Santé / Monde

Pourquoi trouve-t-on dans les îles les peuples du monde les plus en surpoids?

Temps de lecture : 3 min

Les lois de l’évolution sont impuissantes face à l’expansion du mode de vie à l’occidentale.

À Nouméa, en Nouvelle-Calédonie, le 1er décembre 2014 | AFP / Théo Rouby
À Nouméa, en Nouvelle-Calédonie, le 1er décembre 2014 | AFP / Théo Rouby

Une étude publiée par la revue médicale The Lancet démontre qu’à l’échelle mondiale, le taux d’obésité a beaucoup augmenté au cours des trois dernières décennies. C’est –et de loin– dans les îles du Pacifique que cette hausse a été la plus forte.

À Nauru, le pays du monde le plus en surpoids, l’IMC moyen atteint aujourd’hui le niveau record de 35,03 chez les femmes et 33,85 chez les hommes –on considère généralement que 30 marque le seuil de l’obésité. Les îles Cook, la Polynésie française, les Tonga, Samoa et Palau ne sont pas loin derrière. Plusieurs îles caribéennes, notamment les Bermudes, Puerto Rico et Saint Kitts et Nevis, se trouvent également à un niveau d’IMC moyen correspondant à l’obésité.

Des treize pays du monde dont l’IMC moyen est supérieur à 30, seules l’Égypte et le Koweït ne sont pas des îles (avec un IMC moyen de 28,33 chez les femmes et 28,46 chez les hommes, les États-Unis ne sont pas loin).

Modernisation tardive

Pourquoi les pays insulaires sont-ils si touchés par l’obésité? Cela est dû à une combinaison de facteurs parmi lesquels le régime alimentaire, le mode de vie ou la culture, mais c’est la mondialisation qui s’avère le principal responsable de ce phénomène.

La plupart des îles du Pacifique étaient jusqu'au milieu du XXe siècle des sociétés traditionnelles dépendant de l’agriculture et de la pêche de subsistance. L’arrivée de militaires américains, français et britanniques pendant la Seconde Guerre mondiale a marqué le début d’un grand bouleversement, avec l’ouverture de ces pays au reste du monde.

L’industrialisation massive des îles du Pacifique n’a commencé que dans les années 1970; la région du sud du Pacifique n’a eu qu’environ quarante ans pour s’adapter au type de mode de vie moderne et sédentaire auquel les peuples occidentaux étaient habitués depuis des siècles. Plusieurs États du Golfe arabo-persique qui font également face à des problèmes de santé liés à l’obésité ont aussi connu une transition rapide vers la modernité.

La disponibilité immédiate de nourriture importée a coïncidé avec la conversion de terres agricoles à des industries plus lucratives, notamment l’extraction minière. Les terres de Nauru ont presque entièrement été mises au service de l’extraction de phosphate, forçant la population à vivre sur une mince zone de terre habitable.

Alors que le régime alimentaire traditionnel du Pacifique était dominé par le poisson, les fruits et légumes, les insulaires de Nauru ont développé un goût pour le riz importé, le sucre, la farine, les sodas et la bière. La viande en conserve est aussi très prisée. Et les chaînes de fast-food occidentales se sont installées, en même temps que croissait l’industrie touristique.

Particularité génétique

De nombreux chercheurs et chercheuses estiment que les corps des insulaires du Pacifique sont génétiquement programmés pour stocker le gras plus efficacement. Cette particularité avait du sens lorsque vivre sur une petite île où l’impact de la météo est très important signifiait parfois être confronté à de longues périodes de famine et demandait un travail physique très important. Mais ce n’est plus le cas dans un monde où dominent les métiers sédentaires et les Big Macs. Il est avancé que les populations d’origine africaine sont également plus susceptibles de prendre du poids facilement, ce qui est sans doute l'un des facteurs expliquant la hausse de l’obésité dans les Caraïbes.

La culture joue également un rôle. Un physique imposant est souvent considéré comme attirant dans les sociétés des îles du Pacifique et constitue un marqueur d’un statut social élevé, mais contrairement à jadis, il n'y a plus besoin d’être un chef pour bénéficier de repas très copieux.

Bien sûr, ces facteurs sont présents dans beaucoup d’autres pays en voie de développement. Ce qui rend remarquablement important le physique de ces populations, c’est le caractère remarquablement minuscule de la taille de leurs îles: Tuvalu, Palau, Nauru et les autres pays dans le top 10 de l’obésité font partie des plus petits pays au monde par leur superficie et leur population. La moindre zone touristique, chaîne de fast-food ou le moindre accord commercial a un impact bien plus fort sur la société que dans un grand pays, comme par exemple l’Inde ou le Nigéria.

L’obésité semble n’être pas un si grand prix à payer pour accéder au confort et aux opportunités du monde moderne, mais les problèmes de santé associés font de plus en plus de victimes. À Nauru, environ 45% des adultes seraient aujourd'hui diabétiques. L’espérance de vie, qui a augmenté dans toute la région pendant des décennies, a commencé à stagner ces dernières années, précisément à cause de ces problèmes.

La situation n’est pas désespérée. Les programmes éducatifs encourageant les populations à manger de la nourriture plus saine et produite localement ont contribué à réduire le taux d’obésité aux Tonga, aux Fiji et à Hawaï. L’État de l’Aloha –où est né Barack Obama, dont la minceur est bien connue– est même devenu l’un des États américains où l’on est le plus en forme.

Joshua Keating Journaliste

Newsletters

Le scandale de l'amiante est une bombe à retardement

Le scandale de l'amiante est une bombe à retardement

Responsable d'un cancer de la plèvre, l'amiante est interdite en France depuis 1997. Deux décennies plus tard, 1.100 nouveaux cas de la maladie surviennent encore chaque année.

Non, le burn-out estival n'existe pas

Non, le burn-out estival n'existe pas

Cessons de nous leurrer: il n'y a pas de blues saisonniers mais plutôt une fatigue chronique.

Le mouvement antivax est loin d'être le seul responsable des épidémies de rougeole

Le mouvement antivax est loin d'être le seul responsable des épidémies de rougeole

Notre trop grande focalisation sur le sujet nuit à la santé publique.

Newsletters