Égalités / Société

À Paris, pour les personnes handicapées, c'est marche ou crève

Temps de lecture : 4 min

[BLOG, You will never hate alone] Seules neuf stations du métro parisien sont accessibles aux personnes handicapées! Une infamie et une honte pour une ville qui prétend à l'universalité.

Comme si la vie ne les avait pas accablées suffisamment. | Eric Kilby via Flickr License by
Comme si la vie ne les avait pas accablées suffisamment. | Eric Kilby via Flickr License by

Paris, la plus grande ville du monde de l'univers de la voie lactée et du cosmos réunis. Paris, la ville que le monde entier consulte avant de prendre la moindre initiative. Paris, la destination favorite des millions de touristes qui chaque année viennent la visiter pour mieux la célébrer. Paris, la ville lumière avec sa plus belle avenue au monde. Paris et sa myriade de monuments plus prestigieux les uns que les autres. Paris, future cité olympique. Paris, son prestige, sa gloire, sa renommée internationale. Paris et sa tour Eiffel qui fait de l'ombre au soleil. Paris, Paris, Paris et ses 303 stations de métro dont seules neuf –neuf!– sont accessibles aux personnes handicapées.

Une honte. Un scandale. Une infamie.

Comment une ville aussi riche, aussi réputée, aussi fréquentée que Paris peut afficher un taux d'accessibilité aussi mesquin? Voilà une source d'interrogations dont je ne me lasse pas. Comment une métropole aussi peuplée que Paris, une cité aux mille visages, fierté de tout un pays, siège de notre représentation nationale, peut-elle accepter que des personnes handicapées se voient tout bonnement refuser l’accès à son moyen de transport le plus rapide, le plus populaire, le plus pratique? Comment?

Qu'on ne vienne pas me dire que les infrastructures sont vieillottes, qu'elles datent de plus d'un siècle, qu'elles croulent sous le poids de leurs années, autant d'assertions en soi parfaitement véridiques qui pourtant ne pèsent d'aucun poids face à ce véritable apartheid que doivent subir sans broncher les personnes handicapées vivant ou étant de passage dans la capitale.

Comment peux-tu te regarder dans le miroir, Paris?

Que sont-ce des millions, des milliards d'euros, quand il s'agit de faciliter l'accès aux transports en commun à des utilisateurs dont les circonstances de la vie les ont obligés à se déplacer en fauteuil roulant? Les personnes handicapées ne sont ni des voleurs à la tire, ni des terroristes, ni des citoyens de seconde zone; ce sont des personnes comme vous et moi qui participent à la vie de la cité, qui ont une vie sociale bien à elles, qui vivent pareillement que n'importe quel autre citoyen mais dont on complique la vie à outrance pour de sordides questions d'argent.

Un pays qui s'honore à raison d'être celui des droits humains, une ville qui a eu comme poètes Baudelaire et Apollinaire, une ville dont la seule évocation nourrit l'imaginaire de n'importe quel habitant de la planète, le royaume du luxe et d'un certain art de vivre, comment cette ville peut-elle se regarder dans le miroir quand elle méprise de la sorte les plus fragiles de ses habitants? Comment peut-elle à la fois prétendre à l'universel et se comporter d'une manière si scandaleusement inique vis-à-vis d'hommes et de femmes dont le seul tort, la seule faute est de ne pouvoir se déplacer sans l'aide d'un fauteuil roulant? Comment peut-elle chaque année se gargariser d'être l'une des villes les plus visitées au monde, et dans le même temps, laisser dans l'ombre celles et ceux qui ne demandent jamais rien et dont on piétine les droits élémentaires à longueur de temps?

Comme si la vie ne les avait pas accablés suffisamment. Comme si leur handicap subi, qu'il fut de naissance ou consécutif à un accident de la circulation, à une maladie, à un coup du sort, n'était pas en soi déjà assez pénalisant. Comme si ce n'était pas suffisamment pénible de vivre dans des logements bien souvent inadaptés à leurs besoins élémentaires, de se farcir des trottoirs qui sont autant de pièges parfois insurmontables, d'être toujours là à quémander une aide alors que leur souhait le plus cher est d'aller où bon leur semble, dans cette ville qui est la leur, et où pourtant tout semble leur dire qu'ils n'y sont pas les bienvenus.

Où est ton humanité, Paris?

On me dit que les bus, eux, sont équipés pour les recevoir. La belle affaire! Quand on sait la fréquence de leur passage, leur étroitesse, leur taille lilliputienne où les voyageurs passent la plus grande partie de leur trajet entassés comme des sardines, on imagine sans mal quel calvaire doivent vivre les personnes à mobilité réduite quand il s'agit de les emprunter. Sans parler du temps perdu dans les embouteillages, lorsqu'il faut parfois des heures à un autobus pour relier deux points de la capitale.

Car oui, figurez-vous que les personnes handicapées travaillent, qu'elles paient des impôts, qu'elles font même des enfants –quelle horreur!– qu'elles forment, elles aussi, le peuple de Paris, ce peuple qui dans son passé glorieux eut si soif d'égalité qu'il paya de son sang pour que les êtres humains vivent tous libres et égaux en droits. Où est ton humanité, Paris, quand tu condamnes un nombre conséquent de tes habitants à vivre dans le périmètre clos de leur quartier, condamnés à fréquenter, année après année, les mêmes artères, les mêmes avenues, les mêmes commerces, dans une réclusion forcée qui a un parfum de mort?

Paris, tu devrais avoir honte de toi.

Et tu organises les Jeux olympiques –vaste farce!– en dépensant des milliards et des milliards pour le seul plaisir d'être quinze jours durant le centre du monde. Quinze jours! Quitte à ce que la fête soit complète, envoie donc le temps des festivités ces gueux qui encombrent les trottoirs de leurs fauteuils disgracieux à la campagne, ou déporte-les en province, ils risquent de faire tâche dans cette grande fête de l'harmonie universelle.

Il sera toujours temps de les rapatrier pour les Jeux paralympiques, quand il s'agira de montrer au monde entier combien tu les portes dans ton cœur.

Écœurante hypocrisie.

Pour suivre l'actualité de ce blog, c'est par ici: Facebook-Un Juif en cavale

Newsletters

Violences faites aux femmes, il est temps de sensibiliser les hommes

Violences faites aux femmes, il est temps de sensibiliser les hommes

Ce problème de société reste tabou en France.

Le faux combat de l'écriture inclusive

Le faux combat de l'écriture inclusive

[TRIBUNE] Cessez de faire la guerre à la langue, elle ne vous a rien fait.

«Chanson Douce» réussit dans le portrait social où «Joker» a échoué

«Chanson Douce» réussit dans le portrait social où «Joker» a échoué

L'adaptation au cinéma du roman de Leïla Slimani exprime l'imminence d'une explosion de la société, dans ce qui ne peut plus être contenu sous la façade d'un visage avenant.

Newsletters