Délocalisations: la politique de l'esbrouffe
Face aux délocalisations industrielles, l'Etat fait du spectacle. Peut-il en être autrement?
- Christian Estrosi, le ministre de l'Industrie, et la directrice de la rédaction de Vogue, Anna Wintour. REUTERS -
Déclarations va-t-en guerre
Après Renault, Christian Lacroix, Heuliez... une nouvelle allumette vient de mettre le feu aux poudres. En l'occurence aux dépots de carburants de Total. Un an après une première polémique, le major pétrolier français déclenche à nouveau le scandale en annonçant sa décision de fermer sa raffinerie près de Dunkerque. Une fois de plus, le grand barnum médiatique s'est mis en branle pour dénoncer qui, la faute de goût de Total qui s'apprête à annoncer près de 8 milliards d'euros de profits. Et de dénoncer pêle-mêle son inconscience sur les conséquences sociales d'une telle décision dans un pays malade du chômage, une erreur de communication, ou enfin une lourde faute politique.
La mécanique paraît bien huilée: la nouvelle affaire Total a aussitôt déclenché les déclarations va-t-en guerre du gouvernement. «Nous n'accepterons pas qu'une initiative soit prise de manière unilatérale sans que tous les engagements soient apportés pour pérenniser l'emploi actuel de la raffinerie,» a affirmé le ministre de l'Industrie, Christian Estrosi.
Va-t-on une fois de plus jouer un remake des psychodrames dont la France s'est de longue date accoutumée depuis les affaires Lu-Danone et Michelin d'il y a quelques années qui ont été jusqu'à déboucher sur des lois?
Dans le cas de Renault, où il est intervenu pour obliger le constructeur à revoir son projet de délocaliser la majeure partie de la production de la future Clio en Turquie, l'Elysée, certes, n'était pas totalement illégitime à se manifester au regard des masses d'argent public injectées dans la filière automobile pour lui permettre d'affronter la crise. Pas plus qu'on ne peut lui reprocher de penser qu'entre aujourd'hui et le moment où l'avenir du site de Flins de Renault sera assuré par le développement de la voiture électrique, il se passera beaucoup de temps, trop pour imaginer qu'une soudure, sans solution transitoire, soit possible sans casse sociale.
Dans le cas de Total, on peut en revanche s'interroger sur la justesse de l'interventionnisme de l'Etat et de la politique à grand spectacle qu'il semble prêt, une fois de plus, à lancer. C'est un fait difficilement contestable que l'Europe continentale est en proie depuis des années à de très fortes surcapacités de raffinage qu'il est difficile de résorber sans restructurer l'appareil de production et le redéployer. Parmi les solutions envisagées, Total examinerait l'implantation d'un terminal méthanier sur place en partenariat avec EDF, qui permettrait de sauver une partie des 370 emplois concernés et de proposer une solution de reclassement à tous les autres salariés atteints.
Une occasion pour l'Etat
A tout le moins, il est justifié de voir le ministre de l'Industrie expliquer qu'il sera très vigilant sur la manière dont le redéploiement du site sera réalisé. Il le serait beaucoup moins si l'Etat venait, sous la pression, à bloquer directement toute évolution du site. La décision de Total, pour apaiser les esprits, de reporter, après les élections régionales, sa décision ne fait que reporter la question.
On aurait pu espérer que cas Total offre plutôt la parfaite occasion de démontrer que l'Etat est lui aussi en train de mettre ses paroles en conformité avec ses actes et qu'il est bien lui-même en train de procéder à un bouleversement dans la manière dont il conçoit ses missions et son mode d'action, vis-à-vis du secteur industriel privé.
«Il ne faut pas tout attendre de l'Etat», avait lâché Lionel Jospin au journal de 20 heures, une phrase qui restera à jamais scotchée aux basques de l'ancien Premier ministre, accusé d'impuissance face à la logique implacable des marchés. Ses successeurs se sont bien gardés de tomber dans le piège. Plutôt qu'avouer leur incurie, ils ont compris qu'il vaut mieux, sous couvert d'un volontarisme de bon aloi, expliquer que l'Etat est désormais amené à faire des choix, à sélectionner des filières d'avenir et mettre tous les moyens pour les soutenir, quitte à lever le pied dans d'autres domaines.
Le soutien à l'industrie automobile passe par le choix du développement du véhicule électrique. C'est ainsi qu'on sauvera Flins. La remise en ordre de la filière nucléaire est un impératif faute de quoi ce qui constituait l'avance française risque de fondre comme neige au soleil. Pousser les feux dans les biotechnologies, les nanotechnologies, les énergies renouvelables, suppose un très solide effort de recherche et développement. A l'heure où la Chine et l'Inde ne sont plus seulement ces ateliers du monde que l'Occident se complaisait à décrire avec un mélange de crainte et de condescendance, mais sont entrées de plain-pied dans la course aux technologies en étant capables de rivaliser en qualité dans le médicament, l'aéronautique, les Etats occidentaux doivent impérativement et rapidement revoir leur mode d'action vis-à-vis de leurs industries.
Fixer des caps, faciliter les mutations
En France, c'est d'une certaine manière le rôle qui a été dévolu au Fonds stratégique d'investissement lorsqu'il investit dans les cartes à puces Gemalto, les biotechnologies ou encore le secteur para pétrolier (Technip). D'une autre manière, les choix par le gouvernement des cinq secteurs ciblés (enseignement supérieur, recherche et industries d'avenir) dans le cadre du grand emprunt participe de la même logique.
