Santé / Sciences

La maltraitance des enfants pourrait bien laisser des traces sur l'ADN

Temps de lecture : 2 min

Les sévices subis pendant l'enfance n'auraient pas uniquement des conséquences psychologiques.

«Lonely Boy» | Norbert Eder via Flickr CC License by
«Lonely Boy» | Norbert Eder via Flickr CC License by

Des travaux de psychologues ont déjà montré qu'une personne qui a souffert d'abus physiques, psychologiques ou sexuels pendant l'enfance risque de souffrir de nombreuses conséquences à l'âge adulte, qui s'apparentent au syndrome de stress post-traumatique: anxiété, évitement, insomnie, hyperactivité, etc. Une nouvelle étude conjointe de l'université canadienne de Colombie britannique et d'Harvard indique que les adultes pourraient bien porter les traces des sévices subis pendant l'enfance jusque dans leurs cellules ADN via un marqueur biochimique détectable des années plus tard.

Pour parvenir à ce résultat, les scientifiques ont comparé les étiquettes chimiques de l'ADN de trente-quatre hommes adultes et ont observé une différence de méthylation entre les hommes selon qu'ils aient été victimes ou non de sévices pendant l'enfance. La méthylation est «un petit groupement de molécules qui se fixe sur l'ADN et provoque l'allumage ou l'extinction des gènes», explique la chercheuse en épigénétique de l'Inra Claudine Junien (non-impliquée dans la recherche).

Transmission

«On sait déjà qu'il y a de nombreux mécanismes comportementaux par lesquels le traumatisme peut avoir des effets négatifs sur la prochaine génération», a expliqué l'une des chercheuses impliquées, Andrea Roberts, à The Independent. Ces découvertes suggèrent que le traumatisme dans l'enfance pourrait aussi avoir des conséquences sur l'ADN et que celles-ci pourraient se transmettre à sa descendance via le sperme –puisqu'il détermine le patrimoine génétique de l'enfant.

Les chercheuses et chercheurs ont axé leur étude après de premiers résultats concluants sur des souris. «De très bonnes recherches sur les souris ont montré que les effets du stress au début de la vie marquent le sperme, et après, cela affecte la santé de leur progéniture et crée, en particulier, une sorte de comportement anxieux», explique la docteure Roberts.

Prudente, l'équipe de recherche précise qu'il est nécessaire de confirmer ces résultats avec une plus grande étude et qu'elle n'est, pour le moment, pas capable de démontrer de potentielles conséquences sur la santé des sujets.

Utile à l'enquête

Tous les hommes participant à la recherche font partie d'une étude plus large menée par des scientifiques d'Harvard sur la santé. Ils ont été soumis à un questionnaire approfondis et vingt-deux d'entre eux ont évoqué des abus pendant l'enfance, qu'ils soient physiques, sexuels ou psychologiques. Chez ces hommes, les mêmes douze «zones» d'ADN étaient affectées.

Pour les scientifiques, le marquage de ces zones pourrait devenir utile à la police. «La méthylation commence à être vue comme un potentiel outil très utile pour les enquêtes criminelles. Par exemple, en fournissant aux enquêteurs un âge approximatif de la personne qui a laissé un échantillon ADN, explique le docteur Michael Kobor, l'un des chercheur de l'étude de l'université de Colombie britannique, à Medical Press, il est concevable que la corrélation que nous avons trouvée entre la méthylation et l'abus dans l'enfance puissent fournir une probabilité qu'un abus a été subi.» Si toutes les victimes sont marquées dans leurs gènes, les enquêteurs et enquêtrices pourraient donc chercher à faire le chemin inverse pour prouver un abus.

La recherche sur la méthylation humaine n'en est qu'à ses balbutiements et de nombreux autres facteurs pourraient bien entrer en jeu avant que les scientifiques puissent dresser des conclusions définitives. Cela apporte cependant une preuve de plus de la réalité du traumatisme intergénérationnel.

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