Pas facile d'être Jean-Claude Marin
Le procureur de la République de Paris ne pouvait que contester la relaxe de Dominique de Villepin.
- jean-claude-marin -
On avait presque failli l'oublier, le procureur de Paris, après que Nicolas Sarkozy a annoncé qu'il avait «pris acte» du jugement du tribunal sur l'affaire Clearstream et qu'il «ne ferait pas appel». Mais c'est bien lui, Jean-Claude Marin, qui vient d'ouvrir un nouvel épisode dans ce long feuilleton judiciaire et politique en annonçant que le Parquet contestait la relaxe de Dominique de Villepin. Il a sifflé au passage la fin des réjouissances villepinistes et remis dans l'engrenage judiciaire un ex-Premier ministre qui se voyait déjà «tourner la page» et travailler pour le redressement de la France. Un Dominique de Villepin qui se projetait déjà en 2012 en alternative à Nicolas Sarkozy. Il devra de nouveau se rasseoir sur le banc des accusés et s'expliquer sur son rôle dans la falsification des fichiers Clearstream, lors d'un procès qui se tiendra fin 2010 ou début 2011. Parce que Jean-Claude Marin en a décidé ainsi.
«Le procureur de Paris, il ne faut pas trop le chercher», nous dit, en résumé, Frédéric Beigbeder dans son Roman français (Grasset) dans lequel, chose rare pour un magistrat français, Jean-Claude Marin occupe une place de choix. L'écrivain, arrêté en train de sniffer un rail de cocaïne dans la rue, lui en veut -à tort selon le Parquet- d'avoir prolongé sa garde-à-vue. Un événement pénible qui lui a fourni le fil conducteur de son livre, récompensé par le prix Renaudot. Dans une première version du livre, c'est sur plusieurs pages que Beigbeder s'acharne sur Jean-Claude Marin, qu'il appelle «Jicé», mais finit, à la demande de son éditeur, par supprimer les passages les plus violents. «Jicé» apparaît néanmoins comme un des hommes les plus puissants de France, capable de faire basculer un destin d'un revers de la main.
Marin a-t-il choisi son camp?
Que l'on donne ou non raison au romancier Beigbeder, le rôle du procureur de Paris dans les affaires, a fortiori dans les affaires sensibles, est considérable. C'est d'ailleurs, disent les mauvaises langues, pour cela qu'il a été nommé à ce poste, parce que, dans la capitale, il n'y a que des affaires médiatiques, impliquant du beau monde... Le gang des barbares, Tarnac, Julien Dray, sont parmi les plus récentes. Mais l'affaire Clearstream en est l'exemple le plus flagrant. Quelle partition y joue Jean-Claude Marin? La question a occupé les esprits depuis le début de ce feuilleton judiciaire, d'autant plus que la réponse est tout sauf évidente.
Nommé procureur adjoint de Paris dès l'arrivée au pouvoir de Jacques Chirac en 1995, puis procureur de la République de Paris en 2004, l'homme a été longtemps considéré comme un proche de l'ancien chef de l'Etat. Il a d'ailleurs plaidé sa relaxe dans le dossier des emplois fictifs de la Mairie de Paris, une affaire qui a connu depuis des nombreux rebondissements. Mais de quel côté allait balancer son cœur dans la lutte sans merci que se livrent, à travers l'affaire Clearstream, les deux fils de la Chiraquie? Il était difficile, là aussi de répondre. Au moins jusqu'au 28 août, date à laquelle le procureur de Paris a accusé sur les ondes d'Europe 1 Dominique de Villepin d'avoir été l'un des bénéficiaires -conscient de surcroît- de la machination.
Un réquisitoire prononcé plusieurs jours avant l'ouverture du procès, qui avait étonné par mal de monde à l'époque, à commencer par le principal intéressé, Dominique de Villepin. D'autant plus que ce dernier affirme qu'il y a encore quelques mois, le procureur de Paris était tenté de conclure par un non-lieu ce rocambolesque dossier. Entre-temps Jean-Claude Marin aurait-il choisi son camp? C'est ce que croit Matthieu Bonduelle, secrétaire général du Syndicat de la magistrature (classé à gauche). «Dans cette affaire, on dirait que Nicolas Sarkozy a deux avocats: le sien, et le procureur», dit-il.
On pourrait lui rétorquer que c'est surtout les deux juges qui ont instruit cette affaire, Jean-Marie d'Huy et Henri Pons, qui ont formulé les accusations les plus accablantes contre Dominique de Villepin. En se basant sur leur enquête, le procureur de Paris n'a fait que défendre les intérêts de l'Etat sortant quelque peu de sa réserve au vu de l'intense communication du camp adverse. Dans ce rôle, Jean-Claude Marin a déployé tous ces talents de grand magistrat. Il est un brillant orateur, mais aussi un fin technicien du droit; il ne laisse rien passer, tout comme il sait porter l'accusation là où ça fait le plus mal.
