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  • Par Jean-Marie Colombani
  • Jean-Marie Colombani est un des fondateurs de Slate.fr. Journaliste et essayiste, il a été directeur du journal Le Monde de 1994 à 2007. Il est l'auteur de nombreux ouvrages dont récemment Un américain à Paris.
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Barack Obama ne prend plus de gants

L'administration Obama vient de signifier en l'espace de quelques jours un durcissement avec l'Iran, une reprise en mains de ses relations avec la Chine et une indifférence totale à l'égard de l'Europe.

Vendredi 5 Février 2010
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Trois éléments éclairent le virage soudain que vient de prendre la diplomatie américaine. Le changement est sensible avec ce que l'on a pu voir pendant la première année de la présidence Obama. Il s'agit de l'annonce du déploiement de missiles anti-missiles américain dans le Golfe pour faire face à d'éventuelles attaques de missiles iraniens; il s'agit de la réception annoncée par Barack Obama du dalaï lama; il s'agit enfin du refus du même Obama de répondre à l'invitation de la présidence tournante espagnole qui voulait réunir un sommet Europe-Etats-Unis au mois de mai.

Nous sommes en présence simultanément d'un durcissement à l'égard de l'Iran, d'une tentative de reprise en mains par les Etats-Unis de leurs relations avec la Chine et de la confirmation de l'indifférence grandissante qui s'installe à Washington à l'égard de l'Union européenne. Dans les trois cas, les changements marquent une inflexion du cours de la politique américaine. Les deux premiers traduisent aussi l'affirmation progressive de la secrétaire d'Etat Hillary Clinton, réputée plus ferme que son président, sur l'Iran comme sur la Chine à mesure que ce dernier est contraint, par la crise et par ses défaites électorales, de se concentrer presque exclusivement sur la scène intérieure et sur la seule priorité qui intéresse les Américains: la relance de l'économie et le recul du chômage.

Fermeté

Revenons sur chacun de ces éléments. Sur l'Iran, il y a donc eu successivement l'annonce d'un déploiement de missiles «Patriot» pour protéger les alliés américains du Golfe, ainsi que l'Arabie saoudite à l'égard de laquelle l'Amérique renforce son soutien militaire; et la déclaration du secrétaire américain à la Défense, Robert Gates, selon lequel l'Iran s'expose désormais à une «forte sanction» en raison de la poursuite de son programme nucléaire. Barack Obama avait commencé sa relation avec l'Iran par une politique de la «main tendue». Et même si les propositions de dialogue sont toujours sur la table, le nouveau cours semble bien devoir être celui de la fermeté. Il s'agit à vrai dire, pour les Etats-Unis, compte tenu du fait que l'Iran se moque ouvertement des différentes formes d'avertissements qui lui ont été adressés, de tenter de dissuader Téhéran de poursuivre son programme nucléaire. Mais aussi, et peut-être surtout, en revenant au discours de la fermeté, de dissuader Israël de recourir à une frappe.

Il ne faut jamais oublier que la tentation existe à Tel Aviv de pratiquer, comme ce fut le cas vis-à-vis de l'Irak, puis plus récemment vis-à-vis de la Syrie, des frappes aériennes ciblées sur les sites nucléaires iraniens. Il va de soi que de telles actions auraient, sur la scène internationale, des conséquences graves alors même que les Etats-Unis vont s'efforcer de coaliser, aux Nations unies, les membres du Conseil de sécurité pour faire prévaloir une politique de sanction plutôt que des actions militaires ciblées. La grande question dans ce domaine est évidemment de savoir si cette nouvelle fermeté américaine est de nature à encourager les opposants iraniens qui, eux, malgré la répression de plus en plus dure, ne baissent pas les bras; ou bien si, au contraire, Ahmadinejad et les siens ne vont pas pouvoir rassembler autour d'eux plus qu'ils ne devraient sur la thématique classique du pays assiégé.

Renforcer la main de la Chine

S'agissant de la Chine, les Etats-Unis pouvaient paraître, dans le couple qui s'installe de la super puissance d'aujourd'hui et de celle de demain, de plus en plus sur la défensive. Les Chinois refusent de toucher à la parité du yuan, alors même que cette monnaie devrait s'apprécier par rapport aux autres et que son cours actuel gêne tout le monde; à Copenhague, au sommet sur le climat, les dirigeants chinois s'étaient joués de tout le monde en entrainant derrière eux les Indiens et les Brésiliens, pour faire prévaloir un résultat du sommet qui n'en est pas un, puisqu'il a consisté à une vague déclaration de principe; et les nouveaux démêlés de la Chine avec Google ont une nouvelle fois convaincu que la Chine n'entendait en rien se tourner du côté des libertés.

Le dialogue américano-chinois avait donc, à ce stade, pour principal effet de renforcer la main de la Chine. La réaction américaine, qui vise à le rééquilibrer, a d'abord consisté à accepter de livrer des armes à Taiwan avant d'annoncer la prochaine réception, à la Maison Blanche, du dalaï lama. La Chine a aussitôt annoncé des sanctions. Mais que peuvent-elles être? La prospérité de la Chine est aujourd'hui liée à sa capacité d'exporter aux Etats-Unis! Nous devrions donc vivre prochainement une phase de rééquilibrage salutaire dans les relations entre les deux pays, qui fasse comprendre à Pékin que l'accès au rang de très grandes puissances doit comporter, pour elle, un meilleur sens de ses responsabilités.

