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Les fascistes se nourrissent de la souffrance de Patrick Jardin et d’autres

Temps de lecture : 28 min

Le terrorisme, le deuil, la peine de Patrick Jardin, ne sont qu’une déclinaison du drame du mépris.

Il avait subi l’abominable, et cet abominable avait exacerbé ses ressentiments. | Sholto Ramsay via Unsplash License by
Il avait subi l’abominable, et cet abominable avait exacerbé ses ressentiments. | Sholto Ramsay via Unsplash License by

J’ai fini par parler avec Patrick Jardin, dont la fille Nathalie est morte il y a trois ans dans l’attentat du Bataclan. Il fallait que nous discutions: au nom de son malheur, j’étais, depuis plusieurs jours, insulté et menacé dans le chaudron méphitique de Twitter par des légions de possédés qui m’accusaient d’avoir profané sa peine, et cette histoire oscillait entre l’absurde et l’inquiétant.

J’avais pour cet homme, sans le connaître autrement que par quelques lectures, la sympathie que m’inspirent les endeuillés, doublée d’une sidération devant la haine qu’il revendiquait contre les assassins de sa fille –comment ne pas l’admettre–, contre «les islamistes» et leurs complices, et bien au-delà encore… Jardin m’avait traité de «collabo» de l’islamisme dans un tweet que reprenaient fascistes et allumés. Cette insanité était-elle acceptable, au prétexte qu’elle venait d’un homme endolori? Il était aussi le père inconsolable de Nathalie, dont il continuait à payer l’abonnement téléphonique, trois ans après sa mort, simplement pour entendre le son de sa voix sur son répondeur, et cela m’interdisait le simple jugement.

J’ai appelé Patrick Jardin sur son portable. Il m’a rappelé, son numéro était masqué. Il était en vacances au Portugal. Notre échange fut agréable, une fois dissipées les prudences et retrouvée la bonne foi.

– Patrick, des milliers de gens sont en train de m’insulter à cause de vous, que fait-on de ça?
– Moi, je n’ai insulté personne. Mais j’ai été traité de facho…
– Je ne vous ai pas traité de facho. Mais vous, Patrick, vous m’avez traité de collabo!
– Pour moi, ceux qui ne s’opposent pas à l’islamisme sont des collabos. Je ne vous connais pas, mais je me suis renseigné, je vous ai lu. Vous faites bien partie des gens qui pensent que l’islam doit s’installer dans le pays? Moi, je veux m’opposer à l’islamisme qui va nous dominer.
– Je pense qu’il faut calmer le jeu, parce qu’on va à la catastrophe et à la guerre civile…

Il était d’accord avec ça. Il s’était opposé au concert que devait donner au Bataclan le rappeur Médine (havrais, social et radical, musulman, barbu et pourfendeur de la laïcité). Il avait même été l’étendard de ce refus, comme père de victime du terrorisme. Il avait gagné, Médine ayant renoncé au concert. Patrick Jardin, dans son combat, était au coude-à-coude avec des personnages moins émouvants que lui: les islamophobes rabiques Christine Tasin et Pierre Cassen, de Riposte laïque, l’écrivain Renaud Camus, mage du «grand remplacement». «Si vous vous promenez avec Tasin et Camus, franchement, ça fait vraiment facho, je suis désolé», dirai-je (amusé, moqueur) à Jardin à la fin de notre conversation. Mais pendant cette guerre, il s’était fait peur.

«J’avais préparé des bus. Nous devions monter à Paris, de toute la France, nous aurions été plus de 8.000 devant le Bataclan, le 19 octobre, contre le concert de Médine. À un moment, je me suis dit que ça allait finir dans un bain de sang, et juste à cet endroit. Je ne voulais pas de ça. Heureusement, la direction du Bataclan a renoncé.»

Sur les chemins de la colère

J’imaginais (moi dans un café du centre de Paris, lui quelque part au Portugal) ce que vivait cet homme, victime deux fois, trois fois, ce qu’il s’infligeait, ce qu’on lui avait infligé. On avait tué sa fille, et ensuite, il s’était pris pour ne pas mourir dans ces prophéties d’apocalypses que d’autres véhiculent, paranoïaques idélogiques ou simples manipulateurs, et leurs contes sont repris par des hommes et des femmes qui ont des raisons d’avoir peur, ou même sans raison. Jardin reprenait sur Facebook les publications des extrêmes droites les plus bornées, s’indignait avec le fasciste breton Boris Le Lay d’une accolade donnée par Emmanuel Macron à un jeune Antillais, grimait Alexandre Benalla en «Y’a bon Benalla», ou justifiait le racisme, si celui-ci consistait à protéger «sa culture ou sa région». Je ne l’en tenais pas vraiment responsable. Il véhiculait les miasmes d’un milieu idéologique que la détresse lui avait amené.