Appel en toute logique
Ceux qui ont assisté aux audiences du procès Clearstream ont pu le voir à l'œuvre, maniant tour à tour les arguments, l'ironie et la dérision contre la défense de Villepin qu'il a qualifié de «Ponce Pilate». Cinglant, le procureur de Paris a requis dix-huit mois d'emprisonnement avec sursis et une amende de 45.000 euros à son encontre. Désavoué par le tribunal sur le rôle joué par Dominique de Villepin, Jean-Claude Marin interjette aujourd'hui appel en toute logique, d'autant plus que le magistrat se dit convaincu que, sur de nombreux points, le jugement lui donne raison. «Le tribunal n'a pas tiré toutes les conclusions de ce qu'il a entendu. Tout n'a pas été dit dans cette affaire. Il y a place encore pour faire émerger une part de vérité». Une décision que Jean-Claude Marin, dont l'institution dépend hiérarchiquement de la Chancellerie, affirme avoir pris tout seul: «Je n'ai pas besoin de recevoir d'instructions de quiconque pour faire appel (...). La décision de faire appel est ma décision.»
Sans surprise, ses détracteurs ont accusé le magistrat d'obéir aux injonctions de l'Elysée. Le plus dur a été, une fois de plus, Dominique de Villepin. «Cette décision est politique. Et ce qu'elle montre c'est qu'un homme, le Président de la République, préfère persévérer dans son acharnement, dans sa haine, plutôt que d'assumer la responsabilité de sa fonction.» Est-ce vrai, faux, vraisemblable? Dans tous les cas, une telle intervention est prévue par la loi: dans le procès du gang des barbares, c'est bien sous la demande conjointe de l'Elysée et de la Chancellerie que le Parquet a fait appel de certaines condamnations jugées trop clémentes à l'encontre des membres de cette bande qui enlevé et torturé à mort un jeune juif en 2006. C'est peut-être à cette lumière qu'il faut interpréter l'étonnante déclaration de Nicolas Sarkozy affirmant qu'il ne ferait pas appel dans cette affaire. En tant que partie civile il n'y a pas droit, mais en tant que président de la République et chef suprême du Parquet, oui. Et s'il avait décidé de le faire - et de le dire - alors oui, on pourrait reprocher à Jean-Claude Marin d'agir sur commande. Alors qu'aujourd'hui, il peut affirmer en toute vraisemblance qu'il est maître de ses décisions. Et, ne serait-ce que par orgueil professionnel, il ne pouvait que contester cette relaxe pour mieux faire entendre sa voix au second procès.
On refait le match alors? Oui et non. Parce que le deuxième procès sera, du moins formellement, sans Nicolas Sarkozy. Mais il y aura toujours Dominique de Villepin à côté d'Imad Lahoud et de Jean-Louis Gergorin. C'est peut-être ça, l'art d'être procureur de la République à Paris.
Alexandre Lévy
LIRE EGALEMENT SUR L'AFFAIRE CLEARSTREAM: Clearstream, un feuilleton navrant, du début à la fin, Villepin, le tragédien, Villepin et la basse police, Clearstream: Nicolas Sarkozy n'est pas un citoyen ordinaire et Clearstream: la bataille de l'opinion.
Image de une: Jean-Claude Marin Philippe Wojazer / Reuters
Mis à jour le 01/02/2010 à 12h36












![[Le 20'12 #7] Dominique de Villepin: «Il faut une politique d'union nationale, sinon nous sommes perdus» [Le 20'12 #7] Dominique de Villepin: «Il faut une politique d'union nationale, sinon nous sommes perdus»](http://www.slate.fr/sites/default/files/imagecache/bloc-alaune/villepin_4_0.jpg)






























…je demanderais publiquement au procureur de Paris de revenir sur sa décision de faire appel....
Et j'attendrais les commentaires:
- Si le procureur obéît à cette injonction, lui reprochera-t'on d'être aux ordres du président?
- Si il désobéît, le félicitera-t’on pour son indépendance ?
Mais bon, peut-être notre président n'a-t'il pas assez d'humour pour agir en ce sens?
C'est intéressant de constater qu'au soir du verdict les "grands" éditorialistes habituels réunis sur France 5 à " C dans l'air", étaient unanimes à dire strictement à l'inverse....
Comme disait Mark Twain "L'art de la prophétie est extrêmement difficile, surtout en ce qui concerne l'avenir"
Petite rectification : Nicolas Sarkozy pouvait tout à fait faire appel de lui-même, mais dans ce cas là, c’était uniquement au civil (pour les dommages et intérêts). Pour avoir une information juridique complète, je ne peux que vous rediriger vers le Site de Maitre Eolas.
Enfin, c’était utopique de croire qu’après avoir requis une condamnation et de ne pas avoir été suivie par les juges, le procureur ne fasse pas appel. La logique voulait qu’il fasse appel, et, à mon sens, les déclarations de M. de Villepin préalable à cet appel était de véritable pression pour qu’il n’y ait pas d’appel !