Enfin il faut souligner l'indifférence à l'égard de l'Europe de Washington, symbolisée par le fait que le sommet de l'Union européenne et des Etats-Unis n'aura pas lieu. Il n'y a pas grand chose d'autre à en dire que de souligner, une fois de plus, que la responsabilité est celle des Européens. Ils sont trop en désordre, trop pusillanimes, et ne semblent pas encore avoir compris qu'il faut d'urgence engager une nouvelle phase d'intégration et d'affirmation de l'Union; faute de quoi, comme il nous est déjà arrivé de le souligner, l'Europe se contentera d'être une vaste Suisse, observant et vivant sous le condominium du nouveau G2, celui qui rassemble la Chine et les Etats-Unis.

Jean-Marie Colombani

LIRE EGALEMENT: Dire non à Obama, La Chine est irresponsable et Les risques d'une attaque israélienne contre l'Iran.

Image de une: Barack Obama lors d'un discours Jason Reed / Reuters

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Comments

une processus normal pour un vrai responsable politique

M. Obama montre une réelle maturité politique dans un processus qui monte en puissance en fonction de la prise de position des nations concernées.
La Chine devient l'arroseur arrosé car elle pensait tenir les US par l'achat des bons du Trésor américains. La Chine a montré pendant toute l'année 2009 quelle voulait devenir le leader mondial, mais quelques erreurs statégiques comme vouloir "coloniser" les richesses du sol africains avec un début de retour de baton, l'affaire Google à cela il faut rajouter les 2 sujets sensibles Taiwan et le Dali Lama. Mais la pression doit être permanente car la Chine n'aime pas les faibles comme l'Europe, la famille des nains grincheux colèreux et incapables de mettre le continent dans une position de leader.
Voilà ENCORE une occasion manquée pour que l'Europe se remette sur les rangs face à la Chine, mais avoir voulu mettre un "gentil garçon" au niveau de la Présidence de l'EU est aujourd'hui lourde de conséquence car aucune décision politique peut-être envisagée.
Il est tout à fait normal que les US considère l'Europe comme "quantité" négligeable, qui représente l'Europe qui parle au nom de l'Europe que pèse l'Europe rien car désunie.
Encore une occasion perdue pour notre continent et à qui la faute? aux politiques.

MAYOMBE

En voilà, une bonne nouvelle!

"L'Europe, une vaste Suisse", on ne saurait mieux dire! Et l'Obama né de l'obamania, tellement oecuménique que véritablement personne de nulle part, de se retrouver contraint de faire de la politique, quelque chose qui ait du sens, qui fasse une distinction entre la chèvre et le chou, en voilà une bonne nouvelle! Non pas que l'impérialisme américain dictant ses lois pétrolifères au profit des Dick Cheney de tous poils m'enchante mais un brin de réalisme ne saurait nuire... On peut y voir la fin d'une époque, les vestiges d'une queue de comète partie dans les années 80 /90 sous les ères Reagan / Thatcher quand l'économie a été placée sur le trône d'une real politik à la Kohl / Mitterrand assassinant ce que le monde pouvait encore revendiquer d'utopie, pour le moins d'idéal... Disons, le monde d'avant la Chine! Depuis, de roquet menaçant du haut de son impuissance en complexe de supériorité mollassonne à l'américaine, les robots de Beijing posaient à l'avenir du monde en couvant d'un regard oblique le délire iranien dont l'Occident névrotique a besoin pour justifier son impérialisme - de Khomeini en Saddam, Khadafi, et autres Ben Ladden... Tout le monde semblait avoir oublié que l'économie, c'est d'abord de la politique! Si Obama s'en souvient enfin, c'est effectivement par nécessaire stratégie intérieure mais peu importe, il a pris la mesure de l'affaire et fait enfin son boulot! Ne manquerait plus qu'il retire son armada d'un peu partout et que l'Europe en finisse avec une gestion de crise façon EuroDisney, pour que l'on retrouve un monde enfin déglobalisé où la politique reprendrait ses droits. Alors peut-être la Chine renouerait avec l'humilité qui lui fait tant défaut ces temps-ci...

Naïf...

Je ne suis pas d'accord. Les Etats-Unis sont dans une phase de durcissement de ces relations internationnal avec L'iran et la Chine. Si elle tourne le dos en même temps à ses alliés naturels, ces adversaires politiques sur le plan internationnal sauront exploiter cette faiblesse.

J'ai plus l'impression qu'Obama fait preuve d'une incroyable naïveté. Il n'a visiblement pas imaginer que son offensive politique risque de se retourner contre lui lorsqu'il snob le plus grand marché mondial !

testatio !

M. Colombani, il manque une

M. Colombani, il manque une analyse à tous ces faits que vous listez. On peut penser qu'Obama se concentre sur tous les sujets qui peuvent sauver la grandeur américaine et au premier chef l'économie. Il veut redonner de la visibilité à son pays. L'état de grâce est terminé et il veut flatter les américains, probablement. Le problème de ces coups de gouvernail, c'est qu'ils font office de politique mais l'ensemble n'est pas lisible. Il a réfléchi des mois sur l'Afghanistan mais n'a rien changé et les USA vont s'enliser là-bas. Et puis il n'a probablement pas encore mesuré les limites de la puissance américaines. Avec ces annonces, il va vite les tester. La Chine en va pas lâcher comme ça, ni l'Iran. Autant je perçois une certaine grandeur dans le personnage, autant ses coups de mentons ne me convainquent pas.

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