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Des femmes ont reconstruit le pont de Waterloo et il a fallu des années pour le prouver

Temps de lecture : 2 min

Une historienne a retrouvé la preuve de la contribution de 350 femmes à la reconstruction du pont de Waterloo.

Une femme anglais travaille dans la construction pour la Navy, 1939-1945 | Coote R G G (Lt), Royal Navy official photographer via Wikimedia CC License by
Une femme anglais travaille dans la construction pour la Navy, 1939-1945 | Coote R G G (Lt), Royal Navy official photographer via Wikimedia CC License by

Il y a de nombreux domaines dans lesquels l'histoire finit par oublier les femmes. En science cela porte même un nom: «l'effet Matilda», soit la minimisation systématique du travail des femmes scientifiques au profit de celui des hommes –certains vont même jusqu'à recevoir un prix Nobel à leur place.

Dans le puits de l'oubli on jette aussi des autrices, comme nous le rappelait Titiou Lecoq en janvier, et parfois des ouvrières. L'histoire du pont de Waterloo de Londres en est un parfait exemple. Pendant plus d'un demi-siècle a bruissé une rumeur: le pont aurait été reconstruit par des femmes pendant la Seconde Guerre mondiale. Aucun livre d'histoire, aucune archive n'en fait cependant mention. Le site Atlas Obscura nous apprend que lors de la cérémonie d'inauguration en décembre 1945, le Premier ministre a déclaré que «les hommes qui ont construit le pont de Waterloo sont des hommes chanceux». Mais en 2015, l'historienne Christine Wall confirme qu'il aurait plutôt dû parler de femmes chanceuses.

Une photo pour tout changer

Reconstruire le pont de Waterloo était crucial à l'époque. Le premier avait ouvert en 1817, mais un peu plus d'un siècle plus tard, en 1923, les autorités doivent le faire renforcer à cause de problèmes structurels. Finalement, le maire de Londres décide de détruire l'édifice, en 1934, pour mieux le reconstruire. Au début de la guerre, en 1939, 500 hommes travaillent à sa construction, en 1941, ils ne sont plus que cinquante. Le maître d'oeuvre Peter Lind & Co décide finalement d'embaucher des femmes, environ 350 selon l'association des Femmes ingénieures britannique.

Christine Wall a contribué au documentaire de Karen Livesey The Ladies Bridge, qui retrace l'histoire orale de ces femmes constructrices, puisqu'«aucune archive» n'était disponible, témoigne l'historienne. Elle se fait confirmer par la fille de Peter Lind & Co, dont l'entreprise a été liquidée depuis, que des femmes travaillaient bien sur le site –elle les voyait en allant rendre visite à son père.

Wall parvient aisément à trouver des traces du travail des femmes dans les entreprises ferroviaires ou dans la fabrication de munitions, mais cela se corse pour la construction. L'historienne trouve des photos dans les archives du musée de Imperial War du travail des femmes dans la construction, mais pas pour celle du pont de Waterloo.

En 2015, elle atteint enfin son but. Dans les archives du musée national des médias de Bradford, Christine Wall déniche une série de photos prises par un journaliste du Daily Herald. On y voit des soudeuses en plein démantèlement de l'ancienne version du pont. Cette découverte est alors inscrite dans l'organe officiel du gouvernement britannique de préservation de l'histoire, Historic England, et trouve sa place dans les archives.

Slate.fr

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