Sciences

Non, vous n'êtes pas «juste mauvais en maths»

Temps de lecture : 2 min

Les bons matheux n'ont pas la science infuse: ils travaillent, et sont sans doute encouragés à le faire.

Nikolaï Bogdanov-Belski, Calcul mental, 1895 | via Wikimedia Commons

C'est à peu près au niveau du collège que cette théorie pernicieuse commence à se développer: il y aurait des «bons en maths», et des «mauvais en maths». Pas simplement des élèves avec de bons résultats et d'autres moins heureux, mais des gens «naturellement doués». Et par revers, de petits malchanceux que la nature aurait moins bien doté, voire carrément oublié.

Prophétie autoréalisatrice

Cette idée d'une capacité innée et décisive est autodestructrice, et relève surtout de la prophétie autoréalisatrice. Certes, il y aura toujours des petits génies pour alimenter la croyance en un talent infus, et justifier les complexes. Mais un étudiant n'a pas besoin de rivaliser avec Einstein ou Terence Tao pour réussir brillamment sa scolarité et sa carrière.

Miles Kimball et Noah Smith, professeurs d'économie et de finance à l'université du Michigan et à l'université de Stony Brook, ont fini par dégager de leurs années d'enseignement des mathématiques un schéma qui se répète:

Au départ, différents enfants, avec différents niveaux de préparation, se retrouvent dans une même classe de mathématiques. Certains d'entre eux ont bénéficié depuis leur jeune âge d'un entourage (parents) qui les a initiés aux mathématiques, d'autres pas. Lors des premiers tests, les premiers sont gratifiés de notes excellentes, quand les seconds, non préparés, obtiennent seulement ce qu'ils peuvent comprendre depuis leur récente initiation (peut-être 80 ou 85%, estiment les professeurs).

«Les enfants non préparés, ne se rendant pas compte que les meilleurs étaient bien préparés, supposent que c'est la capacité génétique qui détermine les différences. Décidant qu'ils ne sont “simplement pas des matheux”, ils ne se donnent pas à fond dans les classes suivantes, renforçant ainsi l'avantage des premiers», écrivent Kimball et Smith.

Inégalités sociales, inégalités de genre

Cette méprise sur la cause première contribue ainsi à entériner des différences qui n'étaient que conjoncturelles, et qui deviennent de plus en plus difficiles à surmonter à mesure que le temps passe.

Les travaux de psychologues comme Lisa Blackwell, Kali Trzesniewski et Carol Dweck, menés auprès d'élèves issus de milieux défavorisés tendent à montrer qu'une fois que les étudiants sont assurés que l'intelligence est malléable et peut se développer avec du travail, leurs performances tout comme leur estime de soi augmentent considérablement.

Dans une étude publiée en 2010, des chercheurs américains pointaient le fait que cette croyance en une capacité innée pouvait expliquer en grande partie l'inégalité en mathématiques entre les hommes et les femmes.

Dire qu'il s'agit donc simplement de «travailler avec plus d'acharnement» n'est pas une solution: ce serait ignorer les déterminismes sociaux et culturels qui pèsent sur les moyens matériels comme sur les représentations dont les élèves disposent et qu'ils reprennent à leur compte.

Slate.fr

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