Monde

Barack Obama ne prend plus de gants

Jean-Marie Colombani, mis à jour le 05.02.2010 à 9 h 40

L'administration Obama vient de signifier en l'espace de quelques jours un durcissement avec l'Iran, une reprise en mains de ses relations avec la Chine et une indifférence totale à l'égard de l'Europe.

Trois éléments éclairent le virage soudain que vient de prendre la diplomatie américaine. Le changement est sensible avec ce que l'on a pu voir pendant la première année de la présidence Obama. Il s'agit de l'annonce du déploiement de missiles anti-missiles américain dans le Golfe pour faire face à d'éventuelles attaques de missiles iraniens; il s'agit de la réception annoncée par Barack Obama du dalaï lama; il s'agit enfin du refus du même Obama de répondre à l'invitation de la présidence tournante espagnole qui voulait réunir un sommet Europe-Etats-Unis au mois de mai.

Nous sommes en présence simultanément d'un durcissement à l'égard de l'Iran, d'une tentative de reprise en mains par les Etats-Unis de leurs relations avec la Chine et de la confirmation de l'indifférence grandissante qui s'installe à Washington à l'égard de l'Union européenne. Dans les trois cas, les changements marquent une inflexion du cours de la politique américaine. Les deux premiers traduisent aussi l'affirmation progressive de la secrétaire d'Etat Hillary Clinton, réputée plus ferme que son président, sur l'Iran comme sur la Chine à mesure que ce dernier est contraint, par la crise et par ses défaites électorales, de se concentrer presque exclusivement sur la scène intérieure et sur la seule priorité qui intéresse les Américains: la relance de l'économie et le recul du chômage.

Fermeté

Revenons sur chacun de ces éléments. Sur l'Iran, il y a donc eu successivement l'annonce d'un déploiement de missiles «Patriot» pour protéger les alliés américains du Golfe, ainsi que l'Arabie saoudite à l'égard de laquelle l'Amérique renforce son soutien militaire; et la déclaration du secrétaire américain à la Défense, Robert Gates, selon lequel l'Iran s'expose désormais à une «forte sanction» en raison de la poursuite de son programme nucléaire. Barack Obama avait commencé sa relation avec l'Iran par une politique de la «main tendue». Et même si les propositions de dialogue sont toujours sur la table, le nouveau cours semble bien devoir être celui de la fermeté. Il s'agit à vrai dire, pour les Etats-Unis, compte tenu du fait que l'Iran se moque ouvertement des différentes formes d'avertissements qui lui ont été adressés, de tenter de dissuader Téhéran de poursuivre son programme nucléaire. Mais aussi, et peut-être surtout, en revenant au discours de la fermeté, de dissuader Israël de recourir à une frappe.

Il ne faut jamais oublier que la tentation existe à Tel Aviv de pratiquer, comme ce fut le cas vis-à-vis de l'Irak, puis plus récemment vis-à-vis de la Syrie, des frappes aériennes ciblées sur les sites nucléaires iraniens. Il va de soi que de telles actions auraient, sur la scène internationale, des conséquences graves alors même que les Etats-Unis vont s'efforcer de coaliser, aux Nations unies, les membres du Conseil de sécurité pour faire prévaloir une politique de sanction plutôt que des actions militaires ciblées. La grande question dans ce domaine est évidemment de savoir si cette nouvelle fermeté américaine est de nature à encourager les opposants iraniens qui, eux, malgré la répression de plus en plus dure, ne baissent pas les bras; ou bien si, au contraire, Ahmadinejad et les siens ne vont pas pouvoir rassembler autour d'eux plus qu'ils ne devraient sur la thématique classique du pays assiégé.

Renforcer la main de la Chine

S'agissant de la Chine, les Etats-Unis pouvaient paraître, dans le couple qui s'installe de la super puissance d'aujourd'hui et de celle de demain, de plus en plus sur la défensive. Les Chinois refusent de toucher à la parité du yuan, alors même que cette monnaie devrait s'apprécier par rapport aux autres et que son cours actuel gêne tout le monde; à Copenhague, au sommet sur le climat, les dirigeants chinois s'étaient joués de tout le monde en entrainant derrière eux les Indiens et les Brésiliens, pour faire prévaloir un résultat du sommet qui n'en est pas un, puisqu'il a consisté à une vague déclaration de principe; et les nouveaux démêlés de la Chine avec Google ont une nouvelle fois convaincu que la Chine n'entendait en rien se tourner du côté des libertés.

Le dialogue américano-chinois avait donc, à ce stade, pour principal effet de renforcer la main de la Chine. La réaction américaine, qui vise à le rééquilibrer, a d'abord consisté à accepter de livrer des armes à Taiwan avant d'annoncer la prochaine réception, à la Maison Blanche, du dalaï lama. La Chine a aussitôt annoncé des sanctions. Mais que peuvent-elles être? La prospérité de la Chine est aujourd'hui liée à sa capacité d'exporter aux Etats-Unis! Nous devrions donc vivre prochainement une phase de rééquilibrage salutaire dans les relations entre les deux pays, qui fasse comprendre à Pékin que l'accès au rang de très grandes puissances doit comporter, pour elle, un meilleur sens de ses responsabilités.

Enfin il faut souligner l'indifférence à l'égard de l'Europe de Washington, symbolisée par le fait que le sommet de l'Union européenne et des Etats-Unis n'aura pas lieu. Il n'y a pas grand chose d'autre à en dire que de souligner, une fois de plus, que la responsabilité est celle des Européens. Ils sont trop en désordre, trop pusillanimes, et ne semblent pas encore avoir compris qu'il faut d'urgence engager une nouvelle phase d'intégration et d'affirmation de l'Union; faute de quoi, comme il nous est déjà arrivé de le souligner, l'Europe se contentera d'être une vaste Suisse, observant et vivant sous le condominium du nouveau G2, celui qui rassemble la Chine et les Etats-Unis.

Jean-Marie Colombani

LIRE EGALEMENT: Dire non à Obama, La Chine est irresponsable et Les risques d'une attaque israélienne contre l'Iran.

Image de une: Barack Obama lors d'un discours Jason Reed / Reuters

Jean-Marie Colombani
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