Culture

Jenny Saville, monumentale, artiste vivante la plus chère au monde

Temps de lecture : 2 min

Sa toile «Propped» vient d'être vendue à Sotheby's pour 10,81 millions d'euros.

Détail de l’œuvre de Jenny Saville, Interfacing, 1992 | Carl Court / AFP
Détail de l’œuvre de Jenny Saville, Interfacing, 1992 | Carl Court / AFP

Il faut s'être retrouvé au pied d'un Jenny Saville pour mesurer ce que cela signifie que la grandeur. Monumentales, ses toiles ne le sont pas que de taille: elles le sont d'abord par les corps qui s'y déploient, présentés dans leur pure matérialité.

Depuis la vente aux enchères de la collection David Teiger à Sotheby's Londres, vendredi 5 octobre, c'est aussi leur prix, qui est devenu monumental: adjugée à 9,5 millions de livres, soit 10,81 millions d'euros, la peinture Propped, réalisée en 1992, vient de consacrer Saville comme l'artiste femme vivante la plus chère au monde.

L'œuvre, initialement estimée à 4 millions de livres (4,55 millions d'euros), a été arrachée au téléphone par Helena Newman, la présidente de Sotheby's Europe, au terme d'une vigoureuse bataille de surenchères l'opposant notamment à Lisa Dennison, son homologue responsable de Sotheby's en Amérique du sud et du nord.

De la chair à la toile

C'est en 1993 que Jenny Saville est repérée par le collectionneur et marchand d'art Charles Saatchi, qui l'invite alors à exposer dans sa galerie. Elle y ramène donc ses grands nus, qu'elle continuera à peindre, avec autant d'intensité que de précision.

Rapidement, elle rejoint le mouvement des Young British Artists, émergé à la fin des années 1980, autour desquels gravite Saatchi et parmi lesquels on retrouve Rachel Whiteread, Tracey Emin ou encore Damien Hirst. La reconnaissance est unanime.

Les toiles de Saville sont des surfaces de chairs, où s'étendent des corps féminins et obèses, morbides, mais non moins puissants. Saville peint les femmes telles qu'elles ne peuvent pas être, mais telles qu'elles sont, aussi. Elle maltraite la peinture comme la chair est maltraitée, faisant des va-et-vient entre la figuration la plus crue et l'abstraction la plus poussée: celle qui décompose son objet, l'ayant approché de trop près.

Corps à corps

Féministe, elle l'est dans sa représentation des corps, émancipés de toute injonction normative. On voit parfois sur ses figures les marques qui voudraient redessiner les contours d'une nouvelle silhouette, soumise au scalpel de la chirurgie esthétique (Plan, 1993). Mais ses corps, toujours en excès, cassent la logique du beau et du laid: ils nous restent émouvants.

Elle a peint beaucoup, photographié un peu, résisté toujours. Dans son travail apparaissent ceux qui n'ont pas droit à l'image; ceux dont l'image nous fait détourner les yeux. Corps obèses, corps trans, corps mourants, corps accouchants, corps à corps... Monumentales, ses toiles nous y confrontent: on les croyait terribles, elles sont, finalement, apaisantes.

L'autoportrait hante son œuvre, et l'on retrouve des avatars de l'artiste dans nombre de ses toiles, un peu comme Francis Bacon se défigurait au fil des siennes. La filiation est d'ailleurs assumée, de même que l'on retrouve sous les traits de Saville un peu de Rembrandt, de Soutine ou de Lucian Freud. Avec Torso II (2004-2005), elle reprenait aussi le fameux motif du bœuf écorché, s'inscrivant dans la longue tradition des vanités.

Si le Balloon Dog (Orange) de Jeff Koons, vendu en 2013 à 58,4 millions de dollars (soit 50,66 millions d'euros) détient à ce jour le record des ventes pour l'artiste masculin vivant, l'œuvre de Jenny Saville est déjà bien, bien au-delà.

Léa Polverini Journaliste

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