Égalités / Monde

Quand une femme témoigne d'agressions sexuelles, les appels vers les lignes d'écoute augmentent

Temps de lecture : 3 min

Le récit de Christine Blasey Ford, qui accuse le candidat au poste de juge de la Cour Suprême Brett Kavanaugh d'agression sexuelle, a réveillé les traumatismes d'autres victimes.

Christine Blasey Ford pendant son audition devant le comité judiciaire du Sénat, le 27 septembre 2018 à Washington  | Michael Reynolds / Pool / AFP
Christine Blasey Ford pendant son audition devant le comité judiciaire du Sénat, le 27 septembre 2018 à Washington | Michael Reynolds / Pool / AFP

«Je suis ici aujourd'hui, pas parce que j'en ai envie. Je suis terrifiée. Je suis ici parce que je suis persuadée que c'est mon devoir de citoyenne de vous raconter ce qu'il m'est arrivée quand Brett Kavanaugh et moi étions au lycée», énonce d'une voix tremblante Christine Blasey Ford, qui témoigne contre le potentiel futur juge de la Cour Suprême des États-Unis, Brett Kavanaugh. Des millions d'Américains et Américaines sont pendues à ses lèvres. La femme de 51 ans poursuit et détaille les faits qu'elle reproche à Brett Kavanaugh. Sa voix tressaute et se teinte de larmes, mais ne flanche pas.

Christine Blasey Ford était en seconde, elle avait 15 ans et croisait parfois Brett Kavanaugh dans des soirées. Un été, raconte-t-elle, elle se rend à une de ces fêtes et alors qu'elle monte à l'étage pour accéder à la salle de bain, on la «pousse par derrière» dans une chambre. Ensuite, elle affirme que Brett et son ami Marke Judge, maintenant journaliste et auteur, grand absent de l'audition, se glissent dans la chambre et «ferment la porte à clef derrière eux. Il y avait de la musique dans la chambre, que Brett ou Mark a mise plus fort. On m'a poussée sur le lit et Brett est monté sur moi. Il a commencé à passer ses mains sur mon corps et à se frotter à moi».

Christine Blasey Ford raconte avoir essayé de crier, de se débattre, mais l'adolescent, à l'époque, était «trop lourd». Il l'aurait touchée, aurait essayé de lui enlever ses vêtements, sans y parvenir parce qu'«il était en état avancé d'ébriété et parce que je portais un maillot de bain une pièce sous mes vêtements. J'étais persuadé qu'il allait me violer. J'ai essayé de crier pour demander de l'aide. Quand j'ai crié, Brett a mis sa main sur ma bouche pour m'en empêcher. C'est ce qui m'a le plus terrifiée et a eu un impact durable tout au long de ma vie. J'avais du mal à respirer et j'ai pensé que Brett allait accidentellement me tuer».

Brett et Mark auraient ri tous les deux pendant l'attaque, ils donnait même l'impression de passer un très bon moment, explique la femme. «Mark vient plusieurs fois sauter sur le lit», continue-t-elle, son dernier saut aurait fait basculer Brett, permettant à l'adolescente de se dégager et de courir. Christine Ford raconte s'être enfermée dans la salle de bain avant de s'enfuir.

147% d'appels en plus

Ce témoignage brut a résonné aux oreilles et dans la mémoire de victimes d'agressions sexuelles. Certaines ont partagé leurs histoires sur les réseaux sociaux; une femme de 76 ans a appelé la chaîne qui diffusait l'audience, C-Span, pour raconter la sienne. Beaucoup se sont également tournées vers la ligne d'écoute nationale pour les agressions sexuelles. Comparé à un jour de semaine ordinaire, 147% d'appels supplémentaires ont été passés, selon l'association RAINN qui gère la ligne.

À chaque fois que des témoignages d'agressions sexuelles font la une des médias nationaux américains, les appels vers la ligne se multiplient, mais dans de moindres proportions que cette fois-ci. En octobre, après la diffusion de la vidéo de Donald Trump où on l'entendait dire qu'on peut «attraper les femmes par la chatte» quand on est riche et célèbre, les appels ont augmenté de 33%.

Depuis que le premier témoignage de Ford a été rendu public le 16 septembre, RAINN a enregistré une hausse des appels de 45,6% par rapport à la même période l'année dernière. Le weekend du 22 septembre, quand une deuxième femme, Deborah Ramirez, a publiquement raconté avoir été agressée sexuellement par Kavanaugh, la ligne d'écoute a également enregistré une augmentation des coups de téléphone, cette fois de 57% par rapport à un weekend habituel.

Une troisième femme, Julie Swetnick, assure avoir été victime d'une agression sexuelle perpétrée par le candidat au poste de juge de la Cour Suprême. Ce dernier nie les trois accusations et a témoigné, lui aussi, jeudi, devant le comité judiciaire du Sénat américain. Il affirme que sa «famille et [son] nom ont été détruits».

Slate.fr

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