Égalités / Société

Laissons les femmes explorer leur plaisir anal

Temps de lecture : 14 min

Chez les hétéros, la sodomie reste une pratique bourrée de préjugés, associée à la souffrance et à la domination. Nul besoin pourtant de prostate ou de tendances SM pour l’apprécier.

«Ne peut être coutumière de la pratique anale qu’une femme qui s’assume.» | Andrei Lazarev via Unsplash License by

Alexia*, 36 ans, aime être sodomisée. Son goût pour le sexe anal a parfois étonné ses partenaires. «Certains mecs ont été surpris et me l’ont dit. Globalement, ça relevait d’une sorte de peur que je regrette ensuite, donc ils s’assuraient que j’en avais vraiment envie, que je ne cherchais pas à “leur faire plaisir”.»

Dans l’imaginaire collectif, seuls les détenteurs de pénis apprécieraient le coït anal, notamment parce que l’orifice est plus étroit que son voisin vaginal. Du côté des femmes, ce serait davantage éprouvant qu’affriolant; elles ne s’y plieraient qu’à la demande de l’homme et pour satisfaire sa seule jouissance –un cercle vicieux pouvant empêcher de l’expérimenter ou de l’affectionner.

«Je déplore que les femmes méconnaissent cette pratique et du coup en aient peur, pointe Maud*, 29 ans. La peur de la douleur est légitime, mais c’est parce que les filles s’imaginent que le mec rentre brutalement et ne savent pas assez non plus que le lubrifiant est limite impératif.»

Les chiffres sont là: selon l’enquête «Contexte de la sexualité en France», menée en 2006, seules 12% des femmes déclarent la pratiquer souvent ou parfois; davantage, 37% très exactement, en ont déjà fait l’expérience au moins une fois.

En 2011, l’étude réalisée par l’anthropologue et sexologue Philippe Brénot, qui a interrogé plus de 3.000 femmes sur leur vie intime, montrait que 68,7% des sondées s’étaient déjà adonnées au sexe anal; parmi elles, 67,8% l’avaient fait à la demande du partenaire et 43% avaient trouvé cette expérience déplaisante.

«Des études sur la sodomie dans la population homosexuelle, la sodomie et le VIH, la sodomie et la douleur, il y en a à la pelle. Mais il n’y a pas de littérature scientifique sur le plaisir ano-rectal», insiste la psychothérapeute et sexologue clinicienne Joëlle Lemaître, qui a enquêté avec sa consœur Florence Riga sur l’érotisation de la région ano-rectale chez la femme hétérosexuelle, pour combler cette absence de données.

Douleur

Dans la littérature tout court, on trouve aussi davantage trace de la douleur que de la sensualité. Dans son roman Clèves, Marie Darrieussecq raconte crûment la première expérience anale de Solange, la jeune héroïne: «Tout à coup (c’est très surprenant) ça glisse dedans. Dans le trou qui est là. Voyons les choses en face: dans le trou du caca. Une douleur qui racle. […] Il la redresse en tirant sur les hanches et en faisant un bruit rauque, il est cramponné, ça devient désagréable. Elle cherche à se frotter contre quelque chose. Mettre les mains elle n’ose pas, il paraît (Nathalie) que les vraies femmes jouissent sans les mains (même comme ça?). Elle descend les fesses à la recherche d’un oreiller ou d’une couverture en boule, c’est du sport –non, ça racle trop fort. Arrête. Arrête! “Quoi?” Arrête, s’il te plaît. Ça fait un peu mal. “Mais j’ai presque fini, là s’il te plaît oh là j’ai quasi fini”, sa phrase se perd dans ses mouvements, ça fait franchement mal, il faudrait se détendre (Nathalie dit que les femmes frigides ne savent pas se détendre), heureusement ça ne dure pas.»

La culture populaire a tendance à construire une image plutôt négative de la sodomie. Comme le fait remarquer l’historienne Anne-Claire Rebreyend, entre autres autrice de l’ouvrage Dire et faire l’amour: écrits intimes et confidences de 1910 à 2010, même dans les années 1970 dites de libération sexuelle, «les films et les chansons parlent de sodomie comme de quelque chose qui pose problème».

