Sciences

Les chimpanzés aussi se lèvent la nuit

Temps de lecture : 2 min

On ne sait pas encore pourquoi, mais l'analyse de leurs habitudes de sommeil pourrait en dire long sur les nôtres.

Le sommeil des braves | photogism via Flickr CC License by
Le sommeil des braves | photogism via Flickr CC License by

C'est la base: la sociobiologie d'un animal est façonnée par les conditions environnementales auxquelles il est confronté durant son existence. Les animaux diurnes dorment la nuit et s'activent le jour, quand c'est le contraire chez les animaux nocturnes. En toute bonne logique évolutionnaire, leurs organismes manifestent des adaptations différenciées –par exemple, les animaux nocturnes ont des yeux qui leur permettent d'absorber un maximum de lumière, histoire de pallier le manque de contraste une fois le soleil couché et la lune cachée. De même, le moment de la journée qui voit les animaux être les plus actifs est aussi déterminé par leur sociobiologie –certains rongeurs s'agitent tout particulièrement au petit matin et à la tombée du jour, ce qui leur permet de tirer une plus grosse épingle du jeu de la compétition inter-espèces pour les ressources alimentaires.

Sauf que la catégorisation des espèces entre nocturnes et diurnes peut générer des biais dans ce que nous estimons être leurs comportements normaux. Par exemple, tous les singes anthropoïdes (dont nous faisons partie) sont considérés comme diurnes et ne sont donc généralement pas étudiés durant la nuit. Une lacune qu'ont voulu commencer à combler Nikki Tagg, de la Société Royale de Zoologie d'Anvers (Belgique) et ses collègues, dans une étude portant sur l'activité nocturne des chimpanzés (Pan troglodytes) dans leur milieu naturel. Des recherches visant notamment à mieux comprendre l'évolution de nos habitudes de sommeil.

Plus il a fait chaud dans la journée, plus les chimpanzés ont tendance à ne pas dormir la nuit

Grâce à des pièges photographiques installés sur vingt-deux sites en Afrique, les scientifiques ont ainsi pu déterminer qu'1,8% des chimpanzés ne dormaient pas la nuit. Un chiffre comparable à celui trouvé dans une autre étude menée au Kenya sur des babouins olives (Papio anubis) et des vervets (Chlorocebus pygerythrus) et attestant qu'une activité nocturne, certes très marginale, est présente chez des espèces «qui ne montrent pas d'adaptations physiologiques» à la vie la nuit.

Sur les 235 individus observés durant 119 prises, les scientifiques notent une surreprésentation des juvéniles (94) et des mâles adultes (70). Les femelles avec bébé (32) arrivant en troisième position. «Les mâles ont des corps plus massifs que les femelles», expliquent les chercheurs, «ce qui pourrait leur garantir davantage de sécurité durant les activités nocturnes». De même, il est aussi possible que les «mâles se réveillent davantage la nuit du fait de la nature des activités effectuées à ce moment-là», comme les patrouilles territoriales.

Globalement, les chercheurs ont été incapables de définir les raisons de l'agitation nocturne de certains chimpanzés, mais elle semble indépendante du taux d'humidité, de la Lune ou de la présence de prédateurs dans les parages. À l'inverse, plus il a fait chaud dans la journée, plus les chimpanzés ont tendance à ne pas dormir la nuit. Idem pour la proximité avec des humains, qui semble légèrement inciter les chimpanzés à une activité nocturne.

Une flexibilité comportementale qui pourrait en dire long sur l'évolution de nos propres rythmes veille/sommeil et notamment résoudre l'un des débats les plus animés chez les spécialistes du sujet: l'humain est-il «fait» pour dormir d'une traite ou de manière fragmentée, dans une succession de deux ou trois périodes de sommeil intercalées de quelques heures de veille? Sans être bien évidemment définitive, l'étude de Tagg et al. penche davantage vers la première hypothèse et va dans le sens d'une apparition tardive (il y a environ 50.000 ans) du sommeil fragmenté, une adaptation aux températures très basses et aux nuits très longues de l'hémisphère nord.

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