Boire & manger / Société

Amis vegans, foutez la paix aux bouchers!

Temps de lecture : 4 min

[Blog, You will never hate alone] Moi qui ne mange plus de viande, à force de voir les bouchers être stigmatisés comme des assassins sans scrupules, j'ai comme une envie de leur commander une bonne côte de bœuf.

Boucherie Vendôme | jlggb via Flickr CC License by
Boucherie Vendôme | jlggb via Flickr CC License by

Voilà quelques temps que j'ai cessé toute consommation de viande et autres volailles et que je prends garde à n'utiliser aucun produit qui pourrait être, de près ou de loin, d'essence animale. Et même si je continue à consommer poissons, œufs, beurre, lait, sans en ressentir une quelconque fierté mais sans non plus me flageller chaque fois que j'ouvre une boîte de sardines, j'ai pour le mouvement vegan et ses adeptes une tendresse toute particulière.

Je les crois dans le vrai et je pense, avec toute la sincérité dont je suis capable, que le véganisme sera l'humanisme des siècles à venir. Qu'il incarne un système de valeurs dans lequel j'essaye de me reconnaître. Que leur combat pour laisser les animaux vivre leur vie loin des hommes et de leur folie sanguinaire est une cause juste et nécessaire. Et qu'un jour arrivera dans l'histoire de l'humanité –dans un siècle, dans dix siècles, dans cent siècles– où l'on considérera nos pratiques actuelles, cette industrialisation du commerce de la viande, comme barbare, rétrograde et, finalement, criminelle.

Pour autant, aussi légitime que soit ce combat, il n'autorise pas toutes les dérives. Quand je vois certains militants de la cause végane s'attaquer à la vitrine de boucheries en les aspergeant de faux sang, quand je les vois briser certaines devantures, quand j'entends leurs campagnes de stigmatisation envers cette profession de boucher, j'éprouve comme un certain malaise, voire même une honte réelle. Le brave boucher qui gagne sa vie en découpant des quartiers de bœuf n'est en rien responsable de la consommation de viande en France. Il est juste le simple exécutant, le marchand qui permet à sa clientèle de se fournir en steaks et autres escalopes de veau sans pour autant être ce personnage sadique qui prendrait un malin plaisir à tronçonner dans son arrière-boutique des carcasses entières d'agneaux.

Il se contente de faire son boulot dans l'exercice d'une profession qu'il n'a pas forcément choisie et où, à force de travail et de sacrifice, il parvient, plus ou moins péniblement, à gagner sa vie. Ce n'est ni un monstre et encore moins un criminel marqué du sang de ses innocentes victimes. Je ne prétends pas qu'il fasse œuvre de salubrité publique ou qu'il incarne un idéal de pureté dont on devrait tous s'inspirer; certes non. Mais de là à en faire un Goebbels en tablier qui s'endormirait tous les soirs en rêvant à un holocauste de vaches sacrées, c'est pousser un peu loin le bouchon.

Le boucher répond à une demande, point barre

Faut-il rappeler que lorsqu'une vache frappe à la porte du boucher, elle est déjà morte et bien morte? Que le massacre a déjà eu lieu? Qu'il est déjà trop tard, bien trop tard. Que l'animal est passé de vie à trépas sans que le boucher n'ait son mot à dire. Que le processus qui consiste à enlever la vie à un animal innocent s'est accompli sans lui, dans l'horreur d'abattoirs où le sang aura coulé à flots, parmi les effluves d’abats et de carcasses dont l'odeur monte à la tête et répand ce parfum de mort et de désolation absolue.

Et que si ces abattoirs existent, si des animaux sont conduits de ces entrepôts sinistres à la coquette devanture de nos boucheries, c'est pour répondre à une demande, laquelle là aussi n'est point le fait du boucher. Que je sache ce dernier n'est pas là à patrouiller dans les rues, son couteau à la main, à la recherche du premier passant qui oserait s'aventurer devant sa boutique sans s'offrir un petit détour à l'intérieur. Avant de s'en retourner chez lui avec un carré d'agneau sous le bras.

Le boucher répond à un besoin, à une demande; point barre. Il n'est pas ce grand propagateur de la mort animale qui irait d'orgasme en orgasme à chaque fois que son couteau dépècerait un quartier de viande ou se délecterait de plaisir à la simple vue de carcasses sanguinolentes entreposées dans sa chambre froide.

Non, le seul responsable de toute cette déréliction, de tous ces massacres à grande échelle, c'est votre voisin, votre frère, votre ami, toutes ces personnes qui continuent, envers et contre tout, à dévorer de la viande, parfois en des proportions inconsidérées, sans en éprouver un quelconque remords. Ce sont eux qu'il faut non point stigmatiser mais essayer de raisonner en leur indiquant avec toute la pédagogie dont on peut être capable, que leurs agissements, leurs pratiques alimentaires participent à cette grande industrie de la mort dont le principe même déshonore le genre humain.

Oui, enlever la vie à des animaux innocents qui n'ont rien demandé, qui aspirent juste à vivre leur vie sans emmerder personne, est dégueulasse. Oui ceux qui continuent à emplir leurs assiettes de produits issus du monde animal sont responsables –moi le premier– d'un génocide qui ne dit pas son nom. Oui se délecter d'une côte de veau équivaut à se réjouir de la mort d'un animal qui participait comme n'importe quel être sensible, à cette chose insensée qu'on nomme la vie. Oui il faut travailler sans relâche le corps social, les institutions, les responsables politiques, les citoyens de tout bord pour que cessent ces pratiques d'un autre temps. Oui, les militants vegans sont dans le vrai quand ils filment les conditions atroces dans lesquelles sont assassinés les animaux et quand il les diffusent sur les réseaux sociaux. Oui les militants vegans sont nécessaires à la société parce qu'ils indiquent la marche à suivre pour en finir avec ces coutumes barbares. Oui, ils doivent continuer à manifester, à écrire des tribunes, des livres, à discuter, à échanger, à provoquer des prises de conscience qui finiront, à la longue, par influencer les comportements alimentaires.

Oui, les habitudes sont longues à changer; oui, il faut du temps, beaucoup de temps et de patience pour déshabituer les gens de consommer des produits issus de l'exploitation animale; oui, c'est une œuvre de longue haleine; oui, pendant ce temps-là des bêtes continuent et continueront à mourir; oui, on peut parfois céder au découragement lequel engendre de la frustration et de la colère quand on s’aperçoit à quelle lenteur les mentalités changent; oui, il y a de quoi s'étrangler de rage quand on voit avec quelle inertie le gouvernement actuel traite la question animale... mais de s'attaquer de la sorte à des boucheries ne contribuera en rien à accélérer le mouvement: bien au contraire, il ne provoquera que crispation, ressentiment, énervement, victimisation et, au final, par un processus d'identification, débouchera sur un regain de popularité de la filière bovine auprès des consommateurs.

Ce qui somme toute serait assez... bête!

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Laurent Sagalovitsch romancier

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