Ainsi de la chanson «La décadanse» de Serge Gainsbourg, interprétée en 1971 par l’artiste et sa compagne de l’époque, Jane Birkin. Les paroles «-Tourne-toi. […] -Non, pas comme ça» peuvent tout à fait être déchiffrées comme le signe d’une volonté uniquement masculine de pratiquer la sodomie et d'une aversion féminine.

Exemple encore plus flagrant, celui du Dernier tango à Paris, sorti en 1972, où le rapport anal est extrêmement douloureux pour la jeune héroïne, Jeanne –tout comme pour son interprète, Maria Schneider, à qui la scène a été imposée.

Agressions

En dehors de la fiction, les témoignages de femmes ne sont guère plus attrayants –quand on parvient à les dénicher. Les femmes sont peu nombreuses à aborder le sujet, souligne Anne-Claire Rebreyend. «Dans l’entre-deux-guerres, il est très rare que l’on en trouve trace dans les écrits autobiographiques et les journaux intimes. Là où l’on trouve la parole des femmes, c’est dans les archives judiciaires, pour s’en plaindre, dans l’idée que certains hommes aiment ça et l’imposent à leur partenaire.»

De quoi amalgamer dans les esprits cette pratique à des actes de violences et d’abus sexuels. Un constat recoupé par Sylvie Chaperon, professeure d’histoire contemporaine à l'université Toulouse-Jean-Jaurès et spécialiste de sexologie sous une approche genrée. Les premiers dans l’histoire à parler de sexualité anale dans les couples hétérosexuels sont en fait «les médecins légistes, qui doivent diagnostiquer s’il y a eu sodomie ou non en cas de viol ou d’attentat à la pudeur», à l’instar d’Ambroise Tardieu, qui dans son Étude médico-légale sur les attentats aux mœurs, parue en 1857, rappelle l’historienne, décrit «les marques physiologiques selon lui certaines de la pénétration anale».

Silence

S’il est parfois fait mention du plaisir ressenti par les femmes, c’est surtout dans la bouche –ou du moins les écrits– d’hommes. Ainsi des «séances d’enculage» pratiquées dans les années 1950 par un journaliste parisien, selon la dénomination de son journal intime, comme le relevait Anne-Claire Rebreyend dans son article «Sur les traces des pratiques sexuelles des individus ordinaires».

«Il écrit que ces “séances d’enculage” ont plu aux prostituées, aux amantes de passage, à sa belle-mère (!) ainsi qu’à sa femme, avec qui il décide, pour recoller les morceaux de son couple, d’adopter des pratiques plus variées, complète la chercheuse. La sodomie aurait provoqué chez elle une “extraordinaire jouissance”. Mais cela reste sa parole, une parole masculine d’un homme estimant être un amant extraordinaire. Se vante-t-il? Impossible à trancher.»

Quoi qu’il en soit, ce silence quasi abyssal des femmes et la prise de parole presque uniquement masculine sur ce sujet conforte l’impression que ce sont les seconds qui souhaitent cette pratique, les premières se pliant à leurs desiderata.

«Même dans les années 1970, où l’on parle de sexualité, de plaisir, de désir, cela reste une pratique mal vue et mal perçue pour les femmes.»

Anne-Claire Rebreyend, historienne

D’autant que les rares fois où l’on entend des femmes oser parler sodomie, ce n’est en effet pas pour en vanter les mérites. «Dans l’émission “Responsabilité sexuelle”, de Menie Grégoire, diffusée sur RTL à partir de 1973, des auditrices appellent ou écrivent pour parler sexualité, raconte Anne-Claire Rebreyend. Je n'ai trouvé qu'une seule femme dans les lettres à Menie Grégoire qui, en 1975, après s’être dite très sensuelle et avoir énuméré toutes les pratiques testées avec son mari, parmi lesquelles la sodomie, énonce qu’elle aime tout! Sinon, tout ce que j’ai pu lire était négatif: c’est sale, cela génère de la souffrance ou bien c’est un substitut momentané à la pénétration vaginale lorsqu’elle n’est pas possible –pendant les règles, en cas d’infection ou parce qu’il y a trop d’enfants. Même dans les années 1970, où l’on parle de sexualité, de plaisir, de désir, cela reste une pratique mal vue et mal perçue pour les femmes.»