Là encore, l'Etat est à sa bonne place si son rôle consiste à fixer des caps et des visions prospectives, faciliter les mutations. Il l'est aussi lorsqu'il s'attaque à la taxe professionnelle pour rendre le territoire plus attractif. Ou encore en sortant de la seule logique du champion national, héritée de l'après-guerre, pour privilégier l'émergence des PME innovantes et oeuvrer à la pérennité des entreprises moyennes-grosses, celles qui créent des emplois. Il l'est aussi en revenant à une notion plus modeste de l'entreprise, moins flamboyante mais plus riche en emplois créés sur le territoire. Il l'est encore en tentant de remettre le système financier à l'endroit en obtenant des banques qu'elles remplissent leur fonction d'irriguer l'économie et de financer les entreprises au moment où l'on perçoit un semblant de reprise.
A quelques semaines des élections régionales, il est clair que ce type d'intervention n'a pas la résonance et ne garantit en rien un gain politique à court terme, contrairement aux invectives et aux mises en garde organisées de manière spectaculaire pour chercher à calmer une opinion frappée par la crise. Le fait que le gouvernement ait obtenu de la direction de Total qu'elle reporte finalement sa décision s'inscrit dans ce rapport de forces. Cela risque toutefois de n'être qu'une victoire de très courte portée. C'est en tout cas reculer pour mieux sauter d'ici à la fin du premier semestre. Et pour mettre à l'épreuve cette nouvelle conception du rôle de l'Etat, garant, régulateur, juge de paix, vis-à-vis des entreprises. Moins de verbe. Plus d'action.
Au passage, si elle se confirme, cette évolution vers une politique industrielle moderne insufflée par l'Etat risque de faire apparaître de plus en plus criant l'écart entre cette façon de remplir ses missions et la manière dont ce même Etat continue d'assumer son rôle d'actionnaire de grandes entreprises à la manière d'un conservateur des hypothèques. Son impuissance, alors qu'il est l'actionnaire majoritaire, à obliger EDF à soutenir à temps l'offre du consortium français pour l'appel d'offres de réacteurs nucléaires à Abu Dhabi en dit long sur la situation. Au même titre que son incapacité à faire tourner de manière plus dynamique son portefeuille de participations dans un certain nombre de grandes entreprises (France Télécom, Safran...) qui n'ont plus vraiment de raison d'être.
A continuer à trop sacraliser sa présence dans les grandes entreprises, alors que cela ne rapporte rien ni aux uns ni aux autres, l'Etat risque de ruiner d'une main ce qu'il tente de mettre en place, avec ses nouveaux modes d'intervention, de l'autre.
Philippe Reclus
LIRE EGALEMENT SUR LES DELOCALISATIONS: Capitalisme: les illusions de Sarkozy, Ce qui est bon pour Renault n'est pas bon pour la France et La France a perdu la bataille commerciale.
Image de une: Christian Estrosi, le ministre de l'Industrie, et la directrice de la rédaction de Vogue, Anna Wintour, à la sortie d'un entretien à Paris le 25 janvier 2010. REUTERS
Mis à jour le 01/02/2010 à 18h33










































Mr Estrosi est-il le gouvernement ?
Si oui, c'est grave parce que nous avions déjà le Grand Frédéric Lefèbvre, nous aurions maintenant un second comique qui bombe le torse et agite les pectoraux dès qu'une entreprise envisage d'aller produire ailleurs qu'en France.
C'est grave parce que c'est notre excellent ami MR Sarkozy qui impulse cette politique du show permanent et de la parlotte plutot que l'action et qu'il est en train de peupler nos ministères de ses bons amis capables de le signer.
Si Mr Estrosi n'est pas le gouvernement, alors on peut se prendre à rêver que pendant que certains s'agitent et parlent (beaucoup trop), d'autres travaillent à l'ombre des agités pour faire un difficile travail de fond de redressement d'une économie qui a bien besoin d'être aidée.
On peut alors raisonnablement s'interroger sur le bien fondé des conseils que Franck Louvrier, éinent conseil en pipolisation de Mr Sarkoy face à un peuple qui doute de plus en plus de la qualité et du sens de l'action de ses dirigeants.
Soit nous avons de vrais dirigeants qui agissent et laissons les parler, soi nous sommes dirigés par une agence Com' et il faut vite une élection pour les faire partir !!!! au secouuurrrrr !
Que peut faire valoir M. Estrosi sur ses références industrielles rien sauf peut-être le réglage d'une moto.
Dans l'affaire Fabris il a surtout parlé mais le résultat n'est pas à la hauteur du moulin à parole.
Concernat Total il a surtout négocié avec son tuteur chef de l'Etat un report de décision INDUSTRIELLE après les élections régionales.
Toute cette gesticulation est indécente et indigne pour ceux qui subissent de plein fouet les effets de la crise.
M. Estrosi n'est pas une référence de compétence "l'affaire du timbre poste sur RMC" a montré un personnage qui est capable de dire n'importe quoi pour faire croire qu'il est compétent.
Ce qui est important pour les poltiques ce n'est pas l'état de notre pays mais le bombage du torse pour en laissant croire qu'ils sont à la hauteur de leur tache.
Tout cela pourrait-être risible si leur kermesse n'apportait pas autant de souffrances pour certains de nos compatriotes.
Il n'existe que par M. Sarkozy mais la fin de celui-ci sera la tombe politique des portes-valises
Estrosi n'est pas à sa place dans ce rôle!
J'ose croire qu'après 40 ans d'industrie je sache un peu ce qui l'en est.
Surtout que tous ces politiques (droite+gauche) oublient l'industrie manufacturière (au sens étendu), c'est trop tard, Mitterrand a donné le coup d'envoi (désarmement des avions au Bourget en 1981) et Sarkosi parachève l'œuvre imbécile de ses prédécesseurs avec brio.
A titre d'exemple je vois mal un comptable donner des conseils à un paysan en train de traire sa vache.
ps même les "cac40" sont en plus mauvais état qu'on croit.