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«Il y a beaucoup de peur dans le vote suédois»

Temps de lecture : 3 min

Le parti d'extrême droite des Démocrates de Suède a progressé de cinq points en quatre ans.

Le pont de l’Øresund, achevé en 2000, relie le Danemark à la Suède. | Erland Vinberg / TT News Agency / AFP
Le pont de l’Øresund, achevé en 2000, relie le Danemark à la Suède. | Erland Vinberg / TT News Agency / AFP

MALMÖ, SUÈDE

Le pont de l’Øresund s’élance dans le paysage de Malmö, au sud de la Suède. Au bout de sa route, le Danemark et sa capitale Copenhague. Quand il voit le jour en 2000, ce pont se veut symbole de la fraternité scandinave. On passe d’un pays à l’autre comme s’il s’agissait toujours de la même nation.

Mais tout change au début de l'année 2016. En pleine crise des réfugiés, la Suède décide de mettre fin à plusieurs décennies de libre-circulation entre les pays scandinaves. Désormais, il faudra montrer patte blanche avant de mettre un pied sur le territoire. Comme un signe, peut-être, que le modèle suédois était en train de vaciller.

«L’extrême droite a bien réussi à monter en France. Alors pourquoi pas ici?» À quarante-huit heures des élections, en Une des journaux ou dans les conversations, les Suédois semblent hantés par ces deux lettres: SD, pour «Sverigedemokraterna» ou «Démocrates de Suède» en français. Dans les années 2000, le score de ce parti d’extrême droite atteignait difficilement le 1%. Mais ce 9 septembre, il s’apprête à faire un score historique, le meilleur qu’il n’ait jamais enregistré: 17,6%. C’est quasiment cinq points de plus que quatre ans auparavant.

Réalité complexe

«Pendant longtemps, les Suédois ont regardé grossir les partis d’extrême droite dans d’autres pays en pensant que ça ne pouvait pas arriver ici», se souvient Jacques. Après plus de cinquante ans passés en Suède, ce Toulousain d’origine peine à retrouver ses mots en français. Depuis son atelier de photographie situé dans l’un des quartiers réputés sensibles de Malmö, il tente d’expliquer: «La Suède c’est le pays qui a souvent été pris pour exemple; un pays avec du travail, un niveau de vie élevé… Sauf que la réalité est plus complexe aujourd’hui.»

Malmö, la ville de 330.000 habitants où il vit, a plusieurs fois été pointée du doigt par les nationalistes à l’étranger. De Donald Trump à Nigel Farage, qui l’a qualifiée de «capitale du viol». C’est là que le leader du parti d’extrême droite suédois, Jimmie Akesson, a donné l’une de ses dernières réunions publiques. Et cela n’a rien d’anodin.

Appel d'air

«Malmö est la ville la plus multiculturelle du pays!», explique Pieter Bevelander, professeur à l'Université de Malmö sur les questions d'immigration et de relations ethniques. «Avant 2015, les différentes vagues d’immigration avaient été suivies de politiques plus restrictives au bout de quelque temps afin de limiter le flux, précise-t-il. Ça a été le cas aussi cette fois, sauf que lors de cette dernière vague, les municipalités ont été débordées au niveau du logement, de l’éducation ou des autres services.»

Au plus fort de la crise en 2015, la Suède recevait 163.000 demandes d’asile. Le Premier ministre social-démocrate Stefan Löfven avait fait passer un message clair quelques mois auparavant. «Ouvrons nos cœurs!», avait-il déclaré, créant un appel d’air sans précédent dans le pays. «Je crois que les politiques ne se rendaient pas compte de ce qu’ils faisaient, raconte Jacques. Le pays n’était pas prêt à accueillir autant de monde en si peu de temps. Dans tout le sud de la Suède, ça a foutu un bordel pas possible. Je connais personnellement des réfugiés arrivés il y a quelques années. Et encore aujourd’hui, c’est difficile pour eux de trouver un travail.» Depuis 2010, plus de 500.000 demandes d’asile ont ainsi été traitées dans le royaume de dix millions d’habitants.

C’est dans cette région du Sud du pays, la Scanie, que le parti SD est né. C’est souvent là, aussi, qu’il fait ses plus beaux scores. Le Parlement fonctionnait avec quarante-neuf députés issus de ce parti; il y en aura désormais soixante-deux. «Il y a beaucoup de peur dans ce vote, témoigne Benton, un Sud-Africain installé à Stockholm depuis dix ans. Avant tout ça, l’immigration n’était pas la préoccupation première des Suédois. Sauf qu’aujourd’hui, on entend souvent parler de faits divers impliquant des migrants.» Issu de la mouvance néonazie, le SD se pare désormais des habits de la respectabilité, ce qui élargit son électorat. Selon Pieter Bevelander, «jusqu’ici, il existait une frange de la population, environ 20%, qui voyait d’un œil négatif l’immigration suédoise de ces vingt-cinq dernières années et l’arrivée de populations de confession musulmane. Aujourd’hui, ces personnes sont mobilisées politiquement, ce qui n’était pas le cas avant».

Mais il insiste: «Il ne faut pas résumer ce vote à l’immigration. C’est l’une des raisons mais ce n’est pas la seule».

Sofian Aissaoui Journaliste pour France Télévisions et pour la presse écrite

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