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Serena Williams a-t-elle réellement été victime de sexisme lors du dernier US Open?

Temps de lecture : 2 min

La colère des femmes semble avoir effectivement plus de mal à passer que celle des hommes.

 Serena Williams débordant de joie | Aleksandr Osipov via Flickr CC License by
Serena Williams débordant de joie | Aleksandr Osipov via Flickr CC License by

Le 8 septembre dernier, après avoir reçu de la part de l'arbitre, Carlos Ramos, un premier avertissement pour coaching, Serena Williams, persuadée d'avoir été victime d'une injustice, allait protester et exiger des excuses. Les excuses ne viendront pas, contrairement à une deuxième pénalité (un point en moins) lorsque Williams cassera un peu plus tard sa raquette de rage. Ayant, en réaction, qualifié l'arbitre de «voleur», la joueuse écopera d'une troisième pénalité et finira par perdre complètement ses nerfs ainsi que son match. Lors d'une conférence de presse ultra-médiatisée, Williams qualifiera le comportement de Ramos de «sexiste» et suscitera une énième polémique sur le traitement réservé aux femmes dans le sport de haut niveau.

Mais peut-on dire que Williams ait été réellement discriminée du fait de son sexe lors de ce psychodrame? Allison Goldstein, du site Statistics Views, pense que oui. Ou, plus précisément, que certaines données laissent entendre que la colère féminine est effectivement davantage socialement sanctionnée que son homologue masculine.

En chiffres absolus, les hommes restent, de loin, les premiers à être pénalisés pour mauvais comportements sur les courts. Mais Goldstein fait remarquer, sur la base de données collectées entre 1998 et 2018, que les joueuses de tennis sont à la fois 25% moins nombreuses que les joueurs lors des compétitions et jouent environ 40% moins longtemps qu'eux.

«Si nous prenons ces deux facteurs en compte», explique Goldstein, «la disparité des pénalités entre les hommes et les femmes diminue considérablement. Mais cela ne prouve pas que les femmes sont davantage sanctionnées que les hommes. Statistiquement parlant, aucun fait concret ne montre que, en matière d'infractions sur le court, les femmes soient traitées plus injustement que les hommes».

Pour que la discrimination se fasse jour, il faut réduire encore un peu plus le champ d'analyse et voir comment la rage féminine est plus négativement appréciée que la rage masculine. En l’occurrence, deux études citées par Goldstein permettent d'observer que les «hommes sont jugés plus crédibles et peuvent dès lors exercer une plus grande influence sociale lorsqu'ils expriment de la colère», alors que les femmes, lorsqu'elle expriment le même degré de colère et avec les mêmes mots, en viennent au contraire «à perdre de la crédibilité et, par la même occasion, de l'influence».

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Ce qui ne veut pas dire, comme Goldstein tient à le rappeler à la fin de son article, que se fâcher tout rouge sur un terrain de tennis comme ailleurs soit recommandable...

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