Santé / Société

La pilule ne fait pas grossir mais transforme le corps

Temps de lecture : 2 min

En cause, une plus grande difficulté à prendre du muscle, la répartition de la graisse et la rétention d'eau.

Les demoiselles d'Avignon, Pablo Picasso | History Stack via Flickr CC License by
Les demoiselles d'Avignon, Pablo Picasso | History Stack via Flickr CC License by

Classe de terminale, ma médecin me prescrit la pilule contraceptive, une «micro-dosée» pour limiter les effets secondaires; six mois plus tard, mon corps a changé et mes formes sont beaucoup plus généreuses. Je blâme la pilule et cesse de la prendre, sauf que je ne maigris quasiment pas. La prise de poids potentielle est pourtant l'un des premiers effets secondaires listés sur les emballages.

La science me donne tort. Il n'y a toujours pas de preuves que l'effet secondaire advienne. Une méta-analyse de quarante-neuf études sur la pilule conclut qu'«aucun effet important n'est manifeste» sur le poids et ce, peu importe les combinaisons d'hormones qui la composent.

Maria Gallo, endocrinologue de l'université d'Ohio, co-autrice de l'étude, pense que cette croyance vient d'un biais humain appelé «apophénie»: quand on voit des rapports entre les choses là où il n'y en a pas. C'est le même phénomène qui nous fait voir des figures dans les nuages. L’endocrinologue ajoute qu'en moyenne, les femmes prennent un demi-kilo par an à partir du début de l'âge adulte, ce qui coïncide avec la prise de la pilule contraceptive.

En réalité, le corps se transformerait plus qu'il ne prend du poids.

Moins de muscles

En 2009, Steven Reichman, physiologiste du sport, a mis au sport intensif un groupe d'hommes et femmes pendant dix semaines et constaté que les femmes sous pilule avaient gagné 40% de muscles en moins que celles qui ne prenaient pas ce contraceptif.

Certes, les hommes sont en moyenne naturellement plus musclés –38% de masse musculaire contre 31% pour les femmes– car ils ont plus d'hormones anaboliques qui ordonnent au corps de faire du muscle, notamment grâce à un stéroïde appelé DHEA. Quand les femmes sont sous pilule, leur niveau de DHEA diminue. Mais ce pauvre gain en muscles ne concerne pas toutes les femmes qui prennent la pilule, uniquement celles avec un certain type de progestérone. Sur le pourquoi du comment, rien de sûr en revanche.

Plus de formes

Selon une autre étude citée par la BBC, la pilule influence aussi les changements de formes: à la puberté, oestrogène et progestérone ont une incidence sur le corps –hanches plus larges, poitrine croissante– car ces hormones modifient la répartition de la graisse dans le corps. En augmentant la dose d'hormones ingérées, la graisse se répartit donc différemment.

Enfin, les gonflements et ballonnements liés à la pilule pourraient donner l'impression d'une prise de poids. Les oestrogènes affectent eux la métabolisation de l'eau par le corps en influençant la production de certaines protéines par les reins. Le corps retient plus de fluides qui coulent ensuite dans les cellules graisseuses, les faisant gonfler. Comme les femmes stockent plus dans les seins, les hanches et les cuisses, ces zones peuvent être celles qui s'étendent le plus.

Tous ces effets hormonaux peuvent également toucher celles qui ne sont pas sous pilule pendant la semaine avant les règles mais dans de moindres proportions car l'oestrogène synthétique est six à dix fois plus puissante que la naturelle et la prise quotidienne induit des niveaux d'hormones plus constants.

Beaucoup de femmes rapportent une augmentation de la taille de leur poitrine, mais très peu d'études se sont penchées sur le sujet. Dans les années 1990, des scientifiques suédois ont montré que les femmes avec de plus grosses poitrines avaient plus de risques d'avoir un cancer du sein. En même temps, ils ont constaté que les femmes sous pilule avaient de plus grosses poitrines que les femmes anciennement sous pilule ou qui ne l'avaient jamais prise. En revanche, les scientifiques n'ont pas tranché sur les raisons: les hormones ou la rétention d'eau?

Slate.fr

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