Société

«J’essaie de tout faire dans son sens même si je sais que je ne devrais pas»

Temps de lecture : 5 min

[C'est compliqué] Cette semaine, Lucile conseille Sonia, une femme qui peine de plus en plus à supporter l'attitude de son conjoint vis-à-vis d'elle.

«Lorsqu’on se dispute, il s’enferme dans la chambre, refuse de dîner à table avec nous, ce qui met une tension désagréable.» | Bernard Hermant via Unsplash License by
«Lorsqu’on se dispute, il s’enferme dans la chambre, refuse de dîner à table avec nous, ce qui met une tension désagréable.» | Bernard Hermant via Unsplash License by

«C’est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c’est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes. Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

Vous pouvez aussi laisser votre message sur notre boîte vocale en appelant au 07 61 76 74 01 ou par Whatsapp au même numéro. Lucile vous répondra prochainement dans «C'est compliqué, le podcast», dont vous pouvez retrouver les épisodes ici.

Et pour retrouver les chroniques précédentes, c’est par là.

Chère Lucile,

J’ai besoin d’un regard extérieur sur la relation que je vis avec mon conjoint.

Nous sommes ensemble depuis deux ans, et vivons ensemble depuis an an. Nous avons dix ans d'écart, je suis l’aînée. Cela ne choque personne car je ne fais pas du tout mon âge. Avant lui, j’ai été mariée pendant seize ans, avec une personne assez toxique, pas très bienveillante pour moi. Lui a eu une histoire assez sérieuse pendant deux ans et après plus rien, de son choix.

Mes enfants s’entendent bien avec lui mais lorsqu’il a des accès de colère, il peut devenir verbalement très violent, insulter, balancer des objets… quoiqu’à la dernière dispute, il s'est contenté d’un «dégage» car il m'a promis d’arrêter de m’insulter comme il le faisait. Le souci, c’est que pour lui, toutes les disputes sont de ma faute ou presque. Que s’il en vient à ça, c’est que c'est moi qui ai démarré les problèmes.

Il me reproche d’être trop proche de mes filles, de vouloir trop les voir (elles ont leur propre logement, je les vois une fois par semaine mais leur parle par message régulièrement). Il se plaint que je fais «ma vie» alors que pourtant, j’essaie de tout faire dans son sens même si je sais que je ne devrais pas. Il peut être adorable, mais parfois il se met en colère pour des choses qui ne me paraissent pas graves.

S’il a décidé où qu’on soit, que là, il fallait partir, alors on part. Dans l’autre sens, je ne suis pas sûre qu’il le ferait si je lui demandais. On a rencontré un couple très sympa, on s’était engagé à les inviter de nouveau, mais finalement, il ne veut pas car il préfère l’improviste… du coup, on reste entre nous.

Il m’a fait à moi et à mon fils une réflexion que je n’ai pas appréciée du tout et je le lui ai dit. Un ami à lui est arrivé chez nous alors que je finissais de faire réviser une leçon à mon fils (il restait trois lignes) et on est venu pour dire bonjour. Et là, devant son pote, il nous a sorti: «C'est maintenant que vous venez dire bonjour?».

Je l’ai mal pris de me faire afficher ainsi, car en plus je ne suis pas une personne malpolie. Du coup, j’ai été très froide au repas (je sais, c’est pas bien) et fait la conversation (très banale) à son pote.

Mon conjoint m’a dit que je l’avais humilié devant son ami à ne pas lui parler, que c'est la dernière fois qu’il amenait un pote à la maison, etc.

Ah et pour finir, lorsqu’on se dispute il s’enferme dans la chambre, refuse de dîner à table avec nous, claque volontairement les portes, ce qui met une tension désagréable.

Je sais bien que je peux me montrer froide, mais de là à dire que c’est de ma faute... À chaque dispute, il remet notre relation en doute et en vient presque à vouloir arrêter. J’essaie de dédramatiser mais excusez-moi l’expression, il fait la gueule à rallonge, ça dure deux ou trois jours et à ce moment-là, ce n’est même plus pour le sujet de dispute et il en rajoute sur tout.

Pouvez vous me dire ce que vous en pensez?

Sonia

Chère Sonia,

Je vais être très claire avec vous: les réactions de votre conjoint sont inadmissibles. Ce que vous me décrivez relève de la maltraitance. Vous savez, la violence n’est pas que physique. Il ne suffit pas que votre conjoint lève la main sur vous pour que vous puissiez le considérer comme abusif. La violence, et ce que vous me décrivez en fait partie, est aussi verbale et psychologique. Cette homme ne vous respecte pas. Peu à peu, il vous oblige à trouver des parades pour limiter ses colère. Vous adaptez votre comportement comme on pourrait le faire en milieu hostile. Vous partagez votre espace, et celui de votre fils, avec une bête sauvage qui vous fait du mal.

Vous aurez sûrement l’impression que j’exagère. Mais j’utilise volontairement ces mots pour réveiller chez vous le doute. La prochaine fois qu’il aura une de ces phrases blessantes, qu’il vous dévaluera, qu’il aura un geste de colère, pensez à mon indignation. Pensez que quelqu’un, même lointain, vous a dit que tout ça n’était pas admissible. C’est même interdit par la loi, vous savez. Vous avez déjà le droit de porter plainte pour tout ce qu’il vous fait. Vous pouvez déjà demander de l’aide à l’extérieur, par exemple à des associations comme le groupe F qui se préoccupe des violences faites aux femmes.

Votre conjoint n’est pas juste un peu soupe au lait. Vous n’avez rien fait qui justifie ce comportement au quotidien. Vous n’avez pas à adapter votre façon de parler ou de vous comporter pour «ne pas lui faire honte». Vous n’êtes pas un faire-valoir. Et, à plus forte raison, vous n’êtes pas un punching-ball émotionnel.

Cet homme a clairement du mal à gérer sa colère et sa frustration. Il peut aussi se faire aider pour ça, même si je doute qu’à ce stade il puisse entendre ces faits.

Vous, par contre, vous pouvez, vous devez, trouver de l’aide. Avec un homme comme ça, votre monde finit par se rétrécir. Vous-même vous rétrécissez… jusqu’à ne plus exister. Vous n’avez plus de liberté, d’opinion, vous n’avez plus d’amis, plus de vie sociale. Il devient votre soleil. Et c’est ainsi que ce type d’hommes pérennisent leur emprise: il n’existe plus rien d’autre qu’eux. Vous finirez par devoir essayer de lui plaire à tout prix pour éviter sa colère. Mais, Sonia, sa colère ne s’éteindra jamais. Elle n’a rien à voir avec vous. C’est lui le problème.

J’espère que vous entendrez mes mots. Que vous entendrez mon inquiétude, pour vous et pour vos enfants. J’espère planter une graine dans votre esprit, qui poussera à sa vitesse et vous donnera le courage un jour de vous extraire de cette situation toxique. Vous pouvez reprendre votre liberté, Sonia. Elle vous appartient.

Lucile Bellan Journaliste

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