«Je suis soutenu sur les réseaux sociaux, parce que je suis le seul à m’opposer à l’islamisme», me disait Patrick Jardin. Sa fille morte, il voulait stopper la dérive. Il me disait que, Jean-Claude Gaudin quittant la mairie de Marseille, «il y a de bonnes chance qu’un imam prenne sa place, comme à Londres, où le maire est un musulman radical». Il me disait d’aller voir, sur internet, comment à Barcelone, en 1973, les pays européens avaient vendu l’Europe à l’islam, ouvrant nos territoires aux immigrés et à leurs mœurs (c'est l’interprétation, à l’extrême droite, du dialogue euro-arabe ouvert sous Pompidou). Je protestais, en essayant de ne pas incarner l’arrogance de ceux qui savent, de réfuter le propos sans le blesser, lui. Un imam maire à Marseille, cela n’existait pas. Je cherchais les liens pour trouver la source de cette affaire de Barcelone. Je l’écoutais. Je l’interrompis un instant.

«Patrick, est-ce que je peux raconter notre conversation, si j’écris sur notre histoire?»

Il était d’accord et me demanda de lui envoyer le texte. J’acquiesçai. Je voulais comprendre cette histoire étrange, triste avant tout, dont je suis un prétexte et un témoin. Elle raconte à quel point nous allons mal.

J’ai découvert Patrick Jardin dans un portrait du Monde publié en ligne vendredi matin, le 28 septembre. Je ne savais rien de lui auparavant. Je suis, par profession, en charge de la revue de presse sur France Inter. Ce vendredi, ce que je lis de Jardin m’intéresse et m’émeut. Il est, lis-je, l’anti-Antoine Leiris, ce veuf du Bataclan qui promettait aux bourreaux qu’ils n’auraient ni sa haine, ni celle de son enfant. Jardin, «ce fort en gueule taillé à la Gérard Depardieu», revendique au contraire cette haine dans un deuil impossible. Il remue archives et photos de l’attentat, et se noie dans le manque de sa fille, dont il dut reconnaître le corps derrière une vitre «sans même pouvoir lui faire un bisou».

Il erre depuis sur les chemins de la colère, et est devenu un personnage, une icône et un compagnon de route des extrêmes droites, des honorables Le Pen et Dupont-Aignan jusqu’à un groupuscule attrapé par la police sur le chemin du terrorisme, l’Action des forces opérationnelles, (AFO). Le Monde le décrit comme «paré pour un conflit identitaire. “Si les Arabes commencent à foutre le bordel dans la rue, moi, j’ai des amis qui n’attendent que ça”», et en même temps dans un désarroi émouvant. J’ai, par le passé, beaucoup fréquenté le peuple de l’extrême droite, tellement étranger à ma France et à mes évidences. J’en ai fait jadis un livre, Voyage au bout de la France, de rencontres et de disputes, qui est parfois tendre et parfois atterré. J’ai mesuré alors comment le désarroi se greffait sur les pires discours de haine. Avec Jardin, je suis à nouveau dans ce voyage, cet homme m’est familier, et l’article du Monde vaut le détour.

Le shitstorm se lève

Au matin du vendredi 28 septembre, je signale donc son portrait dans la revue de presse. J’en dis ceci: «Le Monde raconte Patrick Jardin, dont la fille Nathalie fut tuée au Bataclan et qui s'abandonne à la haine et la revendique et est devenu un personnage fétiche de l'extrême droite, à l'opposé des victimes de bon sentiments... On ressent pour cet homme, grande gueule à la Depardieu, qui fouille photos et archives pour savoir ce qui est arrivé à Nathalie, la sympathie désespérée qu'inspirent ceux qu'on ne sait pas aider». Routine matinale, je poste ensuite par morceaux ma chronique sur Twitter.

La tempête se lève alors. Elle me surprend dans un premier temps par sa violence, puis par sa permanence. Ensuite, je la comprendrai. Elle souffle encore au moment où j’écris, donc mardi matin, 2 octobre. Ce qui, pour un shitstorm, est appréciable. Je prends cher.