Plan B

Même quand elle n’est pas contrainte, la sodomie apparaît comme une pratique par défaut, vers laquelle on se tourne avec dépit. La preuve quelques décennies plus tôt, avec la centaine de lettres adressées entre 1924 et 1943 à l’abbé Viollet, directeur de l’Association du mariage chrétien. Les catholiques y abordent –avec quelques détours– la question de la sexualité anale.

«Ce sont surtout des femmes qui lui écrivent, parce qu’elles sont en souffrance de ne pas arriver à respecter tous les interdits de l’Église et demandent s’il s’agit d’un péché mortel ou si elles peuvent avoir une dispense parce qu’elles ont déjà beaucoup d’enfants et doivent satisfaire leur mari», explicite Anne-Claire Rebreyend. La sodomie apparaît alors comme «une pratique de secours lorsqu’il n’est plus possible pour ces femmes d’avoir une pratique considérée comme normale pour l’Église et la moralité», à savoir la pénétration vaginale.

C’est aussi ce qu’on retrouve dans Clèves, le passionnant et très réaliste roman de Marie Darrieussecq où l’on suit l’initiation sexuelle de Solange, dont le petit copain décide de la sodomiser parce qu’elle a ses règles: «Il se rallonge en petite cuillère. Elle sent un truc vraiment bizarre, un truc pas du tout normal mais il l’enlace très fort, elle crie arrête et il arrête. “C’est le mieux. Le mieux à faire. Puisque tu ne peux pas.” Hein? “Ne m’oblige pas à mettre des mots sur tout. C’est gênant. […] Par exemple ça se fait depuis toujours, c’est un fait culturel. [...] Mais ça va aller tout seul, pour que ça glisse je veux dire, donc d’abord tu me suces et ensuite ça va tout seul.”»

Anormalité

C’est bien le signe que les mentalités n’ont pas tant évolué que cela par rapport aux lettres adressées à l’abbé Viollet dans les années 1930 ou à Menie Grégoire dans les années 1970.

En attestent aussi les réactions des jeunes des établissements scolaires où intervient le Dr Kpote, animateur en prévention sur la sexualité et auteur de Génération Q. «La sodomie est considérée comme une méthode un peu pratique pour dépanner sur l’histoire de la virginité, les jeunes l’abordant notamment dans un cadre religieux et demandant si l’on peut garder sa virginité, au sens de l’hymen intact, avec un rapport anal», détaille-t-il. Pour le reste, c’est un acte qui reste à part. «Dans un groupe, quand c’est abordé, c’est toujours sous la forme du rejet, du dégoût, quelque chose de pas normal, associé aussi à l’homosexualité. La première réaction des classes, c’est “ah, c’est dégueulasse”.»

Pour Delphine, adepte de la sodomie, c’est là aussi où le regard de la société bloque: «On associe la sodomie à des relations homosexuelles, d’où le tabou de la sexualité anale entre un homme et une femme.»

Un tabou qui remonte à loin: dans Le Comportement sexuel des Français, grande enquête menée par le médecin Pierre Simon et publiée en 1971, le docteur «s’exprime favorablement sur la sexualité orale et de la masturbation, mais se prononce contre les rapports anaux hétéros, qui signifieraient que l’homme a un désir plus ou moins inconscient homosexuel ou bisexuel et qui, pour la femme, correspondraient à du masochisme ou à une fixation infantile au stade anal, indique Anne-Claire Rebreyend. Et ce, alors qu’on est dans les années 1970 chez un sexologue réputé très ouvert. On a l’impression de revenir aux années 1940 et à Kinsey!»

Petite vertu

L’Américain Alfred Kinsey a beau avoir fait tomber de nombreux tabous sexuels en publiant en 1948 et 1953 des études sur le comportement sexuel de l’homme et de la femme, dans lesquelles il mentionne entre autres «le “jeu anal” dans la sexualité conjugale», note la chercheuse, «il classe le coït anal hétérosexuel dans les pratiques sadomasochistes, sadique pour les hommes et masochiste pour les femmes. Il n’envisage pas une seule seconde que les femmes puissent y trouver du plaisir sans douleur. C’est pour lui une pratique borderline et minoritaire».

