Société

Le problème des conversations à quatre et plus

Temps de lecture : 2 min

Notre cerveau n'est pas programmé pour subir cela.

L'enfer du bout de table  | Priscilla Du Preez via Unsplash CC License by
L'enfer du bout de table | Priscilla Du Preez via Unsplash CC License by

Vous avez rendez-vous au restaurant avec votre bande de potes de la fac; vous serez une dizaine alors vous vous assurez d'être relativement à l'heure pour pouvoir être à côté de qui vous désirez, parce que si on vous sépare de vos BFF, vous savez que vous passerez une mauvaise soirée. En partie parce que mener une conversation en groupe est quelque chose de très compliqué. Il y a d'ailleurs une expression en anglais pour signifier cette difficulté: le «dinner party problem», le problème du dîner. Quatre personnes à table ou moins et la conversation est fluide, cinq ou plus et l'on se sépare, presque mécaniquement, en petits groupes de deux ou trois.

Jaimie Krems est professeure assistante de psychologie à l'université d'Oklahoma et travaille avec le professeur Robin Dunbar, un psychologue évolutionniste, inventeur du «nombre de Dunbar», le nombre maximum d'individus avec lesquels une personne peut entretenir une relation humaine à la fois –environ 150. La chercheuse tente d'apporter une réponse scientifique au problème du dîner dans une publication à paraître dans Evolution & human behaviour, revue sur l'évolution et le comportement humain.

Plus de trois, c'est compliqué

Les psychologues sociaux auraient repéré ce problème il y a des dizaines d'années, nous apprend Quartz. Car il est aussi vieux que les interactions humaines. Dans la littérature et notamment chez Shakespeare, l'intrigue repose en moyenne sur une vingtaine de personnages mais ils n'apparaissent que très rarement tous ensemble, les conversations se limitent plutôt à de petits groupes de quatre ou moins –d'après l’observation de dix de ses pièces menée par Robin Dunbar. On retrouve le même phénomène au cinéma, pourtant plus récent, notent Krems et Dunbar.

Cette limite à quatre interlocuteurs ou interlocutrices est très certainement due à une «évolution des contraintes cognitives de l'humain», explique Krems; une personne ne «serait capable de gérer que trois autres esprits à la fois, d'où les conversations à quatre».

Car notre société est fondée sur les paires, selon la psychologie sociale: imaginons une conversation entre quatre êtres humains, vous, Nicolas, Laura et Marie. Dans une conversation à quatre, il y a six paires possibles qui peuvent parler en même temps: vous et Nicolas, vous et Laura, vous et Marie, Nicolas et Laura, Nicolas et Marie, Laura et Marie. Vous faites ainsi partie de trois d'entres elles, vous pouvez donc influencer la moitié des conversations possibles dans le groupe.

À trois, il y a trois paires et une seule vous exclu. Mais s'il y a cinq personnes alors il y a dix combinaisons possible dont six –une majorité– qui vous mettent de côté; il est donc plus difficile de faire entendre votre point de vue.

Faire entendre son point de vue

Kerms et Dunbar expliquent que tout au long de son évolution, l'humain a combattu sa peur d'être mis en minorité dans un groupe. Le danger d'être isolé dans la société pour un homme ou une femme étant, au début de l'histoire humaine, équivalent à une sentence de mort. Par ailleurs, il est avantageux de faire partie de la conversation quand un groupe doit prendre une décision importante: où se réfugier? où cacher de la nourriture? Un avis a de plus grande chance d'être entendu quand on peut convaincre au moins la moitié du groupe.

«Comme quelqu'un qui fuit la mort en évitant d'être dépassé dans les interactions de groupes, il échappe peut-être à la condamnation sociale ou à l'exclusion en évitant d'être mis en minorité par les autres paires dans les interactions de groupes», écrivent Kerms et Dunbar.

D'où ces mini-groupes qui se constituent comme par magie lors des grandes tablées.

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