«Triste sire sale ordure immonde connard pauvre type salaud sombre merde grosse merde trou du cul» je suis, «bobo» ou «journaliste sioniste qui soutient un gouvernement national-socialiste israélien» et qui bafoue la douleur d’un père et la mort de sa fille, on me souhaite d’être viré de mon boulot et qu’il arrive malheur aux miens, pour que je comprenne. «J’aimerais vous souhaiter que la petite fille que je vous ai vu nourrir au biberon il y a deux ou trois ans subisse dans quelques années le sort de Nathalie Jardin», écrit un citoyen qui signe de son nom et expose sa photo. Le reste est à l’avenant.

C’est un déferlement sordide et parfois drolatique, quand l’idéologue mariniste Jean Messiha, en verve cette fin de semaine («gauchisme journalistique», «putréfaction idéologique»), mais qui a raté le début du film, fait de moi l’inspirateur de l’article du Monde que j’avais simplement indiqué aux auditeurs. Peut-on sourire? La bouffonnerie des braillards ne doit pas masquer leur audience. Mes consœurs du Monde, autrices du portrait (sensible et sans mépris, j’insiste) de Patrick Jardin, prennent leur part d’opprobre, et Marine Le Pen elle-même les expose à son public.

L’absurde de la situation finit par me déprimer. Ni Le Monde, ni moi, n’avons insulté Patrick Jardin, mais au contraire souligné son humanité blessée. Ni Le Monde, ni moi, ne lui avons prêté quelque acte ou quelque pensée qu’il n’exprime, volontiers, dans ses interventions. Ni Le Monde, ni moi, n’avons chargé sa barque, tant ses posts Facebook sont ceux d’un authentique extrémiste. Ni Le Monde, ni moi, n’avons inventé le soutien des extrêmes droites à cet homme endeuillé: le soutien se prouve et s’exprime dans l’avalanche de tweets contre les «merdias», coupables d’avoir rendu compte d’une vérité que nul pourtant ne masque.

Nul ne lui avait porté le moindre intérêt

Patrick Jardin revendique sa haine, mais ses partisans haïssent des journalistes pour l'avoir répété. Patrick Jardin est aimé de l’extrême droite et parle comme elle, mais la fachosphère s’enflamme que cela soit écrit. Elle veut à la fois que cet homme soit son étendard, mais ne supporte pas qu’on le constate. Il se joue quelque chose au-delà de la logique. Ces gens sont fous, mais ils sont nombreux, et leur violence même et cette folie méritent attention. La haine est un sujet politique, comme l’humiliation. S’ils me haïssent, s’ils nous haïssent, en dépit même et au contraire de ce que nous écrivons, il faut encore mieux tendre l’oreille, faire abstraction des beuglements, et contempler le gouffre.

Il faut, alors, bien entendre ce que dit Patrick Jardin.

Dans la journée de lundi 1er octobre, il m’avait accusé, sur Twitter, d’être l’auteur d’une faute professionnelle, puisque j’avais «fait un reportage» sur lui sans le rencontrer.

On était à ce stade dans une irréalité complète. Ce post a relancé l’ire de Twitter et m’a décidé à l’appeler. C’était la meilleure chose à faire. Patrick Jardin avait vécu cette histoire dans un brouillard parallèle au mien. Il n’avait, évidemment, pas entendu ma revue de presse, ni même n’avait compris qu’il s’agissait de cela. Il n’avait pas non plus lu l’article du Monde, le vendredi de sa sortie. Il s’était réveillé, si j’ose dire, sous l’avalanche de tweets incendiaires, accusant le journal et moi-même de l’avoir insulté. «Je n’étais au courant de rien, et je recevais des centaines de messages de soutien.» Comment ne pas croire tous ces gens qui volaient à son secours? Patrick Jardin s’est donc admis insulté, puisqu’on le lui disait. La fachosphère, terme générique, s’étant déclenchée en meute contre les journalistes, avait conditionné son héros. Il tweeta alors, rallumant les feux des autres, finalement les siens.

Il finit par lire l’article du Monde, que mes consœurs lui envoyèrent. Je n’ai pas l’impression qu’il y trouvait encore grand-chose à redire, quand nous nous sommes parlé, si ce n’est un détail, crucial mais non politique. Il n’avait pas été arbitre de football «de haut niveau amateur», mais joueur «en troisième division à Dieppe», me dit-il. Ces scories, ami lecteur, amie lectrice, font partie de notre métier. Comme on se parlait, il voulait aussi préciser quelque chose. Il avait bien, un jour, traité un adversaire de «sale Nègre». Mais l’autre l’avait insulté auparavant, ce sont des choses qui se passent sur le terrain, et «je l’avais regretté aussitôt, je m’en étais voulu, mon fils était avec moi sur le terrain…». Il jouait au foot, Patrick, avec des copains arabes, qui s’adonnaient comme lui aux agapes d’après-match, vivant comme tout le monde, ce qui, dans une France islamisée, bientôt ne serait plus possible.