Pas étonnant que, parmi les témoignages des années 1940-1950 étudiés par Anne-Claire Rebreyend, on retrouve ceux d’hommes qui ont «honte» de pratiquer le coït anal au sein de leur couple, parce qu’«ils ont l’impression qu’ils traitent leur femme comme une maîtresse, donc mal».

«La sodomie est automatiquement associée au porno, au SM, à la dépravation.»

Maud

Il faut dire, comme le mentionne l’historienne Sylvie Chaperon, que pendant longtemps, le terme sodomie ne signifiait pas coït anal mais rapports entre hommes et, incidemment, rapports «déviants».

Certes, on n’est plus dans les années 1940. «Les mentalités ont heureusement évolué, mais ça reste très mal vu, signale Maud. La sodomie est automatiquement associée au porno, au SM, à la dépravation. Les gens pensent que les filles qui font ça sont de petite vertu.»

Une façon de voir qui ne peut qu’être corroborée par son omniprésence et sa force de frappe sur les sites pornographiques. «Dans les menus sur le côté, “anal”, c’est le premier», précise le Dr Kpote. Alexia poursuit: «D’après moi, la sexualité anale renvoie dans notre société une image assez sulfureuse. J’ai entendu un jour [le sexologue] Sylvain Mimoun dire que la sodomie était la fellation d’il y a vingt ans, et je suis à peu près du même avis.»

Masturbation

«Comme toutes les pratiques sexuelles, la sodomie est plus taboue que ce qu’on veut bien laisser croire, ponctue la sexologue Joëlle Lemaître. Or il est certain que si l’on a des croyances limitantes, du type “c’est sale” ou “pas autorisé”, cela ne va pas faciliter le rapport. Dans ma pratique, je reçois des femmes qui voudraient bien se livrer à la sodomie, souvent sur insistance de leur partenaire, mais n’arrivent pas à lâcher prise et ont donc mal.»

C’est pour cela que, d’après l’enquête qu’elle a menée avec sa consœur Florence Riga, «les femmes qui ont retiré du plaisir de cette pratique sexuelle sont des femmes qui connaissent très bien leur corps» –qui savent ce qu’elles aiment, quelles sont leurs limites, ce qu’elles ont envie d’expérimenter.

Deux corrélations ont été établies par les deux sexologues: «Plus les femmes ont du plaisir dans la sexualité générale, plus elles ont des rapports sexuels [et] plus la fréquence des rapports ano-rectaux augmente»; «plus la masturbation est fréquente, plus elles ont des orgasmes ano-rectaux et de rapports ano-rectaux». Ce n’est pas le fantasme qui les a menées à apprécier la sexualité anale, mais bien leurs sensations et leur plaisir. «Ne peut être coutumière de la pratique anale qu’une femme qui s’assume», appuie Maud.

Alexia affirme ainsi n’avoir «jamais eu une quelconque “lecture” de la sexualité anale dépassant le stade “hédoniste”: c’était une source de plaisir ou de déplaisir, point, comme n’importe quel goût, n’importe quelle orientation, qu’elle soit sexuelle ou pas». Elle a découvert le plaisir anal par la masturbation. «J’avais tendance à serrer très fort mon sphincter anal en me masturbant, et donc assez “naturellement”, j’en suis venue à tester le truc puis à me mettre des objets dans le cul», dépeint Alexia. D’où l’envie d’expérimenter ensuite avec un pénis, ce qui explique que son premier rapport anal ait été réalisé à sa demande.

Lâcher-prise

Cela ne garantit en rien une réussite ni une expérience plaisante du premier coup. Ce premier coït anal a été, selon ses termes, «une catastrophe»: «J’ai eu très mal, le mec était totalement penaud.»

Mais cela n’est pas un obstacle infranchissable à vie. «Nous avons également cherché à savoir si le degré de plaisir se modifiait entre la première expérience de pénétration ano-rectale et les suivantes. La réponse est unanime: oui, toujours vers le mieux», rédigent les sexologues.

«La recette me semble assez simple: y aller doucement, notamment pour le premier tiers, comme les impôts. Et utiliser beaucoup de lubrifiant.»

