Culture

L'humanité ne peut pas vivre sans Dieu

Temps de lecture : 3 min

Demander à l'humanité de se passer de Dieu, c'est comme exiger d'un enfant qu'il s'endorme sans avoir entendu son histoire favorite. Cruel et inadapté.

Oh That God | Alan Levine via Flickr CC License by
Oh That God | Alan Levine via Flickr CC License by

Je ne suis pas religieux. Je ne vais jamais à la synagogue. Je ne prie jamais. Je suis résolument, instinctivement, férocement, farouchement agnostique. Néanmoins, il me semble que je parle à Dieu à chaque seconde de mon existence. Quand je dis Dieu, je songe non point à un être alangui dans ses latitudes célestes, maître de l'univers, commandeur de nos destinées, mais bien plus à cette force étrange, inconnue, insondable, à l'origine de tout, force que jamais la science, aussi savante soit-elle, ne parviendra jamais à expliquer, pas plus que les intelligences les plus éclairées.

Le grand mystère.

Et je demeure persuadé que les être humains, dans leur immense majorité, ne peuvent supporter le chaos de toute vie, la parfaite tragédie de l'existence, l'irrémédiable impasse de la mort, sans avoir la possibilité d'imaginer une vie future qui ne serait pas forcément la réplique améliorée de celle passée sur terre mais une chose par essence extraordinaire dont nul, limités que nous sommes par l'étroitesse de nos capacités mentales, ne saurait envisager à quoi elle pourrait bien ressembler.

Songer à une vie qui s'arrêterait à la profondeur d'un caveau, sans avoir jamais la possibilité de revoir ceux que nous avons tant aimés, dans une solitude éternelle, voisine du néant et cousine de l'infini, me semble être une perspective bien trop cruelle, bien trop sèche et abrupte, pour convenir au cœur humain en général. Probablement, faudrait-il tendre vers cet absolu, vers cette acceptation d'une vie qui se résumerait à elle-même sans aucun espoir de la poursuivre sous une forme ou une autre dans un impossible au-delà, mais cette seule éventualité exige une telle intransigeance intellectuelle, un tel aplomb, une telle force mentale, qu'elle ne saurait s'appliquer à l'ensemble de l'humanité.

Décréter et admettre la mort de Dieu sans rien trouver à lui substituer, sans rien proposer pour combler cette absence, ce manque affectif, ce compagnonnage mystique, relève d'une utopie par essence inaccessible au commun des mortels, une sorte d'idéal philosophique réservé à une poignée d'esprits libres capables d'affronter les méandres du monde dans ce parfait relâchement de la pensée qui s'autorise toutes les transgressions et toutes les audaces philosophiques.

Mais les autres, ceux qui ont reçu une éducation imparfaite, ceux que la vie dès le berceau a étranglés de son joug assassin, ceux qui n'ont rien pour aller dans l'existence, ceux qui sont pauvres d'esprit et d'argent, ceux qui se tuent à la tâche sans jamais avoir le temps ou la chance de s'abandonner aux spéculations métaphysiques, ceux-là, vous ne pourrez jamais les priver de ce fier espoir, de cet horizon plein de promesses nommé Dieu.

Non seulement vous ne pouvez pas mais vous ne devez pas.

Ce sont comme des enfants qui ne peuvent s'endormir sans entendre la voix rassurante de leurs parents occupés à leur lire une histoire. Ce sont comme ces drogués qui vacillent si jamais leur sang ne charrie plus cette substance à même d'apaiser leur esprit. Ce sont tous des orphelins de l'âme qui pour survivre à cette existence passée dans le clair-obscur de chambres privées de lumière et de légèreté, dans ce face-à-face terrifiant avec les mystères de l'univers, le chaos du monde, le silence du cosmos, cherchent une raison d'espérer, de transcender leur quotidien par une force qui les surpasse, les guide et les apaise.

Peut-être est-ce un point à atteindre, peut-être l'humanité aura achevé sa folle course le jour où elle se sera débarrassée à tout jamais de Dieu. Où elle cessera de penser à lui comme à ce recours un brin puéril qui enracine l'être humain dans des croyances naïves qui l'accable de commandements sévères et de pratiques désobligeantes quand ce ne sont pas des incitations à vilipender celui ou celle qui penserait différemment.

Oui peut-être ce jour-là, l'homme sera-t-il devenu vraiment libre et pourra-t-il enfin accomplir sa destinée: celle d'un être sans attache résolu à établir le royaume des cieux sur terre.

En attendant... vu qu'on ne sait jamais... que allez savoir si cela se trouve... que l'impossible est toujours possible, je m'en vais jeûner pour Kippour.

C'est plus sûr.

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