De la France convenable, il n’avait reçu que le silence, et donc le mépris.

Patrick Jardin m’était décidément familier. J’en avais connus tant d’autres, que la vie irritait et qui s’aventuraient parfois hors d’une bonhommie non feinte, pour mettre un pied dans l’odieux, en revenir, et vivre leurs colères sans perdre la civilité; de braves gens, proie des extrémistes, qui pouvaient résister ou s’abandonner, et restaient de braves gens au fond après l’abandon. Patrick m’était familier, mais il portait autre chose. Lui avait subi l’abominable, et cet abominable avait exacerbé ses ressentiments. Il avait fouillé internet à la recherche des causes de la mort de sa fille. Il avait trouvé un continent d’explications. Tout venait de nos abandons culturels et du djihadisme. Nous avions laissé faire. Il mettait le holà. Il était celui qui disait stop. Il était là pour que personne ne subisse le sort de Nathalie, et que le pays ne glisse plus vers l’islamisme.

«Le pays a changé, c’est évident, lui disais-je. Mais ce qui est arrivé à votre fille n’en découle pas mathématiquement. Nous combattons le terrorisme, nous faisons la guerre, nos services secrets travaillent…»

Il balaya. Les autorités communiaient dans la passivité, organisaient la défaite dans des gentillesses nationales, dépôts de gerbes et de peluches, et discours de vivre-ensemble quand il faudrait se battre. Qui l’entendait? Il avait contacté les candidates et candidats à la dernière présidentielle. Nul ne lui avait porté le moindre intérêt, hormis Le Pen et Dupont-Aignan. Il aurait bien voulu que d’autres le reçoivent. Je ne suis pas un facho, insistait-il. Mais de la France convenable, il n’avait reçu que le silence, et donc le mépris.

A-t-il tort, Patrick Jardin, et ont-ils complètement tort, ceux qui haïssent en son nom et son prétexte, et ont enragé que le Monde, puis moi, évoquions sa haine? Ils nous devinent, les lycaons idéologiques, ils nous spéculent comme un groupe hostile et indifférent, étranger à leurs colères. Le terrorisme, le deuil, la peine de Patrick Jardin, ne sont qu’une déclinaison du drame du mépris. Ils savent que nous préférons, dans nos colloques et sur nos plateaux, inviter et admirer des personnages de bonne volontés, édifiants d’amour ou de pardon, qui construisent un avenir soutenable. Face au djihadisme, nous réaffirmons les terrasses et le bonheur. Le Bataclan, nous l’exorcisons par Antoine Leiris. Aux tueries de Mohammed Merah, nous opposons Latifa Ibn Ziaten, mère courage du soldat Imad, qui porte dans nos quartiers le discours de la fraternité. Ils sont, par leur présence, un pari sur l’avenir. Peut-on les prendre pour un déni? Et que représentent-ils, ces êtres résilients pour d’autres, plus fragiles ou moins heureux, qui ont besoin de crier pour survivre?

Ce «nous» qui les exclut

Patrick Jardin, en réalité, m’était doublement familier. Cousin des frontistes de mon vieux livre, il était aussi le jumeau d’Albert Chennouf-Meyer, père du caporal Abel tué par Merah, et que le malheur avait conduit aux mêmes colères. Chennouf était l’anti-Latifa Ibn Ziaten, comme Jardin s’opposait à Antoine Leiris, refusant la paix, tempêtant devant les pouvoirs, désignant les islamistes, «les nazislamistes», leurs complices, l’incurie des autorités et des services, détestant la bourgeoisie entière et l’humanisme, et applaudi par les extrémistes. J’avais échangé avec Albert au commencement de son deuil; il m’avait bientôt détesté: trop à gauche, un traître, un ennemi qui se permettait de l’inviter au calme. J’étais, avec Patrick, en terre connue. Je reconnaissais son droit à la haine, principiellement. Il serait bien temps, plus tard, d’en définir les limites.

