Santé

Combien de temps faut-il rester chez soi en cas de gastro?

Temps de lecture : 5 min

Même si nous nous sentons mieux, nous sommes souvent encore contagieux lorsque nous retournons au travail ou à l'école. Heureusement, il existe des moyens simples de protéger les autres.

Pour ne pas contaminer ses collègues, mieux vaut éviter le bureau quelque temps. | Rawpixel via Unsplash License by

Il n’est pas question d’imaginer aller travailler lorsque vous présentez les signes d’une gastro-entérite: nausée, crampes abdominales, vomissements et diarrhée. Mais qu’en est-il une fois que vous vous sentez un peu mieux? Quand pouvez-vous retrouver vos collègues sans leur faire courir de risque, ou envoyer vos enfants à l’école ou à la crèche?

En France, l’Assurance maladie recommande pour les gastro-entérites virales un arrêt de travail de trois jours, à adapter selon la sévérité des symptômes. Seulement, la vraie question qui se pose est: combien de temps une personne demeure-t-elle contagieuse après s’être rétablie d’une gastro-entérite?

Virus, bactérie ou parasite

Pour répondre à cette question, il faut se pencher sur les différentes origines possibles de la maladie. Les virus sont la cause la plus courante de gastro. Chez les nourrissons et les jeunes enfants, les rotavirus sont les plus fréquemment rencontrés, tandis que chez les adultes, les norovirus sont les principaux responsables.

Ces derniers causeraient, selon les études, jusqu’à 36% des cas de gastro-entérites aiguës en France. Et les gastro-entérites virales entraîneraient de 700.000 à 3,7 millions de consultations médicales par an.

Les gastro-entérites bactériennes sont elles aussi courantes. Les bactéries communément impliquées dans la gastro sont Escherichia coli (E. coli), Salmonella spp. (salmonelles), Shigella spp. (shigelles) et Campylobacter spp. Elles sont souvent retrouvées dans la viande crue ou insuffisamment cuite, les fruits de mer ou le lait non pasteurisé.

Des parasites tels que Giardia lamblia, Entamoeba histolytica et Cryptosporidium spp. peut également causer des gastro-entérites. La plupart du temps, les personnes infectées s'en remettent sans problème, mais celles dont le système immunitaire est affaibli peuvent rencontrer des complications.

Signalement parfois obligatoire

La plupart des cas de diarrhée sont modérés et ne requièrent pas le recours à un médecin, mais certains nécessitent des investigations plus poussées, en particulier chez les personnes qui rentrent de voyage, qui ont une diarrhée persistante depuis quatre ou cinq jours (ou durant plus d’une journée avec de fièvre), qui ont du sang dans leurs selles ou qui ont récemment employé des antibiotiques.

Le test le plus commun est la mise en culture de selles (coproculture), utilisée pour identifier les microbes qui ont poussé à partir de fèces liquides ou non moulées. Le rendement bactérien de ces cultures est faible, mais une réponse positive peut avoir des conséquences importantes pour la patiente ou le patient.

Certains organismes identifiés lors des analyses de selles doivent être signalés aux autorités de santé, car ils peuvent causer d’importants dommages dans certains groupes sociaux vulnérables, tels que les personnes âgées, les enfants en bas âge, les femmes enceintes ou les personnes avec système immunitaire affaibli.

En France, les toxi-infections alimentaires collectives, qui correspondant à deux cas au moins présentant les mêmes symptômes suite à un même repas, doivent obligatoirement être déclarées. Les signalements peuvent aider à identifier les débuts d’épidémies et à mettre en place les mesures appropriées.

Guérison trompeuse

Les microbes responsables de la gastro se disséminent en suivant le chemin oro-fécal, ce qui signifie que les fèces doivent être mises en contact avec la bouche pour que se produise la transmission.

La situation peut se produire si du matériel fécal infecté se retrouve dans l’eau potable ou contamine la nourriture durant sa préparation. Mais le plus communément, elle est dûe à de petites particules de selles qui restent sur les mains après être allé aux toilettes. L’emploi de papier toilette pour s’essuyer ne suffit pas à prévenir complètement la contamination des mains, encore moins en cas de diarrhée.

Les particules finissent généralement dans la bouche d’une autre personne après la préparation de nourriture, ou lorsque celle-ci touche une surface contaminée puis porte ses doigts à sa bouche.

Même si l'on a complètement récupéré d’une gastro, des micro-organismes infectieux peuvent rester présents dans ses selles. L’excrétion de Campylobacter spp., de la souche E. Coli O157, de Salmonella, de Shigella, de Cryptosporidium, d'Entamoeba et de Giardia peut continuer pendant plusieurs jours, voire semaines. Des personnes guéries d’une infection à salmonelles ont par exemple excrété la bactérie dans leurs selles jusqu’à 102 jours plus tard.

Les parasites peuvent quant à eux rester dans l’intestin durant de longues périodes, bien après que la diarrhée soit terminée. Des oocystes infectieux de Cryptosporidium peuvent se retrouver dans les selles jusqu’à cinquante jours après la maladie. Les oocystes de Giardia, eux, peuvent être excrétés encore plus tardivement.

Délai raisonnable

La plupart des conseils concernant le retour au travail, à l’école ou à la crèche sont basés sur les gastro-entérites virales les plus communes, celles à norovirus, même si l’origine réelle de la maladie n’est connue que pour très peu de patientes et patients.Pour les norovirus, le taux le plus élevé d’excrétion dans les selles survient vingt-quatre à quarante-huit heures après que tous les symptômes ont disparu, et il diminue très vite ensuite.

L’excrétion virale peut durer plus de deux jours, mais comme les infections à norovirus sont communes et la récupération rapide, il n’est pas considéré comme indispensable d’attendre que les selles ne contiennent plus de virus pour retourner travailler.

La plupart des gens peuvent retourner travailler dès vingt-quatre heures après la fin des symptômes, mais quarante-huit heures sont considérées comme nécessaires pour certaines catégories à risque, afin d'éviter qu’elles ne contaminent les autres. Il s’agit par exemple des personnes assignées à la préparation de nourriture, du personnel de santé ou des enfants de moins de cinq ans vivant en communauté (crèches, groupes d’activités).

Si les analyses de selles identifient un micro-organisme à déclaration obligatoire, la situation peut changer légèrement. Les personnels à risque affectés par une souche d'E. coli entérohémorragique ou de shigelles ne sont par exemple pas autorisés à retravailler avant que les symptômes aient disparu et que deux coprocultures négatives aient été réalisées, à au moins vingt-quatre heures d’intervalle. L'arrêt de travail peut alors être prolongé de plusieurs jours.

Gestes à adopter

Se laver les mains fréquemment avec du savon est le moyen le plus efficace d’empêcher la transmission des germes responsables de la gastro. Si 10.000 cystes de Giardia étaient placés dans la paume d’une main, le lavage au savon en éliminerait ainsi 99%.

Pour protéger les autres, il faut aussi désinfecter immédiatement et soigneusement les surfaces sur lesquelles les malades ont vomi. En utilisant des gants jetables, lavez-les avec de l’eau chaude et un détergent neutre, puis désinfectez avec de l’eau de Javel à 0,1% de chlore actif.

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

The Conversation

Vincent Ho Gastro-entérologue

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