôme Colombain de France Info. L'émission est animée par David Abiker.

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Dans la première partie de l'émission, Isabelle Falgue-Pierrotin revient sur les conditions d'élaboration de son rapport,  commandé il y a un an après l'offensive israélienne sur Gaza «plomb durci» par le Premier ministre François Fillon.

 

Il s'agissait de savoir si, après les manifestations dans la rue et l'agitation forte sur le Net «saturé de commentaires racistes» à la suite des opérations israéliennes à Gaza, il y avait «un risque de contamination de ces événements sur le territoire français et ce qu'on peut faire». «Ce racisme affecte tous les camps, toutes les communautés», assure Isabelle Falque-Pierrotin.

Les auteurs du rapport n'ont pas réussi à mesurer le racisme ni à l'évolution du phénomène, mais ce qui les a préoccupés et frappés, «c'est le racisme ordinaire qu'on trouve dans des commentaires lié à une tendance, une facilité d'expression: les Français n'ont pas encore compris ce qu'était Internet. Ils ne sont pas dans leur salon». Il faut contrôler son langage dans un espace public, estime la présidente du forum, ce que les gens n'ont pas intégré.

«Avec Internet, on doit revisiter un certain nombre des grand principes de la République, poursuit-elle: le droit de tout dire, ce que veut dire le respect. C'est une cause nationale de former une génération à la technique et aux sociabilités» à travers l'Education nationale.

Contrairement à ce que certains prétendent, Internet n'est pas une zone de non droit, explique-t-elle: «L'arsenal juridique pour lutter contre le racisme sur le Net existe, mais il n'est pas toujours utilisé, notamment contre le racisme ordinaire. Il pourrait y avoir quelques poursuites». Falque-Pierrotin reconnaît que la difficulté de lutte contre le racisme bute contre les frontières face à un réseau qui n'en connaît pas. Même si «On a des outils efficaces en Europe, l'Allemagne, la Grande-Bretagne, l'Espagne n'ont pas les mêmes approches», si les Etats-Unis s'abritent derrière 1er amendement de leur constitution, ces Etats partagent le même souci et il y a des «progrès», note-t-elle.

Dans la seconde partie, Isabelle Falque-Pierrotin estime qu'internet n'a pas besoin d'une régulation étatique mais plutôt d'un «pilotage» collectif. Elle fait part de sa perplexité sur la manière dont Hadopi a été préparée et débattue. Elle évoque les problèmes posés par l'ACTA et Loopsi.

 

«J'ai dit à Fillon que l'on peut, si on le veut, piloter l'Internet et pas exclusivement par autorité publique, mais collectivement. Il n'y a pas d'espace social qu'on ne puisse piloter, sinon c'est la jungle. Les solutions classiques, très françaises, (face à un problème on fait une loi) fonctionnent moins bien. La régulation est partage avec l'Etat, les entreprises et la société civile.»

A propos de Loppsi, le forum des droits, s'est intéressé au filtrage des sites pédo-pornographiques, à la demande du gouvernement qui voulait savoir «si ce filtrage était décidé par le politique, quelles seraient les solutions pour qu'il soit acceptable». La technique est «délicate à mettre en œuvre, a expliqué Isabelle Falque-Pierrotin, son l'efficacité n'est pas avérée, comme l'ont montré des exemples à l'étranger. Face à des «situations exceptionnelles, comme des images de viols d'enfants, il faut un remède exceptionnel, donc le filtrage, mais il faut que ce soit encadré.»

Les propositions du forum n'ont complètement été reprises dans la version actuelle du dispositif Lopssi, même s'il faut encore attendre la discussion parlementaire et les décrets d'application. Il est acquis, assure-t-elle, «qu'il n'est pas question d'étendre ce filtrage à d'autres type de contenus». Sur un point, «on a pas été entendu: à savoir la problématique de la liste et l'encadrement d'une liste de sites filtrés. La crainte des internautes, c'est qu'il y ait d'autres types de sites sur la liste que ceux qui doivent y être». Ce que proposait le forum: une autorité publique sur le filtrage, avec toutes les garanties qui existent avec une autorité publique. «Nous devons assurer que ce filtrage soit démocratique, avec des garanties sur le contrôle de la liste et le fonctionnement de la liste, y compris a posteriori et en cas de surblocage». «C'est une garantie indispensable pour les libertés publiques.»

JH

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