Je ne pense pas, malgré les apparences et ma culture, que la bienveillance seule soit la réponse à la mort. Nous n’avons pas toujours été ainsi. Nous avons su haïr, jadis. Je me souviens d’une chanson de la revanche, que l’on chantait en France après notre défaite de 1870. Elle racontait une fillette de Strasbourg, dont le père soldat avait été tué par les Prussiens. Elle refusait l’aumône d’un officier, et lui lançait de sa voix d’orpheline: «Gardez votre or, je garde ma puissance, Soldat prussien passez votre chemin. Vous avez eu l'Alsace et la Lorraine, Mais mon p'tit cœur vous ne l'aurez jamais, Mais mon p'tit cœur lui restera français». Cette idée nous guida vers une autre guerre. Annonçant à sa fille la mort de «petit père adoré», sa mère lui avait donné le viatique: «Oui mon enfant, ils ont tué ton père, pleurons ensemble car nous les haïssons». Il fallait la haine, pour se relever, il fallait la haine pour que Strasbourg nous revienne.

Ce n’est pas un simple territoire que le terrorisme menace, mais nos valeurs mêmes qu’il faut alors à toute force préserver.

Faut-il haïr encore et en sommes-nous capables? Nous avons, depuis «La Strabourgeoise», fait quelques progrès. Nous avons construit l’Europe et tendu des mains. Nous avons renoncé aux tortures depuis l’Algérie de papa, et ne pensons plus que la mort de Maurice Audin et d’autres violences soient le prix juste à payer pour éradiquer le terrorisme. Nous savons que nos principes gardent nos âmes, et nos corps seront gardés dans la légalité. Nous refusons, en plus du risque, d’être contaminés par la violence et la haine. Nous –ceux qui tiennent la parole– et encore l’État, en attendant que les meutes nationalistes ne s’en emparent. Les entorses au droit commun et les perquisitions dont nos pouvoirs font usage ne sont que peu de choses, en dépit des hauts cris de nos gauchistes, eux-mêmes parodies des porteurs de valises d’antan. Nous sommes victimes, parfois, mais civilisés. Ce n’est pas un simple territoire, ou des compatriotes, que le terrorisme menace, mais nos valeurs mêmes qu’il faut alors à toute force préserver.

Nous savons tout cela. Nous pensons tout cela. Nous. Nous? Mais ce «nous» exclut Patrick Jardin et Albert Chennouf-Meyer.

Il exclut –la belle affaire– les pyromanes lepénistes ou leurs imitateurs de chez Dupont-Aignan; il exclut –que m’importe– ces franges de la droite qui cheminent vers l’extrême; mais il exclut également Patrick et Albert dont les enfants sont morts, et qui sont, politiquement, abandonnés comme des chiens, laissés à leurs fausses certitudes méprisées auxquelles nous, nous, nous, ne daignons répondre. Le fascisme a beau jeu, ensuite, de les recueillir dans sa haine efficace, et de nourrir leurs âmes: qu’y a-t-il, en face, à penser? Le fascisme les nourrit, les réconforte et puis les exhibe. Il fait de Patrick Jardin le seul père, le seul endeuillé: le seul dont la réaction est naturelle, car la haine, me dit le fascisme, est le naturel de l’homme blessé, et ceux qui ne haïssent pas, ceux qui combattent la haine, sont dénaturés. Le fascisme avance sa vieille évidence, et suggère à Patrick et à ceux qu’il émeut sa conception de la haine et son périmètre.

Le fascisme s’empare de Patrick pour passer en fraude, et promouvoir sa guerre au prétexte du «plus jamais ça».

Plus seulement les djihadistes, mais au-delà encore, les islamistes, les musulmans, les immigrés, les gauches, les humanistes, les progressistes, les journalistes tous complices de la mort de Nathalie, des morts à venir d’autres Nathalie, tous complices de notre disparition, les journalistes qui préfèrent l’immigré ou le musulman au français endeuillé… Le fascisme s’empare de Patrick pour passer en fraude, et promouvoir sa guerre au prétexte du «plus jamais ça». C’est ainsi qu’une meute, vendredi, samedi, dimanche, lundi, s’acharna sur Twitter contre deux journalistes du Monde, et le présentateur d’une revue de presse, pitoyables incarnations de l’ennemi, d’un monde artificiel et dénaturé qui ne saurait comprendre, qui veut forcément livrer les corps aux bombes, et les âmes à Allah. Voilà la haine.

Que faire, chez «nous», au Monde ou à France Inter, sinon subir ou réfuter? Mais comment réfuter sans rejeter, et comment convaincre?

Nous sommes innocents face à Daech

Les victimes et les survivants «nous» ressemblent plus souvent qu’ils ne ressemblent au fascisme; il sont de l’âge de l’humanisme. Des pères endeuillés ou des survivants du Bataclan refusent de suivre Patrick dans ses certitudes. Ils sont, ces pères, de mon monde, et souffrir ne les empêche pas de demeurer fidèles au vieil humanisme. On se dispute dans la communauté des survivants, et Patrick Jardin y est isolé. Je suppose que cela n’arrange rien.

