Sports

Le golf français entre handicaps et malentendus

Temps de lecture : 6 min

La venue de la Ryder Cup qui se déroule en ce moment en France n’a eu aucun effet sensible sur la pratique jusqu’en 2018, et n’en aura probablement pas après.

Des supporters américains à la 42e Ryder Cup, au Golf national de Saint-Quentin-en-Yvelines, le 28 septembre 2018. | Lionel Bonaventure / AFP
Des supporters américains à la 42e Ryder Cup, au Golf national de Saint-Quentin-en-Yvelines, le 28 septembre 2018. | Lionel Bonaventure / AFP

Pour la première fois, et sans doute la dernière avant très longtemps, la France se retrouve au centre de la «planète golf» l’espace d’un week-end (du 28 au 30 septembre). Six ans avant d’abriter le tournoi olympique lors des Jeux de Paris en 2024, le Golf national, près de Versailles, accueille la Ryder Cup, le match Europe-États-Unis organisé tous les deux ans des deux côtés de l’Atlantique. C’est seulement la deuxième fois que l’Europe continentale est ainsi honorée après l’Espagne, qui avait reçu l’épreuve en 1997.

La compétition s’était résumée, de 1927 à 1977, à une rencontre États-Unis-Grande-Bretagne/Irlande. Mais en 1977, alors que les États-Unis dominaient outrageusement ce rendez-vous face à des Britanniques dépassés, Jack Nicklaus, la légende américaine, avait fait la suggestion de rééquilibrer les forces en présence en élargissant l’équipe britannique à une équipe européenne au moment où le talentueux Espagnol, Severiano Ballesteros, commençait à émerger sur la scène internationale.

Depuis 1979, le match est donc devenu un affrontement États-Unis-Europe et au fil des années, cette compétition, véritablement à l’agonie il y a quarante ans, a fini par s’imposer comme l’événement le plus médiatique du golf en raison des passions qu’elle déchaîne.

L’honneur de la France a été de décrocher l’organisation de l’édition 2018 il y a sept ans avec, pour heureux résultat final, la plus forte Ryder Cup de l’histoire en termes de participation. Pour la première fois, les dix premiers du classement mondial sont présents. Et divine surprise: après quatre opérations du dos il y a un an, Tiger Woods, 42 ans, a réinventé sa magie au cours des derniers mois jusqu’à remporter, dimanche 23 septembre, à Atlanta, son premier titre depuis cinq ans, le 80e trophée de sa carrière professionnelle.

Pas un Français dans le tournois

Les quelque 60.000 spectateurs et spectatrices qui se répartissent chaque jour sur les buttes du parcours des Yvelines ne pouvaient pas imaginer la venue du meilleur golfeur de son temps quand ils ont acheté leurs billets voilà bien des mois. Le miracle est arrivé. Saint-Tiger est bien là et personne ne lui en voudra vraiment s’il permet aux États-Unis de remporter la Ryder Cup sur le sol européen pour la première fois depuis 1993.

Malheureusement, aucun joueur français n’est parvenu à décrocher l’une des douze places qualificatives au sein de l’équipe européenne emmenée par le capitaine danois Thomas Bjørn. Il serait facile d’en sourire si on ne rappelait pas que deux Français ont gagné la Ryder Cup dans le passé: Thomas Levet en 2004 et Victor Dubuisson en 2014. Mais l’échec est patent, c’est vrai, dans la mesure où les joueurs français ont eu sept années pour se préparer et se renforcer dans l’optique de cet événement. La conclusion est nette: aucun d’entre eux n’avait le niveau requis.

Victor Dubuisson a remporté la Ryder Cup 2014 au Gleneagles Hotel (Écosse), le 28 septembre 2014. | Adrian Dennis / AFP

Évidemment, tenter d’expliquer au grand public que la France est le cadre de l’un des plus grands tournois de golf, mais que les joueurs français ne sont pas invités à la fête relève de la gageure. Mais en France, le golf est, de manière générale, au cœur de nombre de malentendus. La culture golfique manquerait, paraît-il. Ce n’est pas complètement faux, mais pas tout à fait vrai non plus. Le golf se situe tout de même dans le top 10 des sports français (8e) en termes de licenciées et licenciés –410.000–, un nombre relativement stable depuis dix ans au moment où nombre de fédérations décrochent. Hélas, contrairement à ce qui avait été promis dans le dossier de candidature de 2011, la venue de la Ryder Cup n’a eu aucun effet sensible sur la pratique jusqu’en 2018, et n’en aura probablement pas après, ou alors très faiblement. Un total de plus de 600.000 licenciées et licenciés était visé à l’aune des années 2020. Le compte n’y sera pas. La Ryder Cup est une occasion trop isolée avec un vrai déficit de notoriété dans l’Hexagone qui n’a pas été gommé depuis 2011.

