Sciences

Savoir rouler sa langue, un des principaux mythes sur la génétique

Temps de lecture : 2 min

Il pourrait y avoir des points communs avec la capacité de faire bouger ses oreilles.

Vous y arrivez? | Parker Gibbons via Unsplash CC License by
Vous y arrivez? | Parker Gibbons via Unsplash CC License by

Cet article est publié en partenariat avec Quora, plate-forme sur laquelle les internautes peuvent poser des questions et où d'autres, spécialistes du sujet, leur répondent.

La question du jour: «Pourquoi certaines personnes peuvent-elles rouler leur langue et pas les autres? Est-ce que cela a eu une utilité pratique par le passé? Est-ce un reliquat de l’évolution?»

La réponse d'Adriana Heguy, biologiste moléculaire, chercheuse sur le génome:

Tout d’abord, la capacité à rouler sa langue n’est pas seulement génétique et la composante génétique pourrait d’ailleurs être très faible. Chez les jumeaux monozygotes (identiques), il arrive que l’un puisse rouler sa langue alors que l’autre non. Ainsi, s’il y a une dimension génétique, elle n’est clairement pas mendélienne, c’est-à-dire qu’elle n’est pas codée par un seul gène et qu’elle est largement influencée par l’environnement, dans ce cas la pratique. Mais pour une raison que j’ignore, rouler sa langue est l’un des mythes sur la génétique que l’on utilise beaucoup dans les collèges et lycées comme un exemple de simple trait mendélien avec une nature dominant-récessif.

Il est difficile d’identifier l’intérêt dans l’évolution d’une capacité si largement influencée par l’environnement et dont le caractère utile n’est pas évident. Pour de nombreux traits génétiques, nous n’avons absolument aucune idée ni de leur rôle ni de la raison pour laquelle ils existent.

Une question, surtout, de dextérité

Dans le cas de la capacité à rouler sa langue, il est possible que ce soit une question de dextérité de la langue: lorsqu’on mange, on doit pouvoir bouger sa langue pour ne pas la mordre et pour déplacer les aliments dans sa bouche. Pour des raisons inconnues, certaines personnes savent mieux que d’autres contrôler le mouvement de leur langue. Et étant donné que la capacité peut être acquise par la pratique (même si tout le monde ne semble pas y arriver au final), il est probable que ce soit effectivement lié à la dextérité. Une grande part de la population sait rouler sa langue. Mais il est possible que l’évolution n’ait rien à voir là-dedans. Ou alors, cette capacité pourrait être une trompe, c’est-à-dire un effet collatéral de l’évolution, peut-être lié à l’évolution de la dextérité de certains muscles de la langue, qui a amélioré la dextérité de la langue en général.

Enfin, il peut s’agir d’un atavisme, une compétence liée à une augmentation de la dextérité de la langue pour goûter ou manger certains types d’aliments il y a des millions d’années et qui n’a pas disparu parce que le programme de développement de la dextérité est toujours présent. Certains animaux ont une excellente motricité de la langue, telle la girafe qui l’utilise comme préhensile pour attraper des feuilles et pour se laver. La dextérité linguale n’est donc pas une compétence spécifiquement humaine.

La capacité à rouler sa langue pourrait avoir des points communs avec celle de faire bouger ses oreilles. Peu de gens savent le faire et ce n’est pas non plus un caractère génétique simple. Certains animaux, comme les chiens et les chats par exemple, bougent leurs oreilles pour mieux entendre les sons, et notamment leur direction (utile pour chasser ou repérer des prédateurs). Chez les humains, ce trait est vestigial, mais étant donné que nous avons toujours besoin de muscles pour les oreilles (appelés auriculaires) et qu’ils font partie de notre musculature faciale/crânienne, il est peu probable que ce trait disparaisse complètement dans un avenir proche.

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