Même si Georges Salines, papa de Lola qui faisait du roller derby et est morte si près de Nathalie Jardin, a déjà essayé de convaincre Patrick, j’ai essayé à mon tour. J’ai appelé Patrick Jardin. Je ne voyais pas autre chose à faire. J’aimerais le revoir et le retirer non pas à sa haine, de quel droit, mais à l’usage qu’il en fait, et aux billevesées qui l’abîment. Mais qui suis-je pour ramener la raison aux hommes, et quelle prétention? Disons que je ne confonds pas un homme qui souffre avec les sorciers du fascisme, leurs sortilèges et leurs meutes.

Nous avons parlé assez longtemps, lundi soir. Le lendemain, Patrick Jardin m’a proposé de retirer de Twitter les messages qui me gênaient, en espérant que je serai à nouveau tranquille. Il l’a fait: il a retiré ses tweets inexacts et ceux qui incitaient les siens –les siens?– au lynchage, et je l’en ai remercié. C’était un peu plus que de la courtoisie. Cela ne met pas fin aux disputes.

Il m’invite, Patrick, par SMS, à la «richesse du dialogue» entre opinions opposées. Nous avons déjà commencé. Nous nous sommes reparlé mercredi 3 octobre au matin, après que ce texte a été mis en ligne, dans sa première version. Il m'a reproché, il avait raison, de ne pas avoir dit qu'il avait aussi rencontré Jean-Frédéric Poisson, candidat catho et tradi à la dernière présidentielle, et qui ne pouvait pas, selon lui, être qualifié d'extrême droite.

Il voulait aussi me dire que ceux qui le soutenaient n'étaient pas différents de lui, non pas des «fachos», encore, mais des citoyens qui comme lui «résistaient» à l'islamisation. Il voulait me dire que le mal n'avait pas commencé avec lui. «J'ai grandi à Lille dans un quartier arabe, mes copains étaient arabes, tout se passait bien; je voudrais que l'on revienne à ce que j'ai connu, avant qu'on nous envahisse avec les foulards, les burqas, les moutons que l'on égorge dans les baignoires, les prières de rues...» Il m'a dit aussi, Patrick, ancien garagiste, qu'il avait travaillé à Tourcoing et avait vu la ville «devenir un coupe-gorge», et qu'il devait se battre alors contre les voyous pour protéger les voitures dont il avait la charge.

Il m'a dit que s'il ne surveillait pas notre bascule, personne ne le ferait. Il m'a demandé ce que je pensais de Jean-Marie Le Pen, que j'ai connu, et m'a parlé des morts du Débarquement de 1944, en Normandie d'où vient sa famille, et y avait-il eu plus de morts sur les plages d'Omaha Beach ou dans les camps? Et je savais, l'entendant retrouver cette tristesse et ce malaise déjà rencontrés jadis, que la perte que nous subissons, en France, déséquilibre des êtres et les amène si loin, tellement loin. Il est retraité, en vacances. Saura-t-il déconnecter?

Mes semblables et moi-même ne méprisons pas les cris ou la rage, nous crions aussi.

On se reverra sans doute. Il restera alors le plus compliqué: ne rien admettre des opinions de l’extrême droite et pourtant le respecter; lui faire admettre, quand il souffre, qu’il ne nettoiera pas notre monde, et que celui-ci est vivable, en dépit du supplice de Nathalie. Lui dire, aussi, et c’est plus important, que mes semblables et moi-même ne méprisons pas les cris ou la rage, que nous crions aussi, que nous ne sommes pas d’une autre nature, mais que nous ne voulons pas que d’autres cris, d’autres rages, d’autres morts surviennent, dont nous serons responsables, cette fois, quand nous sommes innocents face à Daech, je le crois, je ne peux que le croire.

Je pense que Patrick Jardin peut l’entendre, et redoutait le pire s’il avait dû manifester devant le Bataclan sacré, contre Médine l’incongru. Il a en lui ce qui fait les hommes, la capacité à s’empêcher. Il n’est pas un facho, il tient à cela, quand bien même il en prend les apparences et le devient, inéluctablement, si rien ne se passe. Les fascistes se nourrissent de lui, qui veulent du sang, qui hâtent le pire, et je ne vois pas pourquoi nous devrions, par mépris, leur laisser aussi cette âme blessée.

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Droit de réponse de M. Patrick Jardin.

Le 8 octobre, Monsieur Patrick Jardin nous a fait parvenir ce droit de réponse. Nous le publions dans son intégralité sans modification, ainsi que la loi l'exige.

La rédaction.