@Constructif : Très bon ;)
Remontons en 2004 avec l’affaire Clearstream 2 (ou affaire EADS-Clearstream ou affaire du corbeau des frégates de Taïwan). Les circuits de Clearstream étaient supposés utilisés pour régler des commissions et des rétrocessions de commissions sur ventes d’armes, via les filiales de la DCNI ‘Direction des Constructions Navales International), Heine et Eurolux au Luxembourg. Le juge Renaud van Rymbecke s’est vu s’opposer le « secret défense», l’empêchant de mener l’enquête pour remonter aux bénéficiaires.
Le dossier judiciaire de cette dernière affaire contenait des notes dont fait référence un PV du Parquet daté du 22 novembre 2007, publié par le journal Bakchich.info, mettant en cause Nicolas Sarkozy et Edouard Balladur, concernant le financement de la campagne de ce dernier en 1995. Nicolas Sarkozy était alors ministre du budget, porte-parole et directeur de campagne d’Edouard Balladur. Il avait validé et signé les commissions versées sur cette affaire. JC Marin n'a pas voulu tenir compte de ces informations, jugeant les notes succinctes et imprécises, et a classé sans suite. Ces commissions sont passées par DCN international, officine basée au Luxembourg, dont Jean-MArie Boivin, ex directeur a été viré et menaçait de faire des révélations importantes. Egalement sans suite ...
Des rétrocessions de commissions étaient aussi en cause dans la vente de sous-marins au Pakistan, débouchant sur l’affaire de l’attentat de Karachi. Même contexte. On y retrouve encore le procureur Jean-Claude Marin.
L’avocat des familles de victimes,Me Olivier Morice, a déposé plainte le 14 décembre 2009 auprès du procureur de la République de Paris, Jean-Claude Marin. Il déclarait : « Nicolas Sarkozy est au coeur de la corruption dans cette affaire, à la fois comme ministre du Budget [de 1993 à 1995, ndlr] et dans le rôle qu'il a joué comme porte-parole et directeur de campagne d'Edouard Balladur. »
Ce rappel étant fait, rappelons aussi que le président de la république nomme (et démet de ses fonctions)les procureurs sur proposition du garde des Sceaux, ministre de la justice …
Alors, indépendance de la justice ???
Il suffit d'avoir "travaillé" pour le groupe Bouygues Immobilier, en exécutant les "transports" (corruption de hauts fonctionnaires) pour dicter ses ordres à jean-claude marin (ce texte a été remis au greffe du procès Clearstream) :
http://patricehenin.blogspot.com/2009/09/citoyen-jean-claude-marin.html
la lettre ouverte au président de votre République explique tout (2 pages) :
http://patricehenin.blogspot.com/2009/05/lettre-au-chef-supreme-des-armees.html
Pourquoi les médias, dont Slate, cachent cette affaire depuis 3 ans ? C'est à dire AVANT l'élection de sarkozy ?
Parce que la réponse nécessite une révolution, des milliers de personnes s'enchevêtre dans ce tissu de corruption.
Depuis mon passage à leur ambassade, les chinois se régalent, et font chanter sarkozy. Cela s'appelle de la haute trahison.
Patrice Hénin
Des conseillers, amis et partisans, certains journalistes aussi, disent et répètent que cet appel est dangereux, qui peut créer la division au sein de la majorité en général et de l'UMP en particulier.
Il n'est donc pas interdit de penser qu'une fois la fureur élyséenne calmée, le procureur Marin pourrait s'entendre intimer par voie hiérarchique de renoncer au dit appel.
Ce qui tendrait à laisser entendre:
1 - ... que l'appel était une décision provenant strictement du procureur ( Bien évidemment, puisque l'Elysée lui demande de renoncer ).
2 - ... que l'Elysée ne connait pas plus l'acharnement que la haine ( Et que Villepina tout faux ! ).
3 - ... que le seul souci élyséen est l'union.
Et de recoller l'UMP !
vous oubliez de préciser que lors du procès en appel MARIN ne sera pas le procureur sauf s'il est promu entre temps
Robert Badinter, ancien du conseil constitutionnel et pas vraiment un copain de Sarkozy ni de Marin, a affirmé sur Europe ce matin que le procureur Marin se devait de faire appel que ce soit avec ou sans la pression de l'Elysée. Il affirmait, Badinter, que cet appel était tout a fait normal. Que les pourfendeurs en prennent de la graine, une des grandes figures de la gauche defend le supposé-aux-ordres de Sarko, le procureur Marin.
Ce soir sur Canal, Lahoud affirmait que oui il avait mis le nom de sarko ds ces fichiers bidonnés et que oui Villepin était au courant depuis le début, sous entendant presque que Villepin en était l'instigateur de cette manipulation... le fiel n'a pas fini de se déverser.
En tout cas, on ne nous fera pas croire que cette manipulation des fichiers était juste une farce sans intention de nuire, ce premier procès est inachevé puisque nous ne connaissons toujours pas les commanditaires. Ca pue ! et ça fait honte !
cordialement,
http://corto74.unblog.fr