Sciences / Société

Votre procrastination chronique est le fruit de l'évolution

Temps de lecture : 4 min

Vous préférez aller boire un verre entre collègues que suer à la salle de sport après le boulot? Déculpabilisez, ce n'est pas votre faute.

Du bon côté de la vitre. | Katie Barrett via Unsplash License by
Du bon côté de la vitre. | Katie Barrett via Unsplash License by

Vous aviez tout bien préparé avec la fébrilité d'une veille de rentrée au lycée. Dans votre sac immaculé que le gérant de la salle de sport vous a tendu en galbant ses biceps au moment de votre inscription, vous avez empilé avec soin les chaussures neuves, le short et le t-shirt de champion ou encore la serviette pour éponger votre corps de winner dans le vestiaire.

Ce soir, vous avez éteint votre PC avec le même mental d'acier et puis, au moment de partir éliminer les deux kilos de cacahuètes que vous aviez ingurgités le week-end dernier, vous avez fait l'erreur de passer dire au revoir au mauvais collègue. Oui, celui qui n'en a cure des préceptes du manger-bouger. «Tiens tu tombes bien. On va boire un verre, tu viens?», vous a-t-il lancé. Vous avez fait semblant d'hésiter avant de reprendre de volée. «Tant pis, on n'a qu'une vie. J'ai trop bossé, j'irai faire du sport demain.»

Le matin dans votre lit, la gorge asséchée de houblon et de culpabilité, vous vous êtes maudit. À quoi bon débourser vingt euros par mois pour un abonnement aussi utile qu'un dico de néerlandais au Tibet?

Cessez de vous auto-flageller en tâtant vos petits bourrelets, car des chercheurs pensent que si vous êtes le Roger Federer de l'oisiveté, le Kylian Mbappé de la sédentarité, que si vous choisissez les escalators plutôt que les escaliers, c'est peut-être (aussi) la faute de vos ancêtres.

Le jeu du mannequin

Les gens connaissent les risques qu'ils encourent s'ils sont inactifs, ils ont l'intention de faire du sport mais n'y arrivent pas régulièrement: c'est «le paradoxe de l’activité physique», comme l'ont défini Matthieu Boisgontier (chercheur de l'Université de Vancouver et de Leuven) et Boris Cheval (chercheur de l'Université de Genève). Afin de comprendre ce paradoxe, les deux chercheurs ont mis au point une expérience sur vingt-neuf jeunes adultes qui se disaient soit actifs et actives physiquement (quatorze), soit inactifs et inactives (quinze). Tous et toutes, en tout cas, avaient l'intention de devenir sportives et ont été soumises au même test: le jeu du mannequin.

Les cobayes n'ont pas dû faire mine de défiler pour un ou une grande couturière, on ne les a pas installés dans une voiture s'écrasant dans un mur à 180 km/h, on les a juste posés devant un écran sur lequel apparaissaient des images d'activité physique et de sédentarité. Par exemple, le dessin d'un personnage qui tape dans une balle ou celui d'un type avachi en train de jouer à la console dans son canapé:

La consigne était double. Tout d'abord, les volontaires devaient s'approcher des images d'activité physique et s'éloigner des images de sédentarité le plus rapidement possible en déplaçant un avatar grâce aux touches haut/bas du clavier. Avant, ensuite, de faire l'inverse. Les chercheurs avaient, auparavant, pris soin de placer un électro-encéphalographe muni de soixante-quatre électrodes pour mesurer leur activité cérébrale.

Attirés par la sédentarité

Les chercheurs ont ensuite comparé les temps de réaction des participantes et participants. Résultat: ils sont en général plus rapides pour approcher les images d'activité physique et s'éloigner de la sédentarité que le contraire. «Ce qui confirme bien leur intention de faire du sport», affirme Boris Cheval.

En revanche, l'étude des résultats de l'activité neuronale est plus surprenante. L'activité électrique du cerveau est ainsi beaucoup plus élevée lorsque les cobayes doivent éviter la sédentarité. «On s'aperçoit que si les participants sont plus rapides pour éviter la sédentarité, c'est aussi associé à un coût au niveau cérébral. Le cerveau doit engager plus de ressources et en particulier activer des processus d'inhibition. Il y a un conflit entre tes intentions (je suis actif) et ton système, ce qu'il veut automatiquement faire, ce qu'il te dit de faire, à savoir qu'il préfère aller vers la sédentarité.»

Pour les deux chercheurs dont l'étude a été publiée dans la revue Neuropsychologia, cette «minimisation des efforts» serait due à l'évolution et au principe du moindre effort.

«Pour optimiser leurs chances de survie et de reproduction, nos ancêtres avaient tout intérêt à minimiser l'effort pour conserver leur énergie car il y avait des périodes de pénurie. Il faut accepter l'idée que l'individu va minimiser l'effort, qu'il a au départ besoin de beaucoup de self-control jusqu'à ce que l'activité physique devienne une récompense. Au début, il a besoin de s'autoréguler. Si on veut l'aider, il faut favoriser les choix simples», assure Boris Cheval. Ce dernier plaide notamment pour l'utilisation de la théorie du nudge ou théorie du paternalisme libertaire.

À Stockholm, par exemple, des touches de piano ont été apposées sur les marches de l'escalier d'un métro pour encourager les usagers à l'emprunter plutôt qu'à se laisser porter par l'escalator. «Si les politiques ou les architectes ne réfléchissent pas à organiser l'espace public et les bâtiments pour faire en sorte que l'on soit plus actif, c'est clair que cela ne marchera pas.»

Le Washington Post a interrogé Jude Buckley, un chercheur en psychologie de l'Université d'Auckland ayant déjà travaillé sur le sujet et qui a jugé cette étude «prodigieusement sophistiquée». Il y apporte cependant un bémol. Selon lui, cette économie d'énergie n'est pas le résultat de l'évolution biologique de l'être humain mais bien le fruit de l'évolution du mode de vie de notre société, dans lequel l'exercice physique n'est plus vital pour notre survie.

Pourtant, cette inactivité est en train de nous tuer. Selon l'Organisation mondiale de la santé, environ 3,2 millions de décès chaque année sont attribuables au manque d’exercice.

Jacques Besnard Journaliste

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