Mon téléphone a sonné et c’était Claude Askolovitch qui me demandait de retirer des tweets, d’abord surpris : on ne se connait pas on ne s’est jamais parlé ……des tweets envoyés à la suite de la revue qu’il avait fait sur moi sans me consulter ni me rencontrer, se basant uniquement sur un article du journal le Monde.

Je trouvais cela très peu professionnel. Il m’a expliqué que c’est souvent comme ça que les journalistes pratiquaient.il a raison ; parfois on m’indique qu’un journaliste a écrit un article sur moi dans telle ou telle revue sans que je ne l’aie jamais rencontré et sans que je le sache. C’est curieux comme façon de faire. Cela explique peut-être la médiocrité de nombreux articles car à force de se plagier les uns les autres, le dernier publié est devenu une sorte de soupe sans rapport avec le premier…………

Pour en revenir à la revue de presse en question et à ses conséquences, les réseaux sociaux se sont emballés, et les tweets de Claude Askolovitch, suivis des miens, ont entrainé certains internautes dans une dérive intolérable, jusqu’à menacer les enfants du journaliste. C’est dégueulasse !

Claude Askolovitch, je ne connaissais pas. Je l’avais entendu parfois sur RTL dans l’émission de Fogiel. Il m’était apparu comme un journaliste de gauche. J’ai donc recherché et lu ce qu’il écrivait. Je me suis aperçu que nos points de vue étaient diamétralement opposés surtout pour ce qui touche à l’islamisation de la France. Mais qu’importe, discuter avec quelqu’un qui a des idées différentes des vôtres peut être enrichissant, mais à une seule condition : que cela soit dans le respect mutuel.

Après plusieurs échanges loyaux, je lui ai donné satisfaction en supprimant mes tweets. À la suite de cela, il m’a demandé s’il pouvait écrire un article sur notre conversation. Je lui répondais par l’affirmative mais exigeais qu’il m’envoie d’abord son projet d’article, voulant être certain qu’il reprenait bien le contenu de nos échanges.

Je reste prudent, l’article du 28 Septembre paru dans le Monde d’après ma rencontre avec deux journalistes ayant été détourné de son objet premier, le mouvement patriote AFO qui avait déféré la chronique début Juillet.

Claude Ascolovitch accéda à ma demande sans difficulté. Sauf que, malheureusement, l’article a été publié accidentellement avant que je puisse lui donner mon accord, du moins, c’est ce qu’il m’a dit….

J’ai donc lu l’article après sa parution et je ne peux pas laisser dire tout ce qui y figure.

Quand il affirme que Christine Tasin , Renaud Camus et Pierre Cassen sont des islamophobes rabiques en me fournissant un enregistrement de 2013 de Christine Tasin, Mr Askolovitch, permettez-moi de vous dire que je ne vois pas en quoi cette vidéo serait emprunte d’islamophobie. Elle est pleine de bon sens. Bizarrement, vous avez omis de parler de Karim Ouchikh qui nous accompagnait à la conférence de presse, lui, ne pouvant être traité d’islamophobe rabique !

Pour vous, Claude Askolovitch il semble que dès que l’on ne véhicule pas vos idées, on devienne soit d’extrême droite, soit islamophobe, soit fasciste. C’est très réducteur mais c’est comme ça ! La voix de l’intelligence a parlé. C’est toujours vous qui avez raison. Les autres ont obligatoirement tort puisqu’ils ne sont pas de votre avis !

Pour étayer mon propos, je vous ai pourtant parlé d’Alain Wagner. C’est l’homme qui a révélé le traité de Barcelone, signé en 1973 par nos élites.

Ce traité explique clairement, presque méticuleusement comment l’islamisation de l’occident, et particulièrement celle de la France, sont planifiées.

Alain Wagner ah oui c’est un ancien FN m’avez-vous répondu…………

Peut-être Mr Askolovitch, mais le traité, lui, il existe bien et peut être consulté par tout le monde sur : https://www.isesco.org.ma/wp-content/uploads/sites/2/2015/05/Strat%C3%A9gieExtVFLR1.pdf

Vous conviendrez que ce site est tout sauf d’extrême droite et encore moins islamophobe. Je pense l’avoir piégé sur ce point, téléchargez tous, vous verrez par vous-mêmes….

Au fond, lorsque je lis l’article de Claude Askolovitch, je ne peux pas dire qu’il soit vraiment à charge. Il est plutôt tendancieux car le rédacteur de talent qu’il est, est un malin.