Avec une précision au passage non négligeable et souvent ignorée: cette édition française de la Ryder Cup n’est pas mise sur pied par la Fédération française de golf, mais par les Britanniques de l’European Tour, le circuit européen, qui sont aux commandes de l’événement et en retirent l’essentiel des fruits. Depuis des semaines, l’anglais est la langue de travail de cette Ryder Cup 2018 partout où vous vous trouvez au Golf national. Sur le plan des ressources sonnantes et trébuchantes, le golf français n’en retirera pas grande compensation.

Image caricaturale

Comparaison n’est pas raison. Si le tennis français a notamment pu s’appuyer tous les ans, médiatiquement et financièrement, sur le tournoi de Roland-Garros –que la fédération française contrôle en totalité– pour se développer et se démocratiser notamment dans les années 1970-1980, le golf tricolore est, lui, moins bien loti. Il n’a pas la chance de posséder l’une des quatre épreuves du Grand Chelem liées à l’histoire de la petite balle blanche. L’Open de France, disputé au Golf national chaque début d’été, reste un événement golfique parmi d’autres du calendrier professionnel, contrairement aux Internationaux de France de tennis. Aussi bizarre que cela puisse paraître, cet Open de France est aussi piloté financièrement par les Britanniques de l’European Tour qui en sont les véritables promoteurs. Les marges de manœuvre sont donc réduites en termes de développement.

Parmi les autres faiblesses supposées du golf en France figure celle qui serait liée à l’absence d’un Français au palmarès d’un tournoi du Grand Chelem depuis 1907. Un handicap trop insurmontable de nature à expliquer sa perception brouillée. C’est sans doute juste, mais le constat est encore à nuancer. Dans l’hypothèse où Jean Van de Velde (1999) ou Thomas Levet (2002) avait remporté le British Open au lieu de finir 2e, le golf français en aurait-il vraiment bénéficié comme il aurait capitalisé sur un succès de Grégory Havret, 2e de l’US Open en 2010? De manière très marginale probablement, mais rien n’aurait véritablement changé dans la façon d’apprécier et de juger le golf français.

Grégory Havret à l'US Open de 2010 au Pebble Beach Golf Links (Californie), le 20 juin 2010. | Robyn Beck / AFP

C’est presque caricatural, mais celui-ci ne s’en sortira par le (très) haut qu’avec, toutes proportions gardées, l’apparition de «son» Tiger Woods. Le portrait-robot serait le suivant: un joueur tricolore hors normes évoluant sur le PGA Tour, le circuit américain, et y gagnant plus ou moins régulièrement au point de figurer dans le groupe des favoris à chaque début de tournoi du Grand Chelem. L’oiseau n’est pas rare. Il n’existe tout simplement pas pour le moment. S’il apparaissait, il changerait tout ou presque.

L’un des problèmes du golf français réside également (ou par-dessus tout?) dans sa difficulté à parvenir à prendre ses distances avec l’image caricaturale de sport de riche qui colle aux crampons de ses chaussures. Ou de sport de vieux, quand certains ne remettent pas en cause l’idée même qu’il puisse s’agir d’un sport! Davantage une caricature qu’une réalité quand chacun côtoie la vraie vie de l’écrasante majorité des clubs du pays. Mais s’il y a encore maldonne sur le sujet, c’est la preuve que quelque chose a été manqué en termes de communication.

Pour l’anecdote, constatons que tous les présidents américains ont joué au golf depuis Dwight Eisenhower à l’exception de Jimmy Carter. En revanche, les présidents français se montrent nettement plus discrets voire carrément invisibles sur les parcours. Et d’ailleurs... Emmanuel Macron, s’il en avait envie, ne pourrait jamais se risquer à être pris en photo un club de golf à la main sous peine de déchaîner les foudres des réseaux sociaux et de renforcer sa réputation d’homme proche des plus favorisés. Le traitement discret du golf par les médias français, quand ils ne font pas carrément l’impasse sur la couverture des tournois du Grand Chelem, souligne également ce travers local de ne pas considérer le golf comme il devrait l'être ou à sa juste mesure. La démesure de la Ryder Cup a permis de battre cette résistance en brèche. Il n’est pas certain que cet état de grâce dure très longtemps.

Yannick Cochennec Journaliste

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