Santé / Monde

Homme libre, toujours tu chériras le cannabis

Temps de lecture : 3 min

[Blog, You will never hate alone] À partir de mercredi, le Canada autorisera la vente libre de cannabis. Une révolution métaphysique qui changera, à coup sûr, le visage du Canada et celui de l'humanité toute entière.

La Cannabis Culture-Vancouver Global Marijuana March 2015 - by Jeremiah Vandermeer | Cannabis Culture via Flickr CC License by
La Cannabis Culture-Vancouver Global Marijuana March 2015 - by Jeremiah Vandermeer | Cannabis Culture via Flickr CC License by

Le Canada en a rêvé, Trudeau l'a fait. Oui, à partir de mercredi, ce fol espoir, ce doux rêve d'acheter, de consommer, de produire du cannabis en toute légalité, deviendra enfin réalité. Après des années et des années de querelles stériles, d’atermoiements sans fin, de renoncements honteux, le Canada, terre du multiculturalisme et du sirop d'érable, de la chemise à carreaux et de la divine poutine, accédera à la dernière conquête de l'humanité, l'ultime horizon dont rêvait déjà l'homme préhistorique dans sa caverne froide et lugubre, la dernière pierre d'achoppement qui manquait aux grandes révolutions des temps jadis, j'ai nommé la fumette pépère d'une tige de marijuana.

C'est un petit pas pour le Canada mais un grand pas pour l'humanité.

Le pays est prêt, fin prêt.

On ne compte plus les boutiques, officines, échoppes, qui alignent leurs devantures à chaque coin de rue, dans cette expansion du commerce qui n'est pas sans rappeler les heures glorieuses de la libération de la pensée quand apparut, parmi bouchers et charcutiers, épiciers et merciers, un foisonnement de librairies et de bibliothèques qui permirent à chaque citoyen de léviter dans les hautes sphères de la philosophie.

Le livre a passé, l'herbe a triomphé, l'avenir est assuré.

Il règne dans les provinces du pays comme un doux parfum d'euphorie et chacune, selon ses traditions, ses rites et ses coutumes, se prépare à cette grande fête de la liberté si chèrement conquise lorsque n'importe lequel de ses habitants pourra, quand bon lui semble, au retour du travail ou après une bonne partie de curling, rentrer dans la première boutique venue et en ressortir, le panier garni de quelques grammes de cannabis qu'il s'en ira fumer, selon les lois en vigueur, dans la rue, parmi quelques parcs verdoyants, au beau milieu de la solitude de son logis, libre, enfin libre, libre de se prendre des fous rires à toute heure de la journée, libre de s'évader au moment où il le souhaite, libre d'être libéré, libre d'être libre, libre, libre, libre!

Homme libre, toujours tu chériras le cannabis.

Fini les coups de fil foireux à un vendeur interlope, les promenades dangereuses dans des impasses louches, les rendez-vous au fond de tripots illégaux, désormais on fumera en famille –enfants exceptés– au grand air, en toute décontraction, sous le regard bienveillant de policiers amènes qui vous donneront de grandes tapes fraternelles dans le dos, soulagés qu'ils seront de ne plus avoir à traquer des trafiquants véreux dont le vice allait jusqu'à proposer leurs marchandises interdites dans le cœur même de nos cités.

Car –du moins si le propriétaire l'autorise– c'est bien chez soi, au cœur même de sa maison, entre la cuisine et la salle de bains, juste au niveau de la remise à provisions, au-dessus de la litière du chat et de la planche à repasser, au vu et au su de toute la rue, qu'on s'en ira bichonner ses plants de cannabis comme autrefois ses herbes aromatiques, avec l'attendrissement du jardinier qui de trois fois rien parvient à arracher à la terre nourricière de quoi nourrir nos ventres et nos âmes.

Surtout nos âmes d'ailleurs car qui n'a jamais goûté au cannabis ne saurait dire «Homme, je te sais, homme, je te connais» tant c'est par la seule consommation de cette substance divine qu'on parvient à s'arracher de la pesanteur terrestre pour atteindre ces régions inexplorées où le génie humain peut enfin s'exprimer, sans contrainte, dans cet éblouissement de l'esprit créateur qui, face au monde, face aux mystères de l'univers, face à Dieu même, s'émancipe de lui-même et connaît l’extase, le ravissement, l'élévation infinie de l'âme capable de mille voyages sans même avoir à bouger son cul du canapé.

Tout comme la découverte du feu, puis plus tard de la roue, la consommation autorisée du cannabis permettra à l'homme, après tous ces siècles d'asservissement, d'embrasser les champs infinis de la connaissance, de permettre à chacun d'entre nous –peu importe son rang, sa condition, son taux d'imposition– d'être son propre poète quand, inopinément, en voyant une fourmi gambader sur le dos de la pomme qu'il s'apprête à manger, il pourra s'exclamer: «Ce n'est point une fourmi que je vois là, c'est l'esprit même de l'homme qui gravite sur les rondeurs de son infinie altérité».

Oui, cette avancée spectaculaire de l'homme révélé à lui-même, c'est au Canada qu'on le doit. Le Canada, terre de grizzlis et de deux langues officielles, pays parcouru de plaines et de montagnes, contrée qui chemine d'un océan à l'autre, accomplit ce vieux rêve de l'homme depuis qu'il a vu le jour: se prendre pour un éléphant rose et pisser au vent, secoué de rires intergalactiques.

On ne le remerciera jamais assez pour cette inestimable conquête.

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Laurent Sagalovitsch romancier

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