Alexia

«J’ai quasiment eu tout de suite envie de recommencer, continue Alexia, car je savais que le problème était d’ordre technique: le mec y était allé trop vite, avec trop peu de lubrifiant…» Et elle est vite parvenue à ce que la douleur ressentie lors de ce premier rapport disparaisse et laisse place au plaisir et aux orgasmes: «La recette me semble assez simple: y aller doucement, notamment pour le premier tiers, comme les impôts, plaisante-t-elle. Et utiliser beaucoup de lubrifiant.»

Outre l’utilisation de lubrifiant, plusieurs facteurs viennent améliorer l’expérience, parmi lesquels le lâcher-prise. Un élément qui est facilité par la confiance que l’on peut accorder à son partenaire.

«Les femmes interrogées nous ont confié que c’était quelque chose que l’on faisait avec un partenaire avec qui l'on est depuis longtemps, en qui on a toute confiance», ajoute Joëlle Lemaître. Ce que confirme Maud: «Ça n’a jamais été sur un one shot, ceux avec qui j’ai fait ça étaient mes vrais mecs.» Mais pas Delphine, qui pratique la sodomie exclusivement avec des plans cul.

Puissance

Plus que la stabilité du couple, c’est le fait que le rapport ne dérape pas qui importe. «Si jamais j’ai mal, je veux pouvoir être à l’aise et en parler librement. Si tu fais ça avec un mec que tu ne connais pas et que ça se passe mal, c’est l’enfer! C’est ce que raconte Blanche Gardin dans son sketch, développe Maud. Pour moi, c’est un acte important, encore plus intime qu’une relation sexuelle avec pénétration “classique”.»

Autant savoir ce que l'on veut et se sentir en capacité de l’exprimer ou de le réaliser. Pour certaines, c’est être sûre que leur sphincter est propre, quitte à faire un lavement, rapportent Joëlle Lemaître et Florence Riga. Pour d’autres, c’est la position qui compte: «À quatre pattes, je me sens toujours un peu con, témoigne Maud. C’est debout que je suis le plus à l’aise. C’est ma “fav”. Tu sens le mec contre toi de haut en bas, il a le ventre collé à ton dos, sa respiration dans ton cou…» On est bien loin d’un rapport dominant-dominée.

D’ailleurs, même si Delphine pratique la sodomie dans une relation de domination, «cette soumission est relative puisqu'au final, c’est moi qui le veux, glisse-t-elle. Donc, finalement, qui domine?» Question rhétorique.

«Les femmes tirent beaucoup plus de plaisir dans la relation de sodomie quand elles peuvent la gérer elles-mêmes», dans le sens où «le fait d’avoir un certain contrôle sur l’intromission, le rythme, l’intensité et la position leur permet de prendre du plaisir», expose Joëlle Lemaître.

«Le fait d’avoir été violée m’a rendue totalement allergique à tout ce qui peut s’apparenter à de la soumission dans le sexe –en gros, à toutes les pratiques où j’ai l’impression de ne plus avoir le contrôle, d’être justement “soumise” à la volonté de mon partenaire. Je ne pense donc pas beaucoup donner l’impression que je suis “soumise”, même quand on m’encule», affirme Alexia.

Maud non plus ne s’est jamais sentie dominée. «Au contraire, je me dis que les mecs avec qui je fais ça me trouvent stylée, ouverte d’esprit, que je n’ai pas peur et que je m’assume. Et ça me rend plus forte, beaucoup plus puissante.»

Le plaisir est lui aussi au rendez-vous. «Il y a vraiment quelque chose de plus “profond” –sans mauvais jeu de mots– dans l’orgasme anal: tu as comme l'impression que tout le système “orgasmique” est engagé», décrit Alexia.

Maud confie quant à elle: «Je n’ai pas d’orgasme avec la sodomie, mais je prends beaucoup beaucoup beaucoup de plaisir. Un plaisir totalement différent, des sensations toutes nouvelles à d’autres endroits.»

Et voilà comment malgré le silence et la focalisation sur la douleur, on en arrive, par le corps, à la volupté.

* Les prénoms des témoins suivis d’un astérisque lors de leur première mention ont été modifiés à leur demande, pour préserver leur anonymat.

Daphnée Leportois Journaliste

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