Il ne dit pas vraiment du mal de moi mais se débrouille pour qu’à la fin de l’article, vous me preniez pour un benêt. Je reconnais qu’il a un certain talent pour commencer par vous passer la pommade pour mieux, vers la fin, vous porter l’estocade.

M. Askolovitch Pourtant, malgré ses belles phrases bien construites, il n’a rien compris, mais peut être fait-il exprès de ne pas me comprendre. En m’accusant d’être récupéré par l’extrême droite, il est complètement à côté de la plaque :

J’avais un seul but : EMPECHER LE CONCERT DE MEDINE AU BATACLAN et j’étais prêt à tout pour cela. Outre les démarches judiciaires entamées par mes avocats (tout en n’ayant aucune confiance en une justice inféodée au gouvernement), il fallait que je regarde la situation telle qu’elle était.

Le Premier Ministre avait déclaré devant le Sénat en réponse à une question du sénateur Meurant : « Je ne vois pas pourquoi j’interdirais ce concert. Pour moi, il n’enfreint pas la loi car il ne cause pas de troubles à l’ordre public ».

Choqué par un tel aveuglement ou pire encore par une telle mauvaise foi, j’ai contacté TOUS LES CHEFS DE PARTIS politiques et TOUS les anciens présidents de la République de même que TOUS les candidats à l’élection présidentielle de 2017. Seuls trois ont répondu à mon appel : Nicolas Dupont Aignan, Marine Le Pen et Jean-Frédéric Poisson sans oublier Karim Ouchikh présent à mes côtés lors de la conférence de presse et

Si le concert n’avait pas été annulé par la direction du Bataclan le Lundi suivant, 927 courriers devaient partir pour les 579 députés et les 348 sénateurs. Je n’y suis pour rien si les autres personnalités contactées et notamment des hommes de gauche, n’ont pas eu le courage de me répondre et de prendre position à mes côtés pour empêcher ce concert abject (si messieurs Hanon, Poutou ou Mélenchon, ne regardant que la douleur d’un père, avaient été à mes côtés lors de cette conférence de presse, je suis certain que le journal Le Monde et Mr Askolovitch n’auraient jamais vu en moi un homme d’extrême droite, un facho ou un antisémite.

Mr Askolovitch, je suis désolé de devoir vous écrire qu’apparemment, VOUS NE COMPRENEZ RIEN à mon combat. Mon combat n’a jamais été politique et NE LE SERA JAMAIS... Je n’ai pas contacté que des gens de droite et je vous demande cette fois-ci de vous mettre à ma place. Vous êtes le porte-voix de vos amis, cette gauche retranchée dans sa bien-pensance, cette gauche qui fait la sourde oreille à ma colère et à ma souffrance. Au fond de vous-même, elle vous dérange, et ne supportant pas que vos enfants soient insultés, réfléchissez à ce que vous vivrez si un jour, par malheur, ce cancer qu’est l’islam, par l’entremise d’un de ses fanatiques, assassine votre Nathalie. Ce jour-là, que je ne vous souhaite pour rien au monde, serez-vous toujours la belle plume Claude Askolovitch et moi l’ignoble fasciste, le jouet de l’extrême droite ?

Non, bien sûr, nous serons deux pères anéantis.

Alors, dites-vous une fois pour toutes, moi, Patrick Jardin, je ne fais pas de politique. J’ai bien trop d’aversion pour les gens (de droite comme de gauche) qui nous dirigent depuis 45 ans car je les considère comme coresponsables de ce que j’ai vécu le 13/11/2015

Personne, pas plus vous que qui que ce soit d’autre, ne peut me récupérer. Je suis irrécupérable car je tiens par-dessus tout à conserver ma liberté, à commencer par celle de penser.

Je n’ai rien à vendre, je ne suis pas en recherche de voix puisque je ne brigue aucun poste à aucune élection. Je suis juste un papa qui refuse que l’on souille sa fille décédée et les victimes du 13/11/2015 et qui en a marre de subir les meurtres, les brimades et les provocations des islamistes radicaux.

Alors Asko, laissez-moi te dire, en face en buvant un verre, ou par écrit à travers cette réponse à tes insinuations : Quoique toi et ceux que tu défends puissiez penser, je suis et resterai un Français en lutte contre l’islamisation de son pays. Ni toi, ni personne ne pourra m’empêcher de continuer à faire tout ce qui est en mon pouvoir pour qu’un nombre chaque jour plus important de mes concitoyens, quelques soient leurs origines ethniques, ou leur religion, ouvrent les yeux sur ce qui les menace :la charia. Un jour, il n’y aura pas d’autres Nathalie.

Claude Askolovitch Journaliste

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