Politique

Élections européennes: Marine Le Pen, seule gagnante de la stratégie anti-Macron?

Temps de lecture : 5 min

Toutes les oppositions, de La France insoumise au Rassemblement national, espèrent une persistance de la dépression élyséenne.

Emmanuel Macron au One Planet Summit, lors de l’Assemblée générale des Nations unies, le 26 septembre 2018 à New York. | Ludovic Marin / AFP
Emmanuel Macron au One Planet Summit, lors de l’Assemblée générale des Nations unies, le 26 septembre 2018 à New York. | Ludovic Marin / AFP

L'importante baisse de popularité qu'Emmanuel Macron enregistrée en septembre 2018 par rapport aux indices du début de l'année aura-t-elle des conséquences sur le résultat de la liste de La République en marche (LREM) aux élections européennes de mai 2019? C'est l'espoir entretenu par toutes les oppositions, de Jean-Luc Mélenchon à Marine Le Pen, qui tablent sur une persistance de la dépression élyséenne.

Le chef de file de La France insoumise (LFI) revendique même de transformer le prochain scrutin national en «référendum anti-Macron». Fort du titre de «premier» ou de «meilleur opposant» au président de la République que lui décernaient les instituts de sondage, Ifop en avril et Odoxa en mai, il espère obtenir une transmutation de ce capital, si l'on peut utiliser ce terme ici, en bulletins de vote en sa faveur.

Sondage Odoxa, mai 2018.

Mis à part que les concepts de «premier» ou de «meilleur opposant» sont assez flous car ils ne donnent aucune indication sur les résultats concrets obtenus par le champion qui détient l'oscar, ils reflètent plus, très probablement, la présence médiatique de l'intéressé telle qu'elle est perçue par les Français et Françaises ainsi que l'écho de ses interventions. De ce point de vue, Mélenchon sait à merveille occuper le terrain.

Il n'a aucun mal à rivaliser avec Laurent Wauquiez qui depuis la présentation de ses priorités pour l'Europe dans Les Echos est assez discret dans les médias. Le président du parti Les Républicains (LR) cultive, en effet, un silence qui met en évidence l'embarras dans lequel se trouve la droite sur le sujet. Entre les eurosceptiques et les pro-Europe, elle peine à définir une position qui ne ferait pas fuir les tenants de l'une des deux composantes au moment de la consultation.

Les variations de Wauquiez sur l'Europe

Wauquiez, qui a eu quelques variations sur la question ces dernières années –apôtre du «tout changer» en 2014, il est passé, en 2017, à une «refondation radicale» mise sous le boisseau en 2018– marche aujourd'hui sur un fil pour ne pas déchirer son parti. Il vient du reste de rencontrer Angela Merkel pour obtenir une caution pro-européenne.

L'entrevue ne s'est pas déroulée à la chancellerie mais dans les locaux du parti chrétien-démocrate allemand qui siège dans le même groupe que LR au Parlement européen. Il se trouve que les deux partis n'ont pas adopté la même position vis-à-vis du Premier ministre hongrois ultra-conservateur, Viktor Orbán, soupçonné de vouloir mettre en cause l'État de droit dans son pays. Wauquiez était hostile aux sanctions européennes, ce qui lui a valu les critiques de Valérie Pécresse, présidente (LR) de la région Ile-de-France, soucieuse d'une défense plus affirmée de l'Europe.

Faure confronté à ses «frondeurs» insoumis

La position d'Olivier Faure n'est guère plus enviable ni confortable dans la famille socialiste. Si le premier secrétaire est sur la ligne historique pro-européenne du Parti socialiste (PS), une frange manifeste une hostilité ouverte à l'égard des institutions de l'UE. Cette ligne de partage correspond, peu ou prou, à celle qui sépare les sociaux-démocrates et les tenants d'un socialisme plus radical que les «frondeurs» ont illustré pendant toute la durée du quinquennat de François Hollande. Ces derniers, c'est un secret de Polichinelle, sont en pourparlers avec Mélenchon en vue des européennes.

Dans cette logique politique, une clarification de cette nature au sein du PS aurait pour conséquence mécanique de l'affaiblir encore électoralement et de couvrir momentanément la voix de Faure, qui a déjà du mal à être audible depuis le dernier congrès du parti. D'autant que les socialistes ont du mal à régénérer la philosophie sociale-démocrate pour lui trouver un espace crédible entre le macronisme et le socialisme révolutionnaire de LFI qui absorbe, petit à petit, l'électorat d'extrême gauche.

Dupont-Aignan veut refaire le coup de Pasqua

Dans le concert TCM, «Tous contre Macron», Nicolas Dupont-Aignan n'est pas en reste. Il n'y a pas une seule proposition ou une seule mesure de l'exécutif qui échappe à la vindicte de ses communiqués vengeurs. S'il surfe sur cette vague qui déferle sur le chef de l'État, l'ex-Premier ministre potentiel, virtuel et éphémère de Marine Le Pen lors de la présidentielle espère aussi élargir sa niche politique entre Les Républicains et le Rassemblement national (RN), sur la droite extrême de l'échiquier.

Alors qu'il est crédité de 5% à 6% des voix aux européennes dans les enquêtes d'opinion, Dupont-Aignan se propose de faire une OPA politique sur ces deux partis qui pèsent près de trois ou quatre fois plus que lui. Qu'à cela ne tienne, il espère rééditer, vingt ans après, le coup réussi par le duo Pasqua-de Villiers aux élections européennes de 1999. Le tandem souverainiste avait alors damé le pion à la liste RPR conduite conjointement par Nicolas Sarkozy et Alain Madelin: 13,06% des suffrages contre 12,82%! Le Front national de Le Pen père, concurrencé par Bruno Mégret, était alors au fond du trou.

Mais la situation est tout à fait différente en 2018. Le fait d'être le «premier» ou le «meilleur opposant» au président de la République ne garantit pas un score électoral à la hauteur de son adversaire en retour. De même que la popularité, bonne ou médiocre, n'est pas forcément en corrélation avec les intentions de vote. Un début de démonstration est apporté par les sondages eux-mêmes. Alors qu'elle n'est pas omniprésente sur la scène médiatique, qu'elle ne dispose pas d'un groupe à l'Assemblée nationale, qu'elle est confrontée à des mises en examen et qu'elle n'est pas épargnée par des soubresauts internes, la présidente du parti d'extrême droite est en passe de devenir la seule véritable gagnante de la stratégie anti-Macron.

Enquêtes sur les intentions de votes aux élections européennes depuis décembre 2017.

Depuis décembre 2017, six instituts de sondage ont réalisé neuf enquêtes sur les intentions de vote aux élections européennes de mai 2019. Ils mettent en lumière un effritement de la position de la liste LREM-MoDem qui, selon la dernière livraison d'Odoxa serait «au coude à coude» avec la liste RN: 21,5% contre 21%. Pour le moment, c'est le seul institut qui propose cette configuration où les hérauts pro et anti-européens font jeu égal. La moyenne des neuf sondages étalés sur dix mois leur donne, respectivement, 24,85% et 17,45% en intentions de vote.

Si on ne retient que les enquêtes effectuées par l'Ifop, institut le plus présent sur cette consultation, on note qu'en dehors du recul de la liste macroniste qui tangente le noyau dur des électeurs et électrices du premier tour du futur président de la République en 2017, les principales autres listes semblent faire du sur-place. Ainsi, l'extrême droite est fixée à 17%, Les Républicains à 15% et les Insoumis à 14%. Pour sa part, Dupont-Aignan enregistre une variation favorable de 0,5 point, à 6%, ce qui est donc dans l'épaisseur du trait.

Des alliances nouvelles pour troubler le jeu?

Comme à l'élection présidentielle, le «coude à coude» est surtout entre Wauquiez, successeur de François Fillon comme figure de proue de la droite, et Mélenchon, avocat du «dégagisme» ainsi que très probable candidat LFI en 2022. À huit mois du scrutin, ces deux chefs de file se battent pour les troisième et quatrième places. En l'état actuel des données, les deux premières se jouent entre les représentants affirmés des deux options les plus opposées pour l'Europe. Il semble normal, au grand dam des opposants qui ne veulent pas voir jouer un remake de la présidentielle, que le chef de l'État et la présidente du RN tiennent la corde dans cette confrontation généralement boudée par les électeurs et les électrices. De nouvelles alliances mettront-elles un peu de piment à l'affaire? C'est